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GOOGLE EN TURC - “Comment tuer mon mari?”

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 16/10/2017 à 19:52 | Mis à jour le 16/10/2017 à 20:16
Photo : Des recherches Google parfois étonnantes...
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Et si Google était votre journal intime? Celui qui sait tout de vous, contrairement aux réseaux sociaux qui façonnent votre image publique? C’est ce qu’a cherché à démontrer Emre Kızılkaya, journaliste au journal Hürriyet.

L’objectif de son étude était de savoir ce que les 60% de Turcs présents sur internet venaient chercher sur Google, révélateur des questions les plus franches ou les moins avouables. “La Turquie est ainsi l’un des pays les plus actifs au monde dans l’utilisation des médias sociaux”, constate le journaliste. Il indique toutefois que la langue turque et les données officielles manquantes ou non structurées ont été des obstacles à cette étude. Mais il est parvenu à trouver des résultats, disponibles sur Hürriyet.

Dis-moi ce que tu googlises et je te dirai qui tu es

“Atatürk”, “Daech”, “agrandir son pénis”, “tuer son mari”, “être heureux”, et bien d’autres recherches, dont celles –malheureusement courantes– de “inceste porno” et “inceste sexe”… C’est ce que beaucoup de Turcs ont cherché dans Google depuis 2004. Au moyen de cartes publiées dans son article, Emre Kızılkaya illustre le nombre de recherches effectuées sur chaque sujet dans chaque province du pays.

En ce qui concerne la mémoire du fondateur de la République de Turquie, les recherches n’ont cessé de croître entre 2004 et 2007, pour ensuite diminuer entre 2008 et 2016, puis atteindre un pic inégalé au cours de l’année écoulée: le public turc s’intéresse donc toujours à la figure historique de Mustafa Kemal Atatürk. Une tendance “laïque”, dans laquelle le journaliste range aussi les questions sur la recette de la boisson “nationale” turque, le rakı. Les internautes cherchent à savoir comment la reproduire chez eux, “en raison de la lourde charge fiscale pesant sur les boissons alcoolisées” observe le journaliste.

En dehors de la tendance “conservatrice” – dont les questions sont liées aux heures de prière ou encore à l’achat d’un hijab – Emre Kızılkaya note que les recherches liées aux formes les plus radicales de religiosité (concernant Daech ou des confréries islamistes) ont atteint un sommet en 2015 mais ont décliné depuis.

Quant à la question “comment tuer mon mari”, très fréquente également, elle pourrait s’expliquer par la prévalence des violences domestiques envers les femmes en Turquie. “Bien sûr, corrélation n’est pas causalité, et c’est généralement le défi le plus difficile que l’on rencontre lorsqu’on traite avec les données de recherche Google” indique le journaliste.

Une étude pouvant être utile aux autorités turques

Autre constat: la langue arabe est devenue une langue commune dans la barre de recherche Google en Turquie, ce que le journaliste de Hürriyet explique par la présence de trois millions de Syriens dans le pays. C’est le cas dans les provinces de Kilis, Hatay, Urfa ou encore Gaziantep. Mais aussi, plus surprenant, à Çanakkale, située dans le sud-ouest du pays et arrivée en deuxième position des recherches en arabe. Cela pourrait indiquer que le nombre réel de Syriens y est plus élevé que celui des données officielles, qui rapportent 0,74% d’habitants syriens dans cette province de Çanakkale. Le journaliste ajoute que Çanakkale est devenue l'une des principales destinations pour les travailleurs agricoles saisonniers, car de nombreux employeurs transportent des travailleurs syriens des provinces du sud-est vers les fermes de cette province durant l'été. Cette découverte suggère que les autorités turques ne surveillent pas suffisamment les mouvements des réfugiés syriens à l'intérieur du pays après les avoir enregistrés.

Emre Kızılkaya remarque que ces recherches peuvent aussi être utiles aux autorités turques afin d’améliorer les services publics. C’est le cas par exemple dans la province de Trabzon (mer Noire), où la recherche d’hôpitaux sur Google a beaucoup augmenté.

Le journaliste vous invite également à lui écrire sur ekizilkaya@hurriyet.com.tr afin de lui transmettre de nouvelles idées sur la façon d'utiliser les données Google et les statistiques turques officielles de manière plus créative - afin d'en apprendre davantage sur la “vraie Turquie”.

 

 

Aylin Doğan (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 17 octobre 2017

 

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