Édition internationale

MICRO-TROTTOIR – Les femmes stambouliotes, qui sont-elles ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Fetiye, 20 ans, étudiante en mécanique ( Sariyer ).

En Turquie, l'émancipation de la femme joue un rôle important dans la modernisation de la société tandis qu'un courant conservateur se réclamant de l'Islam se développe. Aujourd'hui, différents visages de femmes existent dans les rues d'Istanbul : la femme d'affaires en talons aiguilles, la femme au foyer "couverte" ( kapali en turc ), la jeune fille voilée mais en jeans et bien dans ses converses? . Pour la journée de la femme, lepetitjournal.com est allé à leur rencontre

La femme turque, une maîtresse femme au c?ur sensible.


Beaucoup de femmes interrogées ont insisté sur la dualité de la personnalité féminine. Pour Cigdem, être une femme, c'est être à " la fois romantique et réaliste", pour Büsra, c'est être "à la fois maternelle, ayant le sens du dévouement, voire du sacrifice et en même temps forte ", car les femmes doivent tout mener de front, une famille et un travail. Ebru évoque quant à elle deux modèles féminins qui l'inspirent dans sa vie "sa mère pour sa sensibilité et Jeanne d'Arc car elle se battait dans la vie".

Büsra, 19 ans, étudiante en biologie ( Sultanahmet ).

Assumant leur féminité, nos interlocutrices ont souvent mis en  avant des éléments de caractère typiquement féminin, Büsra évoquant "la vocation artistique ou plutôt créatrice des femmes" tandis que Cansu parle de "générosité et sensibilité" et Beyhan "de partage et d'échange ".Cigdem, Ebru, Fetiye ou Sema apprécient en tant que femme de pouvoir "vivre plein de choses différentes et donc ressentir des émotions très riches", Ebru se réjouissant en ayant un enfant de "gagner une vie, ce qui me rend la plus heureuse dans ma vie étant mon fils ".

Des conditions très contrastées pour les femmes turques


La plupart des femmes rencontrées s'accordent pour dire que pour elles, à Istanbul, et dans leur milieu socio-économique, comme le résume Beyhan, "être une femme, ce n'est pas une situation particulière, on est un être humain avant tout " alors qu'en Anatolie, la situation des femmes est beaucoup moins réjouissante. Günsü, reconnait aussi que, en " tant qu'architecte, c'était presque plus facile d'être une femme, car j'étais respectée dans mon métier et valorisée en tant que femme " mais que "la plupart des femmes  doivent souvent se battre, car globalement, elles subissent la pression familiale et manquent de liberté ". Fetiye plaint aussi les femmes peu instruites qui " n'ont qu'à avoir des enfants et à travailler dur pendant que les hommes sont au café" .

Sema, 59 ans, retraitée, divorcée, deux enfants (Tarabya ).

Même si toutes déplorent une forte disparité dans le statut des femmes en Turquie, les femmes stambouliotes sont globalement optimistes. Sema et Beyhan disent ainsi que "ça change peu à peu, par exemple avec l'évolution du code pénal concernant les crimes d'honneur et l'acquisition récente du statut juridique d'égalité homme-femme". Ebru, elle, est reconnaissante à « Atatürk qui a donné beaucoup de droits aux femmes qui se sentent ainsi plus fortes et plus importantes, mais que malheureusement tout le pays n'a pas évolué de cette manière" même si elle reste convaincue, que, "après sa génération, tout ira mieux ".

Vie professionnelle et famille, des éléments conciliables ?


Toutes les interviewées s'accordent pour dire que la clé de l'émancipation, c'est l'instruction. Les étudiantes semblent particulièrement motivées ou ambiteuses, Büsra qui "veut aller au bout de ses études, et voir d'autres pays, pour apprendre", Fetiye qui "veut travailler dans une multinationale pour avoir un poste de direction". Le Professeur Türkan Saylan, est souvent évoquée comme un modèle féminin et citée par Sema  comme  "un modèle de femme démocrate et moderne " et par Cansu comme un "exemple qui a toujours ?uvré pour l'éducation des jeunes filles" .

Quant à la famille, d'après Büsra,  pour la plupart des femmes turques comme pour elle-même, "le plus important, ça reste la famille au sens large, puis les enfants, et enfin le travail en dernier ". Ebru semble quant à elle bien concilier réussite professionnelle et harmonie familiale, car elle consacre beaucoup de son temps libre à son fils. Le mariage n'est en tout cas plus perçu comme un passage obligé ou une situation irréversible, comme par Fetiye qui "ne se mariera que si elle rencontre l'homme de sa vie, mais pas parce qu'il faut se marier " et Cigdem, célibataire, qui " a eu la chance de pouvoir rester libre de ses choix, et de ne pas faire ce qu'on attend généralement des femmes, se marier et avoir des enfants" ou Günsu et Sema, elles-mêmes divorcées.


Ebru, 40 ans, mariée, un enfant, directrice de deux restaurants ( Besiktas ).

Dignes héritières du féminisme turc, beaucoup insistent sur la nécessité pour une femme d'être indépendante, comme Ebru qui "ne veut de l'aide de personne" ou Sema qui invite ses filles à "être debout sur leurs pieds", expression turque imagée évoquant cette même exigence d'autonomie. Günsu rappelle même à l'ordre la jeune génération en reprochant  aux jeunes femmes leur égoïsme et  "de trop vivre dans l'instant présent, sans se poser de questions sur leur situation, il faut qu'elles aient un objectif, qu'elles soient un peu plus critiques vis-à-vis d'elles-mêmes et des autres ! ".

Nous laisserons ainsi conclure Fetiye en citant son message exhortant les femmes à la force de caractère et à la solidarité : "il faut être forte, pour soi-même, mais aussi pour les autres car beaucoup de femmes se sentent et se mettent en situation de faiblesse". "Mais je ne suis pas féministe !" comme dirait Büsra : en effet beaucoup de femmes rencontrées mettaient en avant des revendications pour les droits et la liberté des femmes, se reprenant souvent comme si le féminisme impliquait une remise en cause systématique de la famille et des hommes?

Marie-Eve Richet pour www.lepetitjournal.com Istanbul. Mardi 8 mars 2011 (rediffusion).


 

 



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Publié le 8 mars 2011, mis à jour le 13 novembre 2012
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