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EN TÊTE À TÊTE AVEC LA CAPPADOCE – Vahdi, le gardien des kilims…

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 20/11/2013 à 23:01 | Mis à jour le 20/11/2013 à 20:28

Depuis sept ans, Émilie Langrené voyage régulièrement en Turquie et surtout en Cappadoce, région pour laquelle elle est tombée littéralement  ?en amour?. Un nouveau voyage au ?Pays des Beaux Chevaux? et le passage des 30 ans ont été un véritable déclencheur. Elle quitte donc le monde des agences de publicité et Paris pour s'installer progressivement en Cappadoce. Une fois par mois, elle vous propose un tête à tête avec ceux qui peuplent son quotidien et qui lui ont donné le goût de rester.

Je poursuis donc ma présentation des personnages de Cappadoce et vous emmène sur la place principale d'Uçhisar, en contrebas du Kale (le château), à la Maison du Kilim, où vous pourrez faire connaissance avec Vahdi, patron des lieux mais surtout amoureux des kilims et objets appartenant à un autre temps?

Vahdi, de son vrai nom Vahdettin, est le beau-frère de Sisik mais aussi son meilleur ami. C'est un petit bonhomme érudit -- Vahdi, si tu lis ces lignes, ne m'en veux pas mais il est vrai que comparé à ma taille de géante, tu contrastes fortement ;) On s'est d'ailleurs toujours dit avec Maïwenn, depuis notre première rencontre, que c'était passionnant de passer du temps avec lui car il a non seulement une excellente maîtrise du français (d'ailleurs Sisik l'appelle "son secrétaire" puisque c'est lui qui répond aux emails de réservation dans sa pension) mais aussi une très grande culture générale et pas uniquement sur la Turquie. On lui fait d'ailleurs souvent remarquer, mais il est bien trop humble pour accepter ce genre de compliment. A cela, j'ajouterai aussi que Vahdi sait très bien manier l'art de la? blague, si vous avez du temps, demandez-lui qu'il vous raconte l'histoire du chichi ou la mort, il nous la fait chaque année? Fous rires assurés ;)

Les kilims et Vahdi, c'est une histoire de famille qui commence avec ses quatre frères l'été, quand il avait une douzaine d'années. Comme beaucoup de jeunes garçons turcs à l'époque, ses tâches consistaient à apporter le thé et plier les kilims. A 15 ans, il en fait son vrai métier, puisqu'il quitte le lycée et part vivre à Paris pour un an et demi. Il va y apprendre le français et surtout développer sa passion en travaillant au contact de son plus grand frère, qui avait ouvert une boutique de kilims à l'époque. S'en suivent alors quelques allers-retours entre la France et la Cappadoce dans les années 90 et puis, en 1998, quand son frère Pa?a part s'installer à Paris, il lui confie la direction de son magasin à Uçhisar et ce jusqu'en 2004. C'est en 2005 qu'il ouvre son propre magasin, tel qu'il existe aujourd'hui.

Son magasin fait 120 m2 et possède une véritable âme. Ca et là les kilims sont entassés mais attention, pas dans n'importe quel ordre, Vahdi en connaît les moindres détails, leurs motifs, leurs valeurs, d'où ils viennent et ce qu'ils racontent. Vous pourrez y voir entreposés pas moins de 1.000 pièces et autres objets anciens que Vahdi récupère et met en valeur.

Comme Vahdi (photo EL) me l'a raconté la première fois que j'ai visité son magasin, ou plutôt son musée, le kilim est une création féminine, c'est comme une lettre qu'une femme jeune ou moins jeune aurait écrit pour y raconter ses peines ou ses joies. Avant d'être devenu cet objet de décoration qui trône peut-être dans votre chambre, au mur ou dans votre salon, le kilim était un objet du quotidien qui pouvait servir de manteau, de couverture et de tapis de sol. Il faisait aussi partie de la dot qu'une jeune fille apportait à sa future belle-famille. Fait en laine, il est différent d'un tapis persan: il est dépourvu de velours car il est brodé au lieu d'être noué. Certains motifs sont très anciens, ce qui fait sensiblement augmenter sa valeur. Ils peuvent remonter à 7.000 ans voire 10.000 ans avant J.-C., on peut les retrouver peints sur les grottes et découvrir le quotidien, les croyances, les coutumes de ces civilisations perdues. Chaque kilim est donc unique et relève plus de l'art que les tapis classiques.

Aujourd'hui, il reste très peu de régions en Turquie où l'on peut encore trouver des kilims filés à la main. C'est un savoir-faire qui se perd avec les années, néanmoins il existe des restaurateurs qui réparent les pièces usées par la vie et le temps et qui, d'une certaine façon, continuent à perpétuer cet art ancestral.

Vous l'aurez donc compris, Vahdi n'est pas qu'un simple marchand de tapis, c'est un amoureux des kilims et un gardien du temps qui passe et qui se lit au travers de ces fils de laine. On peut même dire que grâce à lui, il fait voyager l'identité et la mémoire de ces femmes d'Anatolie ou d'ailleurs, en Turquie mais aussi à l'étranger.

Le mois prochain place à la musique avec Mehmet, le joueur de Saz?

Émilie Langrené (http://www.lepetitjournal.com/istanbuljeudi 21 novembre 2013

(RE)LIRE: EN TÊTE À TÊTE AVEC LA CAPPADOCE ? Sisik, celui par qui tout commence?

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