Valérie Verdier, présidente-directrice générale de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), a effectué une visite en Indonésie du 1er au 7 juin 2026 à l’occasion du 50e anniversaire de la présence de l’IRD dans le pays. Cet anniversaire met en lumière cinq décennies de coopération scientifique entre les institutions françaises et indonésiennes sur des enjeux directement liés au développement durable et aux priorités nationales de l’Indonésie, notamment la gestion des risques de catastrophes, la résilience climatique, la biodiversité marine, l’agriculture, la santé publique et la recherche environnementale. Une visite qui intervient alors que la France et l'Indonésie ont élevé leur relation au rang de partenariat stratégique global. Docteur spécialiste en santé du végétal, Valérie Verdier a répondu aux questions du Petit Journal Jakarta.


Pouvez-vous nous dire ce qu’est l’IRD ?
L’IRD est un organisme de recherche qui produit des connaissances sur les grands enjeux du développement, principalement dans les régions tropicales, subtropicales et méditerranéennes. Il s’appuie sur un réseau d’environ 80 unités de recherche en France et dans les territoires d’outre-mer, tout en travaillant étroitement avec des partenaires académiques et scientifiques à l’international. L’institut, dont le siège est à Marseille, dispose également de 34 représentations dans le monde et favorise les échanges et la mobilité des chercheurs, aussi bien français que issus des pays partenaires. Son objectif est de mener des recherches conjointes sur les grands défis mondiaux, comme le changement climatique, la préservation des océans, la gestion des ressources naturelles ou encore les risques liés à l’érosion et à la montée des eaux. L’IRD est aussi très engagé dans le domaine de la santé, notamment dans la lutte contre des maladies comme Ebola, le paludisme ou la trypanosomiase, tout en développant des travaux importants en sciences humaines et sociales.
Dans quels domaines travaille l’IRD en Indonésie ?
L’IRD travaille en Indonésie sur plusieurs thématiques prioritaires, notamment la prévention des risques naturels (tsunamis, séismes et éruptions volcaniques), la biologie marine et la gestion durable des ressources halieutiques. Ces recherches sont menées en étroite collaboration avec les institutions indonésiennes, dans une logique de partenariat équitable et de co-construction des connaissances. Par exemple, l’IRD collabore avec le BMKG pour développer de nouvelles technologies permettant de mieux anticiper les risques sismiques. L’institut intervient également dans le domaine de la biodiversité et de la foresterie, en étudiant la diversité génétique d’espèces stratégiques comme le giroflier ou la noix de muscade afin de mieux les préserver et les valoriser. Au-delà de la recherche fondamentale, l’objectif est de produire des connaissances utiles pour l’innovation, les politiques publiques et les populations les plus vulnérables face aux changements globaux. L’IRD met aussi l’accent sur le renforcement des capacités à travers la formation de techniciens, d’ingénieurs et de chercheurs. Son approche repose sur la collaboration scientifique, le partage des savoirs et l’implication des communautés locales. Depuis 2020, 264 publications scientifiques ont ainsi été co-signées par des chercheurs de l'IRD et des chercheurs indonésiens.
Quel est l’objectif de votre visite en Indonésie ?
Cette visite est enfin l’occasion de célébrer les 50 ans de coopération entre l’IRD et l’Indonésie, marqués par de nombreuses productions scientifiques communes et activités de formation. Cette visite en Indonésie s’inscrit dans le renforcement des relations stratégiques entre la France et l’Indonésie, marqué récemment par des visites présidentielles réciproques. Pour l’IRD, il s’agit de la première visite de son président depuis dix ans. L’objectif est de rencontrer les équipes et partenaires locaux, consolider les coopérations scientifiques existantes et d’identifier de nouveaux leviers de coopération. La mission comprend également la signature de plusieurs accords et des échanges avec les agences techniques, les ministères indonésiens et le BRIN. Des visites de terrain, notamment à l’observatoire du Merapi, permettent de valoriser les projets menés conjointement.
Quels sont les défis à venir de l’Indonésie qui concernent l’IRD ?
L’Indonésie fait face à plusieurs défis majeurs sur lesquels l’IRD est fortement mobilisé. Parmi eux figurent les risques liés au changement climatique et aux phénomènes géologiques, les séismes, les tsunamis et les éruptions volcaniques. L’IRD travaille avec ses partenaires indonésiens, notamment le BMKG, pour développer des systèmes d’alerte précoce fondés sur des technologies avancées et le partage de données scientifiques. L’institut est également impliqué dans l’étude de l’évolution des forêts tropicales et de ses conséquences sur la biodiversité, le stockage du carbone et les populations locales, notamment à travers le programme One Forest Vision. Un autre enjeu important concerne l’émergence de maladies liées à la perte de biodiversité, aux perturbations environnementales et aux interactions entre animaux et humains, étudiées dans le cadre du programme de l’initiative PREZODE. Enfin, l’IRD accompagne l’Indonésie dans la gestion durable de la biodiversité et des ressources marines, l’évaluation des stocks de poissons et le développement de l’aquaculture. L’Institut contribue au renforcement des capacités scientifiques et techniques locales afin de répondre aux grands défis environnementaux et sociétaux du pays.
Plus globalement, l’IRD mène de nombreuses actions à destination des jeunes. Qu’en est-il ?
L’IRD mène de nombreuses actions de sensibilisation auprès des jeunes, dès l’école primaire jusqu’à l’université, afin de les sensibiliser aux enjeux du changement climatique, de la biodiversité et du développement durable. Ces programmes, déployés dans plusieurs pays, associent chercheurs, enseignants et élèves sur plusieurs mois autour de projets concrets. Les jeunes sont encouragés à développer leur propre réflexion et à formuler des recommandations. Certaines de leurs propositions ont été présentées lors de grandes conférences internationales et entendues par des décideurs de haut niveau. L’IRD développe également des activités de médiation scientifique destinées au grand public, telles que des expositions, des rencontres entre chercheurs et artistes ou encore des projets de théâtre scientifique. Ces initiatives visent à rapprocher la science des citoyens et à favoriser une meilleure compréhension des grands défis contemporains.
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