Lundi 25 janvier 2021

En quête de logement étudiant à Istanbul ? Gare aux mauvais plans !

Par Laure Sabatier | Publié le 19/11/2020 à 03:30 | Mis à jour le 19/11/2020 à 03:30
Erasmus logement Istanbul

En échange universitaire, en poste temporaire pour un stage ou en long séjour, ils arrivent d’Europe avec des euros en poche, recherchent un logement pour six à douze mois à Istanbul et font la part belle aux sous-locataires locaux. Enquête et observations sur ce marché aussi lucratif qu’illégal.

Louer des chambres en euro à des étrangers de passage ou comment arrondir ses fins de mois

“Moi je ne veux que des étrangers chez moi, ils arrivent, ils ne connaissent pas grand monde, comme ça je ne suis pas embêté par leurs éventuels amis, et puis surtout, au bout de six mois ils sont partis et moi je récupère des euros”. Assis en tailleur sur la pelouse d’un parc de Kadiköy, Ahmet* (tous les noms ont été modifiés), étudiant stambouliote en médecine, révèle fièrement sa récente combine qui lui permettra de se loger à petit frais, voire même sans frais du tout. Comme beaucoup, il a loué un grand appartement dans un quartier étudiant avec pour objectif de sous-louer les deux-trois chambres vacantes à des étrangers de passage, le tout en euro et dans le dos du propriétaire. Après avoir équipé l’appartement pour le rendre directement habitable, il publie son offre sur des groupes facebook en anglais, et n’a plus qu’à attendre que ses colocataires rémunérateurs posent leurs valises. Sur la rive d’en face, à Besiktas, on retrouve les mêmes types de sous-loueurs, à l’instar de ce couple américano-turc qui propose deux chambres à trois-cent-soixante-quinze euros chacune (environ 3700 liras) pour loger dans un appartement dont le loyer total n’excède pas cinq mille liras.

Un équilibre fragile entre facilité et indifférence qui mène à l’illégalité

Informel et volatile, ce type d’offre pullule sur internet et n’engage ni contrat manuscrit ni accord du propriétaire. Si les motivations des locataires reposent surtout sur le gain financier, et ce d’autant plus en considération de la perte de valeur de la lira, celles des sous-locataires oscillent entre méconnaissance totale de l’immobilier stambouliote et accord tacite par facilité. En effet, grâce à ce type de logement, ils s’affranchissent de la barrière de la langue et s’installent directement à leur arrivée sans devoir s’enquérir de démarches plus complexes. “Je suis consciente que mon loyer est trop élevé pour Istanbul, mais bon, c’est toujours le tiers de ce que je payais à Paris pour une surface habitable bien inférieure !” relativise Clara, étudiante à Sciences Po Lille en échange pour l’année 2020. Ainsi, sur un groupe de quinze Erasmus français en automne 2020, plus de la moitié indique payer son loyer en euro, et seul un tiers a été en contact avec le vrai propriétaire du logement.

Cette pratique courante, bien qu’en apparence gagnante des deux côtés, se fait au détriment non seulement du marché immobilier du centre-ville mais surtout des droits du propriétaire et des sous-locataires. En effet, il est tout aussi illégal de sous louer sans l’aval du propriétaire du bien que d’exiger un loyer en monnaie étrangère sans palier limitatif, ou que de sous louer plus cher son bail de location* !

Vous payez votre loyer en euro ou sous-louez sans accord du propriétaire : faites valoir vos droits

Dès lors, il semble que quiconque, tenté d’accepter une offre de logement en euro, devrait s’enquérir non seulement de l’avis du propriétaire, du prix total du bien, mais aussi d’un taux fixe de transaction. Vœu pieux s’il en est, la sous-location illicite est loin de se limiter aux étrangers dans une ville où la pénurie de logements individuels pousse la majorité des étudiants à vivre en colocation lorsqu’ils ne sont pas en résidence universitaire, colocation soumise au bon vouloir du premier arrivé. Une situation des plus ambivalente donc, que Bekir, étudiant en cinquième année de droit, résume ainsi : “je suis turc et pourtant j’ai toujours payé une part du loyer supérieure à celle du locataire ayant contracté officiellement avec le propriétaire. Alors, ma seule solution a été de prendre un appartement à mon nom, d’y ouvrir l’eau et l'électricité moi-même, chose que peu d’étrangers seraient prêts à faire pour une dizaine de mois sur place.”

Dans ces quartiers prisés par les étudiants où le prix du loyer ne fait qu’augmenter (la valeur immobilière du logement à Besiktas en USD a augmenté de 76% depuis 2006), seule la vigilance semble pouvoir protéger les nouveaux arrivants d’une situation qui, bien souvent, les lèse sur le plan légal et financier.

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* Cf article 32 et 343 du code des obligations turc (TOC)

 

Laure Sabatier

Laure Sabatier

Diplômée en Lettres Modernes et en Sciences Politiques, Laure étudie le Droit à Sciences Po Paris depuis Istanbul, ville dont elle est tombée sous le charme dès son arrivée en juillet 2020.
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