

Le 20 mars, la langue française est à l'honneur pour la journée internationale de la Francophonie. La journée a été créée en souvenir de la signature en 1970 à Niamey (Niger) du traité portant création de l'Agence de coopération culturelle et technique, devenue aujourd'hui l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Selon l'OIF, la Turquie compterait 100.000 francophones à l'intérieur de ses frontières. Même si aujourd'hui la langue française perd de son influence face à l'Anglais, elle jouit toujours d'une image de prestige et est toujours bien ancrée à Istanbul grâce aux différents établissements scolaires qui assurent un enseignement en Français.
Voici le témoignage de deux Turcs francophones : Levent Yüksel, professeur de Français à l'Université de Galatasaray et Sevim Eylül Ayta?, étudiante en Sciences Politiques dans cette même université. Dans l'édition de demain, Luc Vogin, directeur du lycée Saint Benoit à Istanbul et Chloé Salut, professeur coordinatrice de français dans cet établissement répondront à nos questions sur le thème de la francophonie.
Lepetitjournal.com d'Istanbul : En quoi consiste votre métier de professeur de français à l'Université de Galatasaray ? Quel est le contenu des cours, le public des étudiants ?

Est-ce que les effectifs dans les classes évoluent d'une année sur l'autre ?
En classe préparatoire (14 classes en 2012), nous avons, en moyenne, 22 à 25 étudiants par classe (nouveaux arrivants + redoublants). Les effectifs dans les classes sont stables une année sur l'autre étant donné que l'Université accueille tous les ans le même nombre d'étudiants en classe préparatoire (environ 225 étudiants) suivant un quota préétabli par le Conseil de l'Enseignement Supérieur (YÖK).
Quelles sont les raisons qui poussent les élèves à apprendre le Français et à intégrer l'Université de Galatasaray ?
Pour nos étudiants, les raisons sont multiples. Certains choisissent l'Université Galatasaray parce que c'est une université de qualité et de prestige et l'enseignement y est en français ipso facto, les étudiants l'apprennent. D'autres, pour une raison ou pour une autre, ont toujours voulu apprendre le Français et ils en profitent en choisissant l'Université Galatasaray, à la fois pour y apprendre le Français et pour faire des études universitaires en Français. Il y en a d'autres qui viennent des établissements francophones du secondaire (les " Saints ", le Lycée Galatasaray, les Tevfik Fikret) et qui poursuivent leurs études dans la langue étrangère qu'ils ont déjà apprise. Et en dernier lieu, certains étudiants des établissements français du secondaire installés en Turquie (les lycées Pierre Loti d'Istanbul et Charles de Gaulle d'Ankara) poursuivent leurs études à l'université Galatasaray, suite logique.
Est-ce que la langue française a toujours cette image de prestige et est-ce qu'elle est toujours attirante face à l'anglais ?
Pour parler de la situation en Turquie, à mon avis, " image de prestige " convient très bien à la situation. Le Français est considéré comme étant un plus. C'est aussi, en partie, la langue de l'élite intellectuelle. Mais malheureusement, le français perd du terrain compte tenu que le jeune Turc qui doit/veut apprendre une langue étrangère, doit, avant tout, apprendre l'Anglais. Sur le plan utilitaire et fonctionnel, c'est une exigence de la société turque.

Sevim Eylül Ayta? nous parle de son parcours et de la place du français dans sa vie :
J'ai étudié dans un lycée anatolien et j'ai commencé à apprendre le français en 2006, en entrant à l'Université de Galatasaray. En fait, ce n'était pas un choix pour moi. La langue d'apprentissage de notre université est le français, je l'ai donc appris. Pour moi, la langue française représente l'élitisme et la diplomatie. Aujourd'hui quasiment tout le monde connait l'Anglais mais, quand on compare, il y a très peu de personnes qui connaissent la Français. C'est pourquoi, pour moi, cette langue comporte un caractère de différenciation au sein de la société. Pourtant le Français est beaucoup moins attirant que la langue anglaise parce que dans la vie quotidienne, il y a mille stimulants en Anglais. On écoute des chansons, on regarde des séries télé et elles sont toutes en Anglais. On utilise par exemple "ok " et "bye-bye " comme des mots de la langue turque. Que faire après Galatasaray ? D'une part je me sens complètement attachée au système français et je voudrais continuer. En plus les options sont multiples pour les étudiants de notre université s'ils veulent continuer en France ou dans les pays francophones. Mais d'autre part j'ai des inquiétudes sur mes connaissances de la langue anglaise. A l'école primaire, j'ai été scolarisée dans des écoles privées en Turquie et je connais bien l'Anglais mais dans tous les cas, la langue se rouille si elle n'est pas utilisée. En Turquie, particulièrement dans le secteur privé, c'est toujours la langue anglaise qui compte. C'est pourquoi, parfois, je pense continuer mes études dans un pays anglophone.
Margaux Agnès (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 20 mars 2012
Vous pouvez (re)lire notre article sur la journée de la francophonie 2011 en cliquant ici.



























