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Les vaccins chinois anti-Covid-19 en Europe : qu'en penser ?

Par Asialyst | Publié le 16/03/2021 à 22:30 | Mis à jour le 16/03/2021 à 22:30
Photo : Un employé inspecte des seringues du vaccin contre le Covid-19 produit par Sinovac dans son usine de Pékin. (Source : LATIMES)
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Les vaccins chinois contre le Covid-19 commencent à être diffusés en Europe. La Hongrie a approuvé le Sinopharm 1 fin janvier, et prévoit de vacciner le quart de sa population. Un nouveau défi de Victor Orban aux institutions européennes, qui se déclarent prêtes à examiner les mérites des vaccins chinois et russes. Bruxelles vient de commencer à le faire pour le Sputnik 5. Quels sont les entreprises derrière les vaccins chinois ? Quelles sont leurs caractéristiques et leur efficacité ? La France peut-elle exclure de les utiliser si elle n’a pas suffisamment de vaccins occidentaux ?

 

La Chine s’était lancée très tôt dans la course aux traitements et aux vaccins contre le coronavirus. Elle était la première à disposer de cohortes de malades pour réaliser des tests cliniques à grande échelle. Elle fut aussi la première à inoculer ses vaccins dès l’été 2020 à un million d’agents publics chinois jugés prioritaires, avant même la réalisation des tests cliniques dits de « phase trois ». Elle a soumis au total six vaccins aux procédures de validation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit davantage qu’aucun autre pays au monde.

À partir de l’automne 2020, le panorama change. La phase trois des tests cliniques sur les vaccins chinois s’effectue à l’étranger dans un certain nombre de pays, car le virus ne circule plus suffisamment en Chine. Cette phase se prolonge, et les vaccins chinois ne sont pas les premiers à être autorisés à l’échelle internationale. Ils ne le sont toujours pas auprès de l’OMS actuellement. L’efficacité des vaccins chinois fait encore débat, avec des résultats parfois contradictoires selon les pays où sont réalisés les tests cliniques. Ce qui n’empêche pas la Chine de se lancer dans une diplomatie très active du vaccin auprès d’un grand nombre de « pays amis ».

« Chaque jour que nous passerions à attendre Bruxelles, nous perdrions 100 vies hongroises », déclare Victor Orban pour justifier sa décision d’acheter des vaccins à la Russie et à la Chine. Il publie sur sa page Facebook le 28 février des photos le montrant se faire injecter le vaccin Sinopharm 1. La Serbie, dont le Président Aleksandar Vucic se plaignait de l’absence de solidarité européenne, obtient de son côté la livraison d’un million de doses du même vaccin, permettant de vacciner 15 % de la population serbe. Début mars, la République Tchèque se lance également dans des commandes de vaccins à la Russie et à la Chine. Le retard de l’UE dans la diffusion des vaccins crée un appel d’air pour des décisions nationales, qui va être difficile à contenir si le programme européen de vaccination ne s’accélère pas rapidement.

 

QUELLES SONT LES ACTEURS ET LES CARACTÉRISTIQUES DES VACCINS CHINOIS ?

Les principaux acteurs de la campagne de vaccination chinoise sont au nombre de cinq. Leurs vaccins ont été mis au point avec l’aide de différents laboratoires publics, à partir d’une variété de technologies classiques. Aucun n’est fondé sur la nouvelle génération des vaccins dit génétiques à base d’ARN messager (comme BioNtech ou Moderna). Le Shanghaïen Fosun pharamceutical a toutefois noué un partenariat avec BioNtech pour la diffusion de son vaccin à Hong Kong depuis fin janvier, puis peut-être dans le reste de la Chine si les autorités de Pékin l’y autorisent.

Le premier acteur chinois est la société d’État Sinopharm. Ce vaste conglomérat emploie près de 120 000 salariés et comprend six sociétés cotées en bourse. Il déclare être le sixième producteur mondial de vaccins. Sinopharm a développé deux vaccins contre le Covid-19 en partenariat avec deux laboratoires de recherche : le Wuhan Institute of Biological Products et le Beijing Institute of Biological products. Les deux vaccins sont fondés sur la technologie traditionnelle du virus inactivé – des particules virales tuées permettant d’exposer le système immunitaire au virus. Ils sont inoculés en deux étapes et peuvent être conservés dans un réfrigérateur, ce qui simplifie considérablement la logistique de distribution.

Le second acteur est Sinovac Biotech. Cette licorne chinoise, créée il y a une vingtaine d’années, est spécialisée dans les vaccins contre la grippe et l’hépatite. Sinovac avait en 2019 un chiffre d’affaires encore modeste de 250 millions de dollars et employait environ un millier de salariés. La diffusion à grande échelle de son vaccin, le Coronavac, dont la technologie est la même que celle de Sinopharm, devrait permettre à Sinovac d’entrer dans la cour des grands de la vaccination mondiale. D’autant qu’elle est fortement soutenu par le gouvernement chinois, qui utilise largement son vaccin dans les accords bilatéraux conclus avec différents pays.

Le troisième acteur est la start-up Cansino Biologics, créée il y a une dizaine d’années et spécialisée dans la production de vaccins. Cansino est listée à la bourse de Hong Kong. La société est également entrée fin 2020 en phase trois des tests cliniques dans une demi-douzaine de pays pour son vaccin contre le coronavirus. Il s’agit d’un vaccin à vecteur viral similaire à celui d’AstraZeneca, qui a été développé conjointement avec l’Institut de biotechnologie de l’Académie des sciences médicales de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise. Ces liens privilégiés avec l’APL expliquent que le vaccin de Cansino Biologics ait obtenu dès juin 2020 une autorisation spéciale pour une utilisation expérimentale sur des personnels militaires. Ce vaccin a l’avantage d’être à injection unique.

Le quatrième acteur est l’Anhui Zhifei Longcom Biopharmaceutical Company, filiale d’un groupe de biopharmacie coté à Shenzhen. Cette société a développé en partenariat avec l’Académie des Sciences un vaccin fondé sur la technologie dite de « sous-unité », qui n’utilise qu’une partie spécifique du virus que le système immunitaire doit reconnaître. Les tests cliniques de phase trois de ce vaccin sont toujours en cours.

Un cinquième acteur, l’institut de biologie moléculaire de l’Académie chinoise des Sciences médicales, est à un stade moins avancé de développement. Il a commencé en février 2021 des tests cliniques de phase trois en Malaisie, et son dossier n’est pas encore accepté pour examen par l’OMS.

Si l’on inclut les vaccins aux stades un ou deux des tests cliniques, 17 vaccins chinois sont en cours de développement. La presse chinoise, et notamment le quotidien anglophone officiel China Daily, met en avant Walvax Biotechnology qui a trois vaccins en cours de tests, dont un à base d’ARN messager.

 

QUELLE EST L’EFFICACITÉ DES VACCINS CHINOIS ?

À ce stade, les différents vaccins chinois ne semblent pas présenter de risques particuliers. Dans la phase expérimentale du second semestre 2020, les vaccinés étaient essentiellement chinois et très peu d’informations ont filtré sur les effets secondaires éventuels des vaccins distribués par Sinopharm, Sinovac et Cansino. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour lire la suite de l'article cliquer ici pour aller sur le site d'asialyst

 

A propos de l'auteur: Hubert Testard

Hubert Testard AsialystHubert Testard est un spécialiste de l'Asie et des enjeux économiques internationaux. Il a été conseiller économique et financier pendant 20 ans dans les ambassades de France au Japon, en Chine, en Corée et à Singapour pour l'Asean. Il a également participé à l'élaboration des politiques européennes et en particulier de la politique commerciale, qu'il s'agisse de l'OMC ou des négociations avec les pays d'Asie. Hubert Testard enseigne depuis quatre ans au collège des affaires internationales de Sciences Po sur l'analyse prospective de l'Asie. Il a participé à la rédaction d'un livre sur la crise asiatique ("Asie, les nouvelles règles du jeu", éditions Philippe Picquier) et co-rédigé avec Brigitte Dyan un livre intitulé "Quand la Chine investit en France", publié par l'Agence Française pour les Investissements Internationaux. Il est diplômé de l'Ena et de Sciences Po.

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