

Pour ou contre l’huile de palme ? Source de richesse et de développement pour certains, désastre écologique pour les autres, le sujet déchaine les passions : les positions manichéennes s’affrontent, au moyen de chiffres opaques, tandis que les enjeux écologiques et financiers demeurent complexes et antagonistes.
Le 17 janvier dernier, les eurodéputés ont voté la révision de la Directive sur les énergies renouvelables tendant, entre autres décisions, à exclure l’utilisation d’huile de palme dans les biocarburants dès 2021, contre 2025 pour les autres huiles végétales. Cette annonce a provoqué l’indignation ouverte des gouvernements indonésien et malaisien. Les deux pays représentent 85% de la production mondiale selon le rapport de la Conférence des Nations Unies de 2016 sur le commerce et le développement.
Quelques données essentielles pour mieux comprendre le sujet :
L’huile de palme est l’huile végétale la plus produite et consommée dans le monde. Entre 2005 et 2015, sa production a augmenté de 85 %, passant de 33,63 MT à 61 MT. Cette croissance est essentiellement assurée par l’Indonésie qui à elle seule représente 31 MT. On constate par ailleurs que le rythme de croissance est supérieur en Indonésie et tend à ralentir nettement en Malaisie, limitée par la pénurie de terres encore disponibles. La superficie dédiée à la culture de l’huile de palme représente environ 110 000 km2, dont plus de 63% en Indonésie. Les enjeux économiques et humains, essentiels pour le développement de l’Asie du Sud-Est, sont aussi à prendre en compte. De fait, l’étude estime que ce secteur génère 3 millions d’emplois directs pour l’Indonésie et 500 000 pour la Malaisie, dont une part significative pour des petits producteurs. Source de travail essentielle, la production d’huile de palme pèse également lourd dans la balance commerciale extérieure de la Malaisie et de l'Indonésie. En effet, en 2016, 91% des exportations mondiales d’huile de palme provenaient des deux pays protagonistes. Une grande partie de la demande et de la consommation restent en Asie, en particulier en Inde, mais l’Union Européenne représente près de 12% de la consommation mondiale en 2014. On comprend alors mieux l’intérêt que portent les pays membres de l’UE à ce sujet, et les enjeux sous-jacents.
Pourquoi l’Union Européenne souhaite-t-elle interdire l'utilisation de l'huile de palme dans les biocarburants ?
Une fois n’est pas coutume, le sujet de la limitation voire de l’interdiction de l’huile de palme dans les biocarburants semble dégager un large consensus au sein des eurodéputés. S’appuyant sur l’évolution de la politique énergétique et environnementale initiée en 2014, les représentants de différents pays, mettent en avant les effets néfastes de la déforestation liée selon eux à la culture intensive des palmiers à huile, un bilan carbone souvent positif, une traçabilité peu fiable et les droits de certaines communautés bafoués. Les eurodéputés disposent en outre d’un soutien marqué d’une grande majorité d’ONG environnementales dont Greenpeace. Mais ils semblent également très épaulés par les principaux producteurs d’oléagineux, tels le groupe Avril qui affiche parmi ces 5 engagements : « valoriser les filières nationales » et « préserver la planète ». Il n’en reste pas moins que le groupe est également un des leaders de la production de colza et de tournesol, également utilisés dans l’élaboration des biocarburants. Enfin, la puissante organisation agricole FNSEA concentre également toute son énergie pour assurer un maximum de débouchés à la filière locale des « huiles et protéines végétales ».
Le fruit de la discorde
Même si l’adoption de cette résolution n’est pas encore définitive, les tensions entre l’Indonésie, la Malaisie et l’EU sont prégnantes, chaque camp défendant ses positions. Les ravages de la déforestation dus aux plantations de palmiers à huile en Asie du sud sont une évidence, mais la réalité de la situation n’est pas aussi caricaturale que l’on veut bien nous le présenter. La bataille des chiffres fait rage et présente des niveaux d’impacts bien différents selon les sources : un article du journal Le Monde paru en avril 2017 estime que « La conversion des terres en plantations de palmier à huile est à elle seule à l’origine de 40 % des pertes de couvert forestier naturel autour de la planète. ». Mais des membres du CIRAD - dont Alain Rival, l’un des auteurs avec Patrice Levang de l’ouvrage « La palme des controverses : palmiers à huile et enjeux de développement », - ont publié une enquête parue dans The Conversation, qui démonte ce chiffre et l’abaisse à 2,3%. Par ailleurs, bien que fondamentale, la problématique écologique de l’huile de palme ne doit pas cacher d’autres questions également cruciales. En effet, dans leur ouvrage, Alain Rival et Patrice Levang montrent qu’il s’agit également de se poser la question de l’évolution des rapports Nord-Sud dans le développement agricole portée en grande partie par les pays émergeants. Il est donc légitime de se demander quelles sont les véritables raisons qui poussent l’Union Européenne à vouloir écarter l’Indonésie et la Malaisie du marché des composés des biocarburants, malgré un début certes timide et perfectible mais présent, de certification éthique de la production d’huile de palme.




