Vendredi 30 octobre 2020

La Turquie à l’ère du Coronavirus Covid-19 : tour d'horizon (1)

Par Nathalie Ritzmann | Publié le 24/03/2020 à 03:45 | Mis à jour le 24/03/2020 à 15:35
Kemaliye Turquie coronavirus

Le virus qui met la terre entière sens dessus dessous est arrivé tardivement en Turquie où le premier cas positif a été déclaré par les autorités le 11 mars et le premier décès une semaine plus tard. Avec 1236 cas et 30 morts comptabilisés au 22 mars au soir, comment est l'ambiance actuelle aux quatre coins du pays ?

Direction la belle petite cité de Kemaliye située au bord de l'Euphrate dans la province d'Erzincan au sud-est du pays. Environ 2620 habitants y séjournent en hiver... mais depuis une dizaine de jours, il manque les 320 pensionnaires de l’école supérieure des métiers et du lycée. En effet, comme toutes les écoles du pays, leurs portes ont été fermées.

Dès le 3 mars, le Ministère de l’Education Nationale a demandé que tous les rassemblements et déplacements scolaires internationaux soient suspendus.

Les écoles primaires, collèges et lycées ont été mis en vacances pour une période d’une semaine à partir du 16 mars suivie d’un enseignement à distance d’une durée non déterminée. Trois semaines de congés ont aussi été décrétées à partir de la date précitée pour les universités turques.

Bülent, 44 ans, tient avec son père la plus grande supérette créée en 1997 dans le centre-ville de Kemaliye. Par le passé, son oncle ainsi qu’un employé y travaillaient aussi mais les temps ont bien changé suite à l’arrivée il y a 3 ans d’un magasin d’une chaîne de hard discount. Si Bülent propose entre autres des produits locaux et régionaux de qualité, une bonne partie des clients a pris l’habitude de changer d’enseigne…

Turquie Kemaliye coronavirus
Bülent servant un client dans sa supérette à Kemaliye, 23 mars 2020

Les horaires d’ouverture de son magasin sont actuellement allégés. D’habitude, il est ouvert dès 7 heures et jusqu’aux environs de minuit pour répondre aux besoins des jeunes pensionnaires devant rentrer pour 23 h et constituant une part non négligeable de ses habitués… Aujourd’hui ouvert de 9 h à 20 h, le créneau suffit amplement pour satisfaire une clientèle plus rare encore et qui passe en coup de vent faire ses achats sans prendre le temps de papoter comme à l’accoutumée.

Bülent estime que la population locale applique plutôt sérieusement les consignes de confinement souhaitées… Suite aux restrictions mises en place progressivement mais rapidement par les autorités turques, il n’y a plus personne dans les rues de Kemaliye. La mairie a procédé à la désinfection des rues. La dizaine de cafés et jardins à thés sont clos depuis mercredi dernier, les trois barbiers ayant dû baisser leurs rideaux samedi soir. Sur les 4 restaurants, un seul pouvant proposer de la vente à emporter ainsi que la seule pâtisserie de la ville sont encore ouverts.

Depuis mardi 17 mars minuit, les cafés, cafétérias, jardins à thé, théâtres, cinémas, salles de mariages, de jeux, de spectacles et de concerts, casinos, pubs, tavernes, café et salons à narguilé, internet cafés, aires de jeux intérieures (notamment dans les centres commerciaux et restaurants), parcs d’attractions, piscines, hammams, spas, saunas, thermes, salons de messages et centres sportifs sont fermés.

Coiffeurs, barbiers et salons de beauté sont fermés depuis samedi 21 mars 18 h.

Quant aux restaurants, pâtisseries et autres lieux identiques, ils peuvent seulement faire de la vente à emporter ou à livrer depuis dimanche 22 mars minuit.

Kemaliye, un lieu touristique de passage très fréquenté dès le retour de la belle saison et qui accueille tous les ans fin juin - début juillet un festival international des sports naturels - où sont notamment pratiqués du basejump, du rafting et du trekking - risque bien de ne pas voir de visiteurs avant un bon moment…

Le commerce de Bülent se remettra-t-il de ce nouveau coup dur ??? L’avenir nous le dira...

Destination Kars, dans l’est du pays. Ferman, 50 ans, est reparti lundi matin à son poste d’employé à la Faculté Vétérinaire de l’université Kafkas de la ville, de même que sa fille Gül qui y exerce la profession d’assistante de recherche en biochimie. Son épouse Tamile, cuisinière dans une entreprise vendant des tracteurs, a aussi repris le chemin du travail…

Kars famille coronavirus
Ferman et Tamile avec leurs mères respectives, Kars - 22 mars 2020 

Pendant ce temps, Fatih, le fiston de 16 ans en classe de 11ème, est resté à la maison avec ses deux grands-mères. Celles-ci sont arrivées dimanche matin d’Istanbul dans un bus plein, avant l’entrée en vigueur du confinement pour les personnes âgées. Fatih poursuit pour l’heure son année scolaire à distance, comme ses camarades de classe.

Depuis samedi 21 mars minuit, confinement total pour les personnes âgées de plus de 65 ans et celles atteintes de maladies chroniques, notamment respiratoires. Plusieurs lignes téléphoniques ont été mises en place : 155 (police) - 156 (gendarmerie) - 112 (appels d'urgence avec opérateurs anglophones) et 153 (municipalité d’Istanbul) pour recevoir et effectuer les demandes d’aide (courses, médicaments, aide psychologique) aux personnes concernées habitant seules. Les contrevenants à cette injonction encourent une amende de 3500 TL, soit près de 500 Euros.

Si les membres de cette famille sont sensibles aux dangers du virus, il n’en est pas de même pour tous les habitants de Kars, loin s’en faut aux dires du maître de maison…

En Mer Noire, un petit crochet par le village de Bayadı - environ 500 habitants presque tous âgés - à 11 km d’Ordu. Mübin, 41 ans, dont 34 années passées en Alsace, y vit en permanence, à 500 mètres de la maison de ses parents à qui elle rend visite en général le soir venu.

Mi-juillet 2019, elle a débuté un élevage d’oies et en possède actuellement 18 dont elle s’occupe avec beaucoup d’attention. La saison de ponte a commencé et d’ici mi-avril, une cinquantaine d’oisons devraient voir le jour dans la couveuse où reposent les oeufs. Mübin espère en proposer à la vente, de même que des oies pour une consommation ultérieure de leur délicieuse chair.

Ordu mer noire coronavirus vie quotidienne
Mübin et une partie de ses oies, village de Bayadı/Ordu - 23 mars 2020

L’arrivée du virus n’a pas changé grand chose à sa vie quotidienne si ce n’est qu’elle s’inquiète plus du sort de son mari Gökay qui travaille dans les services administratifs du tribunal d’Ordu. Sa maman âgée de 82 ans, qui panique facilement, est cloîtrée à la maison et son papa, 78 ans, qui a subi une opération cardiaque, s’occupe gentiment de son jardin. Gökay fait aussi office de coursier et approvisionne tout le monde. Tant son épouse que ses beaux-parents sont conscients du danger potentiel qu'il peut porter le virus et tous prennent un maximum de précautions au quotidien.

Comment se passera l’évolution de la nouvelle activité de Mübin selon la durée de cette pandémie, là encore un grand point d’interrogation…

Le tour d’horizon en Turquie se poursuit demain… 

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Nathalie Ritzmann

Venue de son Alsace natale il y a plus de 16 ans ; son objectif, faire découvrir la Turquie, son pays d'adoption, avec ses yeux... et son coeur.
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