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FILMER TARLABAŞI – “Les préjugés sur le quartier nous ont donné envie de nous y intéresser”

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 octobre 2014

Le long métrage documentaire "Tarlaba?? ve Ben" (Tarlaba?? et moi) met en lumière la vie de ce quartier populaire d'Istanbul, à travers l'histoire d'un homme: Mustafa, ex-prisonnier et aujourd'hui chiffonnier. La première mondiale du film sera présentée à Istanbul du 30 octobre au 2 novembre, à l'occasion du BIFED (Bozcaada International Festival of Ecological Documentary) pour lequel le film a été retenu en compétition officielle. Lepetitjournal.com d'Istanbul a interviewé les deux réalisateurs du film, Jaad Gaillet et Marianna Francese. Ces deux passionnés de photographie et de cinéma partagent le cheminement de leur projet.

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Jaad Gaillet : J'ai 24 ans. Je suis actuellement une formation en cinéma et documentaire à Naples avec Leonardo di Costanzo, Alessandro Rossetto et Bruno Oliviero. Avant cela, j'ai étudié l'anthropologie de l'environnement au Muséum national d'Histoire naturelle et j'ai fait un Master 2 en cinéma anthropologique et documentaire à Paris.

Marianna Francese: J'ai 26 ans, je suis la même formation que Jaad. J'ai fait des études en sciences sociales, durant lesquelles j'ai suivi des cours de photographie jusqu'à être diplômée en Anthropologie et Ethnologie à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris.

Photo Facebook Tarlaba?? Ve Ben (Victor Vaysse)

Comment avez-vous fait la  ?connaissance? du quartier de Tarlaba?? ?

Jaad Gaillet: Nous avons été tous deux étudiants en Erasmus à Istanbul en 2011. C'est en recherchant un logement que nous avons eu notre premier contact avec ce quartier. Tout le monde nous disait que c'était un endroit malfamé, mais nous y avons habité pendant deux mois, la première fois.

Justement, qu'est-ce qui vous a plu dans ce quartier pourtant si décrié? Qu'est-ce qui vous a donné envie de le photographier ? 

Marianna Francese: J'étudiais la photographie à Istanbul avec des professionnels, Murat Pulat et Delizia Flaccavento. J'avais commencé un projet sur les femmes kurdes dans plusieurs quartiers d'Istanbul et une fois que je suis arrivée à Tarlaba?? je n'ai plus quitté le quartier. Quant à Jaad, il s'intéressait aux récupérateurs d'ordures (chiffonniers) qu'il photographiait dans les rues de la métropole. Nous avons décidé ensuite de créer un seul et même projet sur le quartier de Tarlaba??.

Jaad Gaillet: Tant que l'on n'y a pas habité, on ne peut pas connaître le microcosme de ce quartier, la créativité qui se trouve dans la microéconomie. Nous avons fait la découverte d'un autre monde, à l'ombre d'Istanbul.

Comment avez-vous décidé de transformer ce projet photographique en un film ? Quel a été le déclic?

Marianna Francese: Notre projet photographique a duré deux ans. Mais tellement de choses se sont offertes à nos yeux que nous avons voulu en montrer plus. Nous voulions raconter une histoire qui pouvait se passer dans ce quartier. Nous n'avions pas envie de faire des interviews avec les habitants. Le déclic a été notre rencontre avec Mustafa (photo de gauche) : cet homme a une vie hors norme, il est arrivé à Tarlaba?? à 50 ans pour se cacher et se créer une nouvelle identité en devenant chiffonnier.

Comment avez-vous fait la connaissance de Mustafa? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué chez cet homme ?

Jaad Gaillet: C'était en 2012. Alors que nous nous baladions dans les rues de Tarlaba??, ma sandale s'est cassée. Mustafa s'est approché et m'a demandé si nous avions besoin d'aide, puis il a disparu quelques instants pour revenir avec une paire de chaussures! Nous avons continué à déambuler ensemble dans le quartier en discutant. Mustafa nous racontait déjà son histoire. C'était un homme mystérieux et à la fois noble, qui partageait avec nous dans le désordre des bouts de sa vie. Nous écoutions. On sentait qu'il y avait là une histoire et ce film en est le résultat.

Comment a-t-il réagi lorsque vous lui avez parlé de votre projet?

Marianna Francese: Nous avons passé une dizaine de jours avec Mustafa après qu'on se soit rencontré. Une fois de retour à Paris, nous avons réalisé que Mustafa pouvait incarner la figure qu'on recherchait pour faire ce film. Quelques mois plus tard, nous lui avons fait part de notre idée et nous sommes repartis à Istanbul pour le tournage. Mustafa s'est très vite fait à l'idée du film. Il est bien conscient que sa vie est très riche et atypique, il nous a dit à plusieurs reprises qu'elle pourrait être à la source d'un roman.

Que pensez-vous de la destruction/rénovation de Tarlaba?? pour en faire les ?Champs Elysées? d'Istanbul ?

Jaad Gaillet : Je pense que ce projet n'a pas pris en compte l'endroit sur lequel il a été établi, ni l'histoire du quartier. On est dans la situation que l'on a pu connaître il y a 30 ou 40 ans en Europe, où l'on a cru qu'il suffisait de détruire et reconstruire pour éradiquer la pauvreté. Mais en réalité, on n'a fait que déplacer le problème. Il est certain que ce projet est un agrandissement de la zone touristique de Taksim qui borde Tarlaba??. Il y a des touristes qui traversent le quartier pour se rendre à Taksim, sans ne rien connaître de cet endroit. Le lieu est devenu une zone très stratégique, c'est ce qui est dommage. Mais ce quartier a une telle histoire que je suis certain qu'il se passera d'autres choses.

Est-ce que votre projet a une visée plus ou moins politique?

Jaad Gaillet: Notre projet n'a pas une visée politique en soi. Bien sûr le contexte politique et les évènements de Gezi Park entourent le documentaire mais nous, nous avons choisi de nous intéresser à un personnage, de raconter une histoire.

De quelle manière cherchez-vous des financements pour faire aboutir votre projet ?

Marianna et Jaad : Le montage du film est terminé, cependant nous avons besoin de financements pour la post-production, les travaux techniques. Cela comprend l'étalonnage du film, le mixage du son pour qu'il soit présenté dans les meilleurs conditions au public. Nous avons donc lancé un appel aux dons sur Indiegogo. Ce site nous permet de promouvoir notre projet à l'échelle mondiale et de percevoir des financements pour que les travaux techniques puissent être faits.

Qu'espérez-vous atteindre avec ce film?

Jaad Gaillet: A travers la vie de Mustafa, nous racontons une histoire. Celle d'un homme qui décide de s'installer dans un quartier populaire, celui de Tarlaba??, quitter sa ?dolce vita? et devenir chiffonnier. Le film a la prétention de faire réfléchir, poser des questions, d'interroger le public autant pour sa forme que son fond.

Avez-vous déjà d'autres projets en tête ? En Turquie ou ailleurs ?

Jaad Gaillet: Oui nous avons des projets ensemble et séparément. Pour le moment, nous avons plusieurs idées mais qui sont encore dans une phase embryonnaire. Ils concernent la Turquie et aussi la France (Paris). 

Propos recueillis par Marion Sagnard (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 28 octobre 2014

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Publié le 27 octobre 2014, mis à jour le 27 octobre 2014
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