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MICRO-TROTTOIR A CAEN - Que pensez-vous de la loi pénalisant la négation du génocide arménien ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Les sénateurs français ont voté lundi 23 janvier une proposition de loi UMP punissant d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende ceux qui ?contestent ou minimisent de façon outrancière l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide reconnus comme tels par la loi?, dont le génocide arménien, reconnu en 2001 au Parlement français. LePetitJournal.com d'Istanbul a voulu savoir ce que les Français vivant en France pensaient de cette loi, il est allé à la rencontre des habitants de Caen afin de recueillir les impressions des passants


Jacques D., retraité :"Cette loi est une honte nationale. De quel droit les parlementaires français se sont pris pour des historiens? C'est encore trop récent, et puis ce n'était pas la Turquie mais l'Etat Ottoman. J'ai des connaissances turques et ils ne comprennent pas comment la France, leur pays de c?ur maintenant, a pu prendre une telle loi. C'est tout à fait en dehors de leurs compétences. Et puis avec le chômage, le logement et la crise, on a suffisamment de problèmes en France pour ne pas en avoir davantage avec un pays qui devient très important sur la scène internationale. "

Agnès L., pharmacienne : " En soi, je ne suis pas contre cette loi. Punir la négation d'un génocide, je suis d'accord. Je ne vois pas pourquoi en revanche on en entend autant parler dans les journaux. Une loi similaire envers la négation du génocide juif avait déjà été votée, punissant la négation du génocide.  Maintenant, c'est pareil pour tous les génocides. Après, savoir si c'était un calcul politique de Sarkozy ou non, peut-être, je ne sais pas."

Camille, étudiante en sciences politiques (photo de gauche) : " J'avais trouvé la proposition de loi seulement un peu maladroite et inadaptée; et j'ai été surprise de l'ampleur de la réaction de la Turquie. Les médias, responsables politiques et économiques turcs ont été d'une virulence anti-française qui m'a obligée à me rendre compte que cette loi pouvait être vécue comme un véritable choc dans un autre pays et qu'elle relevait vraiment de l'ingérence (alors qu'il y a un consensus sur la Shoah). Mais je crois que la violence et certains aspects irrationnels de la réaction turque montrent que ce pays n'est pas totalement à l'aise avec son histoire... "

Marie D., trentenaire : "Je ne suis ni pour, ni contre. D'un côté, je ne comprends pas vraiment pour quelle raison la France se permet de s'occuper des affaires d'un autre pays. Mais je ne saisis pas vraiment pourquoi la Turquie refuse de reconnaître le génocide. Il y a eu un génocide et les autorités turques doivent le reconnaître. "

 

Adèle M., maman de deux grands enfants : " La Turquie a sur-réagi à l'annonce du vote de l'Assemblée fin décembre. Il y a eu un génocide, et c'est un scandale que le Parlement turc ne le reconnaisse pas comme tel. Et d'accord, la situation en France n'est pas la meilleure, mais que la Turquie nous accuse d'attaquer la liberté d'expression ! La liberté est de reconnaître le génocide arménien, le massacre programmé de populations. C'est une atteinte à l'identité arménienne de ne pas le reconnaître comme tel. Actuellement, plus d'une centaine de journalistes sont emprisonnés en Turquie. Alors, il ne faut pas oublier que l'ensemble des  droits ne sont pas tous respectés dans le pays. "

Marie, kinésithérapeute (photo de droite) : " Je suis assez étonnée par la proposition de loi approuvée en France : la question du génocide arménien est de nature historique et par ailleurs très complexe et je ne suis vraiment pas sure qu'il appartienne au Parlement français d'intervenir en la matière. Car j'ai l'impression que le gouvernement utilise cette loi pour gagner des points avant la présidentielle."

Martin S., étudiant en droit : " La France n'a pas à se mêler aux affaires internes de la Turquie. C'est d'abord au gouvernement turc de reconnaître le génocide arménien car les historiens ont dit que c'en était un. C'est uniquement une loi à vision uniquement électorale. Monsieur Sarkozy avait promis cette loi pour son quinquennat et là, comme les élections présidentielles se tiennent dans trois mois, alors il presse le Parlement de voter la loi. Après, je trouve cela  vraiment disproportionné que la Turquie réagisse comme ça en proposant des sanctions aussi importantes."

Jacqueline, jeune retraitée : " Cette loi est uniquement à de fins politiques. Nicolas Sarkozy a vu qu'il y avait un demi-million d'Arméniens en France. Mais ce qui est à souligner c'est que le PS qui ait à la base de cette proposition de loi, avant d'avoir été récupéré par l'UMP. Donc en fait, cela ne va profiter à aucun parti en particulier. Et puis, à cause de ça, la France va perdre sa bonne image qu'elle avait en Turquie. Maintenant, nous sommes montrés du doigt en Turquie, et les relations entre les deux pays vont devenir vraiment mauvaises. Nous avons besoin de la Turquie pour mener le dossier syrien. Et les échanges commerciaux entre les deux pays sont importants, alors j'espère que rien ne va entraver cela. "

Benoît, 50 ans (photo) : " Je pense que, la priorité des députés et des sénateurs français aujourd'hui est de trouver des solutions pour faire grandir la France. Et donc passer du temps aujourd'hui sur une loi qui n'a rien à voir avec la réalité française du moment est déjà une mauvaise idée. La réaction des autorités turques est proportionnelle à l'incongruité de la loi. "

 

Propos recueillis par Gabrielle Steiblen (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 31 janvier 2012

 

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Publié le 31 janvier 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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