Longtemps considéré comme un simple poisson d’aquarium, le « sapu-sapu » est devenu l’un des symboles des déséquilibres écologiques qui touchent les rivières de Jakarta. Présent aujourd’hui dans de nombreux cours d’eau de la capitale indonésienne, ce poisson invasif prolifère à grande vitesse et pousse les autorités à mener des opérations massives de capture.


Le sapu-sapu un poisson d’Amazonie introduit en Indonésie via le le commerce aquariophile
Le sapu-sapu – littéralement « balai » en indonésien, en référence à sa capacité à nettoyer les parois des aquariums, appartient au groupe des poissons-chats cuirassés souvent appelés « plecos » ou « janitor fish » en anglais. Originaire d’Amérique du Sud, notamment du bassin amazonien, il a été introduit en Asie via le commerce aquariophile. Doté d’une bouche ventouse lui permettant de s’accrocher aux surfaces et de racler les algues, ce poisson peut atteindre quarante à cinquante centimètres de long.
À l’origine, le sapu-sapu était apprécié des aquariophiles pour son rôle de « nettoyeur ». Mais beaucoup d’individus ont été relâchés dans la nature lorsque leur taille devenait difficile à gérer dans les bassins domestiques. Cette pratique a favorisé leur implantation dans les rivières et canaux urbains de Jakarta.
Le sapu-sapu, un poisson qui aiment les eaux polluées des rivières de Jakarta
Le problème principal vient de sa formidable capacité d’adaptation. Le sapu-sapu supporte des eaux fortement polluées et pauvres en oxygène, là où de nombreuses espèces locales peinent à survivre. Cette résistance lui permet de coloniser rapidement les milieux dégradés de la capitale. Les autorités de Jakarta estiment même que, dans certains cours d’eau, il représente désormais entre 80 et 90 % de la population aquatique, signe d’un déséquilibre majeur.
Cette prolifération pose plusieurs problèmes écologiques et urbains. D’abord, le sapu-sapu entre en concurrence avec les poissons indigènes pour la nourriture et l’espace. Il consomme également les œufs et perturbe la reproduction d’espèces locales, contribuant à leur raréfaction. Les biologistes soulignent que cette domination réduit la biodiversité et transforme profondément les écosystèmes fluviaux.
Une menace écologique mais aussi pour les berges
Le poisson est aussi accusé d’endommager les berges et les infrastructures hydrauliques. Pour pondre, il creuse des galeries dans les sols meubles des rivières et des canaux. Ces terriers fragilisent les talus et les digues, déjà vulnérables dans une ville régulièrement confrontée aux inondations. Les autorités locales considèrent ainsi le sapu-sapu non seulement comme une menace écologique, mais aussi comme un facteur aggravant pour la gestion des cours d’eau urbains.
Une question revient souvent : peut-on manger le sapu-sapu ?
Techniquement, oui. Sa chair est consommée dans certaines régions d’Amérique latine ou d’Asie lorsqu’il provient d’eaux propres. A Jakarta, cette pratique reste marginale et controversée. Le poisson vit principalement dans des rivières très polluées et peut accumuler des métaux lourds comme le plomb ou le mercure ainsi que des bactéries E. coli à des niveaux supérieurs aux seuils de sécurité. Le maire de Jakarta a ainsi mis en garde la population : « Dans certains endroits, il est consommé en siomay (boulettes de poisson cuites à la vapeur) et en pempek (beignets de poisson), un snack dangereux. Soyez prudents lorsque vous achetez des croquettes de poisson. Ne vous laissez pas séduire par le prix bas. »
Un plan de bataille mis en place au printemps 2026 pour l’éradiquer des rivières de Jakarta.
Face à cette invasion, Jakarta a récemment intensifié sa riposte. Au printemps 2026, le gouvernement provincial a lancé une vaste opération coordonnée dans plusieurs districts de la ville afin de réduire la population de sapu-sapu. Des centaines d’agents municipaux, accompagnés de riverains et de services spécialisés, ont procédé à des captures simultanées dans les canaux et les rivières. En une seule campagne, près de 100 000 poissons, représentant environ 12 tonnes, ont été retirés des eaux de la capitale, se félicite les autorités de Jakarta.
Les autorités présentent cette opération comme une première étape vers la restauration des écosystèmes fluviaux. Mais plusieurs experts rappellent qu’éradiquer le sapu-sapu par la seule pêche restera difficile. Selon eux, la véritable solution passe aussi par l’amélioration de la qualité de l’eau et le retour d’espèces locales capables de rééquilibrer naturellement les rivières.
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