

Nous retrouvons notre journaliste belge, Melody De Visscher, et ses histoires rocambolesques à Istanbul, qui tiennent en haleine ses nombreux lecteurs. Dans le nouvel épisode de son livre en ligne, "Istanbulle", Melody va de surprise en surprise.
Lider m'a dit que sa soeur était une chanteuse pop ultra célèbre. J'aime bien la musique turque. La première fois que j'en ai entendue, c'était à 17 ans, dans la voiture d'un petit-ami dont le père était originaire d'Edirne, une province au nord-ouest de la Turquie. Il écoutait Rafet El Roman, un chanteur romantique à la voix mélancolique. Au début ça m'énervait, plus tard j'ai appris à apprécier. La voix mélancolique, presque plaintive, c'est un peu la signature des artistes de la chanson turque. Je n'en connais pas beaucoup mais j'ai déjà écouté des albums d'Ebru Gündes, de Mustafa Sandal, de Burcu Günes et de la grande Sezen Aksu, que tous les Turcs vénèrent sans exception. Apparemment, la soeur de Lider est un mélange de Aretha Franklin et de Randy Crawford. Si c'est vrai, la soirée promet d'être plutôt bonne.
Guest list
Je suis en train de me mettre du vernis sur les ongles de pieds en attendant que Mano et Flora se décident à venir, ou non, au concert de cette fameuse star. Elles m'énervent: depuis toute la journée, elles ne font que changer d'avis. Si ça continue, je m'en fous, je m'y rends seule. C'est à cinq minutes de l'appart', à Balans, un bar qui fait brasserie au rez-de-chaussée et salle de concert à l'étage. Je suis sur le point de passer la porte quand Mano se résout à me suivre. On chausse nos talons et on file, bras dessus, bras dessous, vers le lieu de rendez-vous.
Lider nous a inscrites sur la liste des invités, ce qui nous permet de passer en princesses devant tout le monde sans payer l'entrée. A notre arrivée, on est repérées par Tolga, un infographiste et ami de Lider. Tandis que lui et ma coloc' sortent fumer une cigarette, je m'installe seule au bar pour attendre le début du concert. Quelques minutes plus tard, le sexy Lider se pointe, tout sourire avec un verre de Jack Daniels à la main, pour me faire la conversation. Il me propose de le rejoindre pendant le concert, là sur la mezzanine, pour me montrer le travail de l'ingénieur du son et du régisseur lumière. Il viendra me chercher en bas des escaliers à la quatrième chanson. Sur ce, il disparaît car c'est l'heure de l'ouverture.
La scène s'illumine et la Star apparaît. Sa voix puissante est accompagnée de violons et d'un orchestre qui joue chaque note avec une grande précision. Moi qui n'ai jamais été très musique, et ce malgré mon prénom, je suis éblouie. La première chanson s'empare de moi, la deuxième me réjouit, la troisième m'enchante si bien que j'en oublie presque de retrouver Lider à la quatrième. Mais lorsque celui-ci me tend la main pour m'aider à monter, je suis parcourue d'un frisson. On passera la suite du récital à discuter côte à côte, tellement proches l'un de l'autre que nos bras se frôleront sans arrêt. Le temps semble s'arrêter et en même temps, filer à toute vitesse. A la fin du concert, il m'entraîne vers les coulisses, où il me présente à sa soeur qui se lève d'un bond pour me serrer la main, comme si elle savait déjà qui j'étais...
Coup de théâtre
Et je ne crois pas si bien dire. Plus tard dans la soirée, Lider m'avoue que cela ne fait pas deux semaines comme je le pensais mais presque deux mois déjà qu'il m'a aperçue pour la première fois. C'était une après-midi au café Susam. Il est entré, il a râlé parce qu'une fille était assise à sa table préférée puis j'ai soulevé la tête et il est tombé sous le charme... Il a alors sondé sa meilleure amie, Arzu, la patronne du café, pour savoir qui j'étais. Pendant près d'un mois et demi, ils ont commandé expressément à tout le personnel de leur fournir le plus d'informations à mon sujet. Pris dans son élan, Lider ne remarque pas mon air interdit. Il continue: "Il y a un mois, mon oncle est décédé et j'ai dû partir en Angleterre pour ses funérailles. Tous les jours, lorsque tu passais la porte du café Susam, les serveurs décrochaient le téléphone pour appeler Arzu qui passait un appel outre-mer pour me donner de tes nouvelles."
Je suis bouche bée. Face à la découverte de ce comportement, comment dire... un brin excessif, je me demande ce que je vais faire... Je fuis ou je reste?*
Melody De Visscher (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 14 février 2013
*Cette anecdote s'est déroulée au mois de novembre 2009 mais a été écrite au mois de février 2013.
Note: Istanbulle, c'est le livre en ligne de Melody, une journaliste belge spécialiste des aventures rocambolesques. Depuis son arrivée à Istanbul en mars 2009, elle a essayé de convertir les Turcs au développement durable, habité sur une île, partagé un appart avec un Kurde misogyne, rencontré un Italien tenant une pancarte 'Hug me' devant l'Aya Sophia, tapé dans l'oeil d'un prof de turc atteint de TOC, confié sa crinière à un 'kuaför' local et fréquenté un joueur de tambour recherché par l'armée...
Des anecdotes comme ça, elle en a plein en réserve. Elle en publie une nouvelle chaque semaine, tenant ainsi en haleine de nombreux lecteurs passionnés.



























