

Belkis Jeridi est une jeune femme vivant en France mais persuadée depuis des années que son destin l'attend en Turquie, au détour d'une rue d'Istanbul. Étudiante en dernière année de master, elle prépare minutieusement son départ. Tous les quinze jours, Belkis nous relate ses démarches, les anecdotes, les rencontres et les doutes qui jalonnent son parcours. Dixième épisode.
On est le 31 décembre 2012 et mon sourire est crispé devant l'objectif : ?Peyniiiiiir?.
Je pense à mon rendez-vous, et là, constatation cruelle : j'ai rien prévu, moi, comme tenue ! Et mon style est? comment dire? un peu trop parisien.
Je me maudis, moi, mon style et mes 11 kg de bagages qui servent à rien !
2 janvier 2013. J'ai réussi à trouver ma tenue passe-partout, et une boule au ventre. Comme un pressentiment. Mince, je ne suis pas prête en fait... ?Chéri, dis, je peux être femme au foyer ??
Lorsque le taxi s'arrête devant un immeuble flambant neuf, c'est toute la bande qui en descend. Il y a ceux qui m'encouragent, et ceux qui ont peur pour moi. ?T'es folle d'avoir accepté un rendez-vous avec ce mec !?
A la réception, je tombe sur une standardiste visiblement au courant de ma venue.
Excitée, elle me dit tout de go : ?Oh s'il vous plaît, s'il vous plaît, parlez français.?
Je m'exécute. Elle glousse de plaisir.
On m'indique que je suis attendue. Changement de décor. En passant la porte du bureau, je viens de comprendre à qui j'ai affaire.
Après m'avoir mise à l'aise avec un semblant de nostalgie sur notre rencontre à Paris, mon interlocuteur va droit au but :
?Tu m'as bien dis que tu voulais travailler en Turquie ??
- Euh bah oui (mais vous me faisiez moins peur à cette époque)?
Et là, sans y être psychologiquement préparée, c'est un entretien que je suis en train de passer. Mes expériences, mes études, tout y passe.
Puis il me dit ?Okay, on switche en turc?. Plus aucun son ne sort de ma bouche. Il sourit.
Il sourit, et il me parle de son 31, de sa migraine le lendemain? Mais moi, j'ai lu sur la porte, je sais qui j'ai en face de moi. Re-sourire nerveux.
Pour résumer, j'ai un style un peu trop bobo, un sourire crispé, un turc à améliorer d'urgence, des amis qui attendent des heures dans un café que mon rendez-vous se termine, et un culot pas possible d'avoir osé aborder cet homme super important.
En conclusion, mon CV est entre ses mains, souhaitez-moi bonne chance
Belkis Jeridi (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 15 février 2013
Retrouvez ici la précédente chronique de Belkis Jeridi
* Bonne année





































