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Bas salaires, mauvaises conditions de travail... : les médecins turcs en grève

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 14/03/2022 à 18:23 | Mis à jour le 14/03/2022 à 23:07
Photo : Des médecins en grève à Izmir le 14 mars 2022 - Compte Twitter Türk Tabipleri Birligi @ttborgtr
grève médecins en Turquie

Les médecins turcs sont en grève les 14 et 15 mars pour protester contre leurs conditions de travail, alors que la tension montait depuis plusieurs mois déjà entre les personnels de Santé et le gouvernement.

Selon l’Union des médecins turcs (TBB), 1 361 médecins ont quitté la Turquie au cours des 11 premiers mois de 2021 (contre 59 seulement en 2012). Les heures de travail, 2 années de pandémie de Covid-19, les bas salaires, la violence physique exercée à l’hôpital par des familles de patients, sont autant de raisons qui conduisent les médecins turcs à s’éloigner de leur pays ces derniers mois.

En janvier, le journal en ligne Duvar rapportait le cas d’un ancien gynécologue de l’hôpital public, immigré récemment en Suisse et préférant y travailler dans un restaurant de Kebab, car les conditions de travail étaient devenues trop difficiles dans son hôpital stambouliote : "Nous recevions entre 50 et 60 patients par jour, voire parfois jusqu’à 90", "C'était comme travailler à la chaîne dans une usine automobile. Nous ne pouvions passer que 5 minutes avec le patient. […] Nous n’exercions pas la médecine", livrait-il au journal.

Pour les médecins turcs qui souhaitent continuer à exercer leur activité, l’Allemagne semble être la destination préférée, car les équivalences pour la pratique de la profession sont plus faciles à obtenir qu’ailleurs. Encore faut-il qu’ils apprennent la langue avant de partir…

Et s’ils ne cherchent pas à aller à l’étranger, beaucoup de médecins du secteur public veulent tenter leur chance dans le secteur privé, qui garantit de meilleures conditions et des salaires plus attractifs.

"S'ils peuvent partir, qu’ils s’en aillent !"

Le 8 mars dernier, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a critiqué les médecins qui passent du public au privé, ou ceux qui quittent le pays pour de meilleures opportunités à l’étranger.

"Je vais parler ouvertement, s'ils peuvent partir, qu’ils s’en aillent, nous emploierons nos médecins nouvellement diplômés ici, et continuerons notre chemin", avait déclaré le président Erdoğan, suscitant la réaction du corps médical, notamment de la TTB, qui n’a pas attendu le 14 mars, célébré en Turquie comme la "Journée de la médecine", pour protester. De nombreux professionnels de santé se sont en effet retrouvés à Kadiköy ce dimanche 13 mars, pour manifester leur mécontentement lors d’un "grand rassemblement blanc" où des slogans tels que "Notre travail est notre parole, ce pays est le nôtre" ont été scandés.

Lors de cette manifestation, les médecins ont déclaré : "Les paroles prononcées par le président Erdogan ont provoqué un grand ressentiment et de la colère parmi nous. Notre réponse est claire. […] Nous n'irons nulle part aujourd'hui. Nous resterons ici sur cette terre, comme nous l'avons fait hier, […] afin d'être le pouvoir des faibles, le remède des sans défense, afin de lutter contre la mort et les maladies, afin d’apporter santé et guérison."

Les propos du président turc ont aussi poussé Eyüp Çetin, président de la chambre des médecins de Konya et membre de l’AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir), à quitter le parti. Dans sa lettre de démission, il a déclaré que les commentaires du président pouvaient encourager la violence envers les médecins, et que les remarques faites "réduisaient de nombreux difficultés des médecins à un simple problème de rémunération".

Des mesures pour "atténuer" les tensions ?

Le lundi 14 mars, à l’occasion de la Fête de la médecine en Turquie, le président tuc a annoncé cinq mesures, dans un discours adressé aux professionnels de Santé.

Il a notamment fait part de nouvelles mesures relatives aux agressions commises à l’encontre du personnel médical, des hausses de salaires pour les personnels de Santé, ainsi qu’une revalorisation du salaire pour les médecins retraités.

"Qu’au nom de Dieu on remercie tous nos médecins et personnels de Santé, qu'il ne nous prive pas de leurs bienfaits", a-t-il indiqué lors de son discours, des mots perçus comme souhaitant "adoucir" le ressentiment du corps médical, suite aux tensions des derniers jours.

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Albane Akyuz

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