Édition internationale

L’Indonésie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et commence à sévir

Depuis le 28 mars 2026, une nouvelle réglementation interdit aux jeunes de moins de 16 ans d’utiliser les réseaux sociaux en Indonésie. Avec une population de plus de 284 millions d’habitants, l’archipel compte parmi les pays ayant le plus grand nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux au monde, dont environ 70 millions d’enfants de moins de 16 ans. La mesure marque un tournant majeur dans la gestion du numérique. Facebook, Instagram, Threads, et Google ont déjà reçu des convocations du gouvernement indonésien pour violation de la loi alors qu’ils n’avaient pas encore appliqué l’interdiction.

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En Indonésie, les enfants sont souvent exposés dès le plus âge aux réseaux sociaux et aux écrans.
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 30 mars 2026, mis à jour le 31 mars 2026

Une interdiction et déjà des lettres de convocation pour violation de la loi

Lundi dernier, le gouvernement indonésien a tapé du poing sur la table contre Google, Facebook, Instagram et Threads. Dans une vidéo publiée sur… Instagram, la ministre de la Communication et des Affaires numériques, Meutya Hafid, a déclaré que le gouvernement avait envoyé des lettres de convocation à Meta, propriétaire de Facebook, Instagram et Threads, ainsi qu’à Google, qui supervise YouTube, ajoutant qu’ils « ont violé la loi indonésienne ». 

Depuis le 28 mars 2026, la réglementation interdit aux jeunes de moins de 16 ans d’utiliser les réseaux sociaux en Indonésie. Elle englobe l’ensemble des grands réseaux sociaux utilisés par les jeunes Indonésiens, qu’il s’agisse de TikTok, Instagram, Facebook, X, YouTube, Roblox ou Bigo Live (vidéo en direct). En pratique, toute plateforme permettant l’interaction sociale et la création de contenu est visée et censée faire en sorte que les moins de 16 ans ne puissent accéder à leurs services. 

Bigo Live et X sont les deux seules plateformes jugées “pleinement conformes” aux restrictions du gouvernement concernant l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs, selon Meutya Hafid. "Nous affirmons qu’il n’y a aucun compromis en matière de conformité, et que toute entité commerciale opérant en Indonésie est tenue de respecter la loi », a-t-elle ajouté. Selon elle, TikTok et Roblox vont eux recevoir des lettres d’avertissement bien « qu’ils feraient des efforts » pour respecter la loi. 

Nous voulons que la technologie humanise, pas qu’elle sacrifie l’enfance

Pour justifier cette interdiction, les autorités évoquent à la fois les risques d’exposition à des contenus violents ou pornographiques, la montée du cyberharcèlement et les effets d’addiction liés aux algorithmes. La ministre de la Communication, Meutya Hafid, a résumé la philosophie du texte dans les colonnes de la presse nationale : « Nous voulons que la technologie humanise, pas qu’elle sacrifie l’enfance. »

Derrière cette formule, une inquiétude plus large traverse la société indonésienne comme la plupart des pays de la planète. Environ 87 % des enfants indonésiens découvrent les réseaux sociaux avant 13 ans avec selon l’UNICEF un temps moyen d’environ 5 h 24 par jour pour les enfants. Plusieurs associations de protection de l’enfance, interrogées dans les médias locaux, évoquent une « dégradation du bien-être mental des adolescents » liée à une consommation excessive des plateformes numériques. Pour elles, la loi constitue une réponse tardive mais nécessaire. Selon l’agence Bloomberg, “une étude menée en 2023 avec le soutien de l’ONU a révélé qu’environ la moitié des mineurs [du pays] avaient été exposés à des images à caractère sexuel sur les réseaux sociaux, tandis que près de la moitié déclarait avoir subi du cyberharcèlement. 

Comment faire appliquer une telle interdiction ?

Reste la question cruciale : comment faire appliquer une telle interdiction dans un environnement numérique par nature difficile à contrôler ? Le gouvernement prévoit d’imposer aux entreprises technologiques la mise en place de systèmes de vérification d’âge plus stricts. Les comptes identifiés comme appartenant à des mineurs devraient être progressivement désactivés, tandis que les plateformes devront adapter leurs services pour empêcher les inscriptions illégales. 

Mais sur le terrain, l’incertitude domine. Plusieurs experts interrogés par la presse internationale soulignent que les modalités d’application concrètes restent floues et que les contournements seront inévitables, notamment via de fausses déclarations d’âge. YouTube (via sa maison mère Google) a réagi en indiquant qu’il mettait déjà en place des mesures de protection pour les jeunes et qu’il allait s’adapter à la réglementation. Cependant, l’entreprise n’a pas annoncé de blocage massif immédiat des comptes. Elle a même exprimé des réserves, estimant qu’une suppression totale pourrait créer une « fracture de l’accès au savoir » dans un pays où la plateforme est très utilisée pour l’éducation.

Une tendance mondiale

Le gouvernement affirme prévoir des mesures coercitives. Elles pourraient être contraintes de supprimer les comptes illégaux et s’exposer à des sanctions administratives, voire financières. L’objectif est clair : déplacer la responsabilité du contrôle vers les entreprises plutôt que vers les familles.

Peut-être que je ferai d’autres activités, mais je pense que je vais demander à mon père ou à ma mère de m’aider à y accéder

Dans la société indonésienne, les réactions sont contrastées. De nombreux parents se disent soulagés, estimant que la loi les aide à encadrer des usages qu’ils peinaient à maîtriser. À l’inverse, certains adolescents expriment leur frustration, voyant dans cette interdiction une privation d’un espace essentiel de socialisation, d’expression et un moyen de lutter contre l’ennui. « Peut-être que je ferai d’autres activités, mais je pense que je vais demander à mon père ou à ma mère de m’aider à y accéder » malgré la nouvelle réglementation, a confié à l’Agence France-Presse (AFP) Bradley Rowen Liu, un enfant de 11 ans qui dit pouvoir passer jusqu’à cinq heures par jour sur son téléphone pendant les vacances ou les week-ends.

L’Indonésie n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un mouvement international de régulation des réseaux sociaux. L’Australie a récemment adopté une législation similaire, interdisant l’accès aux plateformes aux moins de 16 ans, avec des sanctions particulièrement lourdes pour les entreprises. En France, une proposition de loi concernant les moins de 15 ans, portée par la députée Laure Miller (Renaissance, Marne) et adoptée en janvier par l’Assemblée nationale, devait être examinée au Sénat, mardi 31 mars.

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