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TÉMOIGNAGES DE LECTEURS – La retraite en Turquie pour les étrangers, comment ça se passe ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 18 juin 2014

La retraite en Turquie, est-ce une bonne idée ? Comment la réussir ? Lepetitjournal.com d'Istanbul a recueilli les témoignages de trois lecteurs qui ont fait ce choix, pour des raisons différentes, dans des circonstances différentes. Niveau et qualité de vie, santé, démarches administratives? Nous vous livrons leurs témoignages, suivis d'un entretien avec Marie-Rose Koro, conseillère consulaire pour les Français de Turquie, au fait de ces questions.

Michel Malandain, à Istanbul

"Je suis venu en Turquie en 1995 pour ouvrir une nouvelle filiale du groupe Total qui s'appelle aujourd'hui Arkema, une société qui vend des produits chimiques. Je me suis installé à Istanbul. J'ai recruté une équipe et ça a très bien fonctionné. Il y a eu des erreurs, mais dans l'ensemble, j'ai été assez motivé par la façon dont les Turcs travaillent. Ils sont motivés, travailleurs, actifs, dynamiques...

En 2004, j'ai été renvoyé en France parce que j'approchais de la retraite. J'ai pris ma retraite début 2005 et je me suis installé à Saint-Cyr-sur-Mer dans le midi. On a passé un hiver là-bas et pour moi, ça a été l'horreur. C'est une petite ville, ça bouillonne en été, mais l'hiver, il n'y a rien. Quand vous êtes habitué à neuf ans de vie trépidante à Istanbul, habiter dans le sud, ça a été un choc !

Après ce premier hiver, nous avons décidé de retourner vivre à Istanbul. Nous voulions voir si c'était faisable de retourner là-bas dans un rôle de retraité plutôt que dans celui de directeur de société. Ce sont deux choses différentes, on ne fréquente plus les mêmes personnes. On a acheté un appartement à Be?ikta? et finalement, ça s'est très bien passé. On a retrouvé nos amis d'avant. On n'est plus dans la communauté des expatriés qui ne viennent que pour deux ou trois ans et qui sont généralement plus jeunes. Nous avons maintenant beaucoup d'amis Turcs ou des couples mixtes. Nous avons toujours une maison en France, où nous allons l'été.

Nous avons choisi de revenir à Istanbul parce que pendant toute ma période de vie active, j'avais été impressionné par le dynamisme des gens. C'était un tel contraste avec le déclin en France. C'est beaucoup plus agréable de vivre dans un endroit où économiquement, ça marche bien. Les gens sont plus satisfaits. Et puis il y a une chose qui est très agréable ici et que l'on ne trouve pas en Europe, c'est la qualité du service.

Pour pouvoir rester, j'ai demandé un ikamet. Avant, j'avais deux documents : un pour le travail et un autre pour résider. Quand je suis revenu, j'avais toujours mon ikamet et je l'ai fait renouveler. Je n'ai jamais eu de problème parce que je possède un appartement, donc j'ai un tapu (ndlr :un titre de propriété).

Si vous êtes propriétaire d'un bien, on ne vous pose pas de questions sur votre compte en banque. Sur le plan de la santé, ici, j'ai le système SGK (Sosyal Güvenlik Kurumu). Comme j'ai travaillé longtemps, j'ai cotisé en Turquie pendant huit ans et demi. Il en faut dix, donc je continue à payer pour le SGK, de façon à être couvert un minimum. À terme, cela va me donner droit à une petite retraite de l'ordre de 400 euros environ.

La ville d'Istanbul est très bien desservie, il y a des aéroports, on peut facilement aller partout dans le monde. Le coût de la vie est plutôt inférieur à celui de la France, mais cela dépend aussi de comment vous vivez??

 

Danielle Theuillon, à Çesme

"À l'origine, c'est le hasard et non une décision qui a fait que je me suis installée à Çesme, en Turquie. Puis ça a été une décision de rester. Je venais en Turquie en vacances depuis 1982, j'ai pris quelques cours de turc en 1999. À Çesme, il y avait un panneau ?à louer?. J'ai appelé pour louer et c'est ainsi que je me suis établie à Çesme au bout de deux ans environ.

Les premières années, je restais trois mois, je retournais en France et ainsi de suite. Puis j'ai décidé de rester, notamment pour deux raisons : j'aimais la Turquie et je connaissais la langue. Je parle turc dans la vie de tous les jours, même si ce n'est pas un turc parfait. Cela fait maintenant huit ans que je suis à Çesme. Je vais avoir 68 ans. Si je n'ai pas de problème de santé, je pense que je vais rester encore quelques années, dans la mesure où j'ai acheté un petit bien et que je me suis endettée pour huit ans. Ce serait bien que je puisse aller au bout du crédit en restant en Turquie. Je m'y plais de toute façon, mais je ne sais pas si j'y finirai ma vie.

Il y a une quinzaine d'années, je n'aurais pas pu rester ici car la vie y est trop calme. Mais à mon âge, j'apprécie cette vie à Çesme. C'est une vie de petite ville et de village en même temps, ça me plaît beaucoup car normalement j'habite à Paris. Le rythme de vie est beaucoup plus cool qu'en France, la vie en Turquie correspond à ce que j'en attendais avec l'âge.

Pour moi et pour beaucoup de Français, le gros problème c'est la question de la santé et des hôpitaux. Si vous restez une semaine dans les hôpitaux turcs, personne ne s'occupe de vous, il faut que vous ayez de la famille ou quelqu'un que vous rémunériez, alors qu'en France les infirmières et aides-soignantes s'occupent de vous. C'est pour ça qu'en vieillissant davantage et en étant éventuellement malade, je ne crois pas que je pourrai rester.

J'ai toujours pensé à m'expatrier, et je m'étais  dit que si je ne pouvais pas rentrer en France quand je le souhaitais, et téléphoner en France lorsque je le souhaitais, je ne m'expatrierais pas. Maintenant les conditions sont réunies avec Skype et tous les moyens internet. C'est vrai que l'ordinateur a beaucoup joué dans le fait que je puisse rester à l'étranger..."

 

Gülseven Sonumut, à Bodrum

"J'ai travaillé pendant des années pour Alcatel en France. Je faisais des déplacements en Turquie, en Irak et en Iran. Je suis retourné en Turquie à la fin des années 1998. À cette époque, j'avais plus de 50 ans et continuer à travailler dans mon domaine, c'était difficile. J'ai donc fait des traductions, des sous-titrages de films français ou anglais et depuis 2009, j'habite à Bodrum. Nous sommes arrivés à Bodrum un peu par hasard. Mon fils aime faire de la voile, c'est pourquoi on s'est installé au bord de la mer. Avant, à Istanbul, nous vivions dans le quartier de Beyo?lu. Pour faire les courses et se déplacer sans voiture c'était compliqué!

Quand j'ai eu 60 ans, j'ai voulu prendre ma retraite. J'ai essayé de regrouper ma retraite française avec ma retraite turque sur la base des accords franco-turcs datant de 1973. Il y a eu un souci et je ne suis pas parvenu à regrouper mes pensions. Je touche donc une pension turque et une pension française pour mes 10 ans et 17 ans de travail respectif dans les deux pays.

Initialement, je voulais passer ma retraite en France, mais en raison d'erreurs administratives qui datent de mes années en Irak (1982-1987), j'ai eu des soucis avec ma carte de séjour. Je suis donc retourné en Turquie. Je n'ai pas de carte de séjour valable, et il m'est maintenant très difficile de rentrer en France.

Il y a un avantage à passer sa retraite en Turquie au niveau du salaire, pour moi qui touche une retraite française. Les désavantages, pour moi, ce sont les soins médicaux. Ici, on est obligé d'aller à l'hôpital public, sinon ce n'est pas remboursé.

Je préfèrerais rester en France. Là-bas, j'aimais me réunir avec des amis. À Bodrum, vous êtes plus isolé. En France, par exemple, j'aime bien aller au bistrot, manger et boire, mais ici ce n'est pas la même chose, on ne retrouve pas le bon goût du bistrot!"

 

Marie-Rose Koro, fraîchement élue au poste de conseillère consulaire, a accepté d'éclairer lepetitjournal.com d'Istanbul sur la question des retraites en Turquie. Entretien.

Lepetitjournal.com d'Istanbul: Y a-t-il beaucoup de retraités français qui choisissent de partir passer leur retraite en Turquie ?

Marie-Rose Koro (photo JB): La Turquie n'est pas dans le top 3 des destinations pour les retraités français, mais elle progresse. La première destination c'est le Maroc, parce que c'est un pays francophone. Il n'y a pas de problème de langue et l'accès aux soins est facilité. Ce qui n'est pas le cas de la Turquie.

Ensuite il y a des destinations plus exotiques comme la Thaïlande, ce sont des gens qui veulent changer entièrement de vie pour leur retraite et puis c'est un pays pas cher et dépaysant. Puis arrivent les pays du pourtour méditerranéen, la Tunisie notamment, mais aussi l'Italie, la Grèce, l'Espagne et enfin la Turquie.

En Turquie, les retraités vont majoritairement sur la côte anatolienne, du côté d'Antalya et de Bodrum, plutôt que vers Istanbul, principalement pour le repos et la qualité de vie proposés.

Lorsqu'un Français décide de venir en Turquie pour sa retraite, quelles sont les démarches administratives à accomplir avant le départ, puis une fois arrivé en Turquie?

Concernant les démarches administratives au départ, tout Français peut voyager hors des frontières comme bon lui semble. À l'arrivée, il y a plusieurs choses à faire en revanche. Premièrement du côté français, il y a tout d'abord l'inscription sur la liste électorale consulaire (LEC). C'est important, non seulement pour voter, mais aussi en cas de sinistre. Toute la communication vis-à-vis de la communauté passe par cette liste. Ce n'est pas une obligation, mais c'est fortement recommandé. Mis à part cela, la France n'exige rien. À l'arrivée, par contre, les Turcs exigent un permis de séjour (Ikamet). Celle-ci ne donne pas autorisation à travailler. Sur ce permis de séjour, il y a encore des choses qui ne sont pas très claires.

Quelles sont les formalités pour séjourner sur une longue durée en Turquie lorsque l'on est retraité, sans activité professionnelle?

Les modalités de séjour longue durée commencent par un an et il faut renouveler ensuite. Puis comme toutes les cartes de séjour, plus vous restez et plus vous pouvez prétendre à une longue durée. La longue durée ne peut pas être obtenue au premier renouvellement, il faut être resté cinq ans sur le territoire pour pouvoir en bénéficier et justifier bien sûr des revenus, d'une couverture sociale et d'une adresse.

On a appris en décembre dernier que les retraités du régime français résidant à l'étranger pouvaient, à titre dérogatoire, conserver leur carte Vitale à leur départ et s'ils l'ont rendue, qu'ils pouvaient en obtenir une à nouveau. Cette annonce est-elle mise en pratique ?

Les ressortissants français qui ont cotisé au régime général en France, c'est-à-dire à la sécurité sociale, qui prennent leur retraite à l'étranger, peuvent prétendre, ce qui n'était pas le cas avant, à la carte Vitale même lorsqu'ils sont hors des frontières. Avant, si vous étiez hors du territoire pendant un certain temps, que vous rentriez en France, il fallait attendre six mois avant d'ouvrir des droits à la sécurité sociale.

Désormais quand les gens rentrent en France pour des raisons de santé ou non, ils n'ont plus à faire face à cette carence de six mois sans droit à la sécurité sociale. Avant c'était possible seulement si vous étiez à la Caisse des Français de l'Étranger (CFE), maintenant c'est possible pour tout le monde. La carte Vitale ne concerne pas forcément un grand nombre de gens, mais ce sont ceux qui sont le plus en besoin, c'est à dire les personnes d'un certain âge, malades à l'étranger et qui souhaitent rentrer en France se faire soigner. Grâce à la mesure, elles ont accès directement aux soins.

Est-il possible, en tant qu'étranger en Turquie, d'obtenir son inscription au régime turc de la sécurité sociale (SGK : Sosyal Güvenlik Kurumu) ?

C'est possible, si vous êtes salarié bien évidement. Ensuite c'est possible dans des cas particuliers, si vous êtes venu rejoindre un membre de votre famille par exemple. En revanche, je pense que c'est mieux de prendre une couverture privée ou de garder une couverture sociale maladie française, que ce soit CFE, que ce soit la carte Vitale pour les gens qui ont passé leur vie active en métropole et qui s'installent à l'étranger tardivement. Les retraités français bénéficient de la sécurité sociale française. Il y a un accord entre la France et la Turquie, donc s'ils font des dépenses ici, ils seront remboursés. Donc il n'y a pas vraiment d'intérêt à prendre la sécurité sociale turque.

Quelles sont les démarches pour ne plus être résident fiscal en France ?

Pas de bonnes nouvelles. Si vous avez des biens en France, ou si vous êtes payé par une administration ou une entreprise française et que votre salaire est versé en France, vous êtes fiscalement imposé en France. Si vous n'avez pas de revenus en France et pas de propriété en France, vous pouvez faire le choix (il y a une direction des français de l'étranger aux impôts) de rester immatriculé, mais d'être non imposable.

D'une manière générale, quels sont les principaux problèmes auxquels doivent faire face les retraités à l'étranger ?

Les problèmes sont de deux ordres. Le premier handicap, c'est la langue. Les Turcs sont un peuple extrêmement accueillants, hospitaliers. La Turquie, est un beau pays avec beaucoup d'avantages, mais la langue est un obstacle évident. En revanche, il y a d'autres pays comme l'Allemagne ou les pays scandinaves par exemple, qui viennent en masse et s'installent dans le sud de la Turquie des petites villes. C'est le cas d'Alanya qui est quasiment une ville allemande. Ils se sont vraiment implantés, tout est écrit en allemand ou en russe, il y a des Biergarten... Les Français n'ont pas encore ça. En comparaison, on trouve un peu ce genre de villes au Maroc pour les Français. Le deuxième handicap, c'est toujours un peu la langue, mais c'est au niveau du système de santé turc. Il y a des bons hôpitaux partout maintenant, mais il n'y a pas forcément de médecins qui parlent les langues étrangères. Or la personne qui est de santé fragile ou qui se sent fatiguée a besoin de parler, d'avoir un interlocuteur en qui elle peut avoir confiance, mais aussi qui est à l'écoute. L'autre problème, c'est le coût des soins s'il n'y a pas de couverture locale. Il y a beaucoup de médecins francophones à Istanbul, mais par exemple il n'y a pas de psychiatre francophone ou d'ophtalmologue. Le charmant petit défaut des Français aussi, c'est qu'ils parlent très peu l'anglais, alors qu'on trouve beaucoup de médecins anglophones voire germanophones.

Ensuite l'accès aux médias est assez limité, même si on commence à en trouver aujourd'hui.

Un autre souci concerne les démarches en matière de décès. Il y a des cimetières, mais c'est hors de prix. Il n'y a pas encore de crématorium, mais ça, c'est lié aux religions et aux croyances.

Les conseillers consulaires récemment élus, dont vous faites partie, ont-ils aussi pour mission d'aider les ressortissants français retraités à accomplir ces démarches ? Quelles sont les autres sources d'information (sites internet ou autre) que vous conseilleriez pour se renseigner ?

Notre mission évidement est d'être là au service des ressortissants et d'être à leur disposition pour les aider, les renseigner et les guider si c'est possible. Mais nous sommes censés intervenir autant en termes d'éducation que de social. Il faut penser par exemple à toutes ces dames venues il y a des années en couple mixte. Des femmes françaises, dont le mari est décédé et qui ont un problème social puisqu'elles n'ont jamais travaillé ici. Elles n'ont pas de retraite ou très peu et, dans un âge avancé, se retrouvent seules, isolées et pas toujours au courant des possibilités d'aides sociales auxquelles elles pourraient prétendre.

Il y a une chose que j'aimerais bien changer. Pour l'instant, la CFE n'a d'accord qu'avec l'hôpital américain. C'est l'un des meilleurs de Turquie, mais c'est aussi le plus cher et de loin. Je crois  qu'il serait intéressant de voir avec la CFE pour élargir et trouver deux ou trois autres hôpitaux peut-être publics, parce que les hôpitaux publics sont désormais de très bonne qualité. Et peut-être également des hôpitaux en dehors d'Istanbul, qui permettraient aux ressortissants d'avoir un hôpital de référence dans le reste de la Turquie.

Pour avoir des informations, il y a la Maison des Français de l'Étranger, c'est un portail informatique, tout ce qui est administratif est là. Le portail du consulat est assez bien fait. Sinon les associations font un bon travail en faisant des pots d'entrée en septembre, comme Istanbul Accueil, La Passerelle, L'Union Française. Elles les aident à trouver un logement, des professeurs de turc, de français, des femmes de ménage...

Y a-t-il des maisons de retraites susceptibles d'accueillir les étrangers en Turquie ?

Ici, il y a deux maisons, mais elles sont plutôt destinées à des "cas sociaux". Les maisons médicalisées en Turquie, c'est tout juste le début. Ce n'est pas encore un business comme en Europe. Ça commence tout juste, parce que la structure familiale est encore relativement forte et on trouve toujours la famille autour de la personne âgée, qui s'occupe d'elle et qui en contrepartie peut garder les enfants par exemple. De plus en plus maintenant, on commence à trouver, en raison de la pyramide de l'âge, des gens qui vont aller vers un âge avancé et pour qui il faut trouver des solutions. Pour les Français, il y a Bomonti, c'est pour les cas de nécessité sociale. Il y a l'hôpital de La Paix qui au départ était français qui a encore quelques lits réservés en cas d'urgence. En revanche, ce qu'il faut savoir, c'est qu'en France métropolitaine, il y a des maisons de retraite réservées aux Français de l'étranger. Il y en a trois ou quatre comme cela.

 Propos recueillis par Julia Baron (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 19 mai 2014

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Publié le 18 juin 2014, mis à jour le 18 juin 2014
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