

Dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques impulsée par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, les Missions Economiques, à vocation régalienne et commerciale jusqu'au 31 décembre 2008, ont été réformées et scindées en deux entités pour accroître leur efficacité. Le Service Economique à Ankara reste concentré sur des fonctions régaliennes et les grands projets et la Mission Economique UBIFRANCE à Istanbul, également service de l'Ambassade de France, est désormais exclusivement dédiée à l'accompagnement des entreprises à l'export.
Nous avons rencontré son directeur, Axel Baroux qui nous a fait part de ses projets pour UBIFRANCE Turquie
Axel Baroux, directeur d'Ubifrance Turquie (photo MER)
Lepetitjournal.com : Quand avez-vous pris vos fonctions et dans quel contexte ?
Axel Baroux : « Je suis arrivé à Istanbul en septembre 2008 où un grand chantier m'attendait. Dans le cadre de la réforme des Missions économiques, la Turquie, partenaire économique privilégié de la France, a en effet été choisie parmi les 8 pays pilotes. C'est à ce moment que j'ai pris mes fonctions en tant que Directeur d'UBIFRANCE Turquie, avec la mission de modifier notre mode de fonctionnement et l'objectif de consacrer désormais totalement nos moyens à l'accompagnement et au soutien aux entreprises françaises.
Nous sommes déjà à plus de 6 mois de déploiement, et nous avons bien progressé, ici en Turquie mais aussi à l'échelle de l'ensemble de la « maison UBIFRANCE ». Depuis le 1er septembre 2009, cette réforme a été étendue à 20 nouveaux pays dans le monde et, au 1er septembre 2010, le réseau UBIFRANCE représentera plus de 60 missions économiques dans 44 pays, soit 85 % du commerce extérieur de la France. Avec la Turquie, nous avons fait partie des pionniers ».
Lepetitjournal.com : Quel est aujourd'hui le rôle d'UBIFRANCE et quels sont les services proposés aux entreprises ?
Axel Baroux : « Notre rôle est d'accompagner les entreprises françaises qui souhaitent découvrir, défricher, prospecter le marché turc, et bien sûr y développer des projets, soit dans une logique d'échanges commerciaux et donc d'export, soit dans une logique d'implantation. Nous intervenons essentiellement en amont, au début de la démarche de l'entreprise, souvent dans une fonction de « marieur » entre des partenaires, Français et Turcs, qui ne se connaissent pas encore ! Nos services se déclinent autour de quatre gammes : information, promotion, communication et développement des Volontaires Internationaux en Entreprise, les V.I.E.
La recherche d'informations sur les marchés internationaux est souvent le premier pas pour découvrir un marché;nous publions des ouvrages et guides, une lettre d'information mensuelle, mais également des analyses plus pointues sous forme d'études sur mesure ou de veilles sectorielles.
La promotion des entreprises françaises, de façon individuelle ou collective à travers des évènements (salons professionnels, rencontres B to B, missions collectives d'entreprises ) est aujourd'hui au c?ur de notre métier.
Mon objectif en Turquie est d'organiser chaque année une vingtaine d'opérations très ciblées au niveau sectoriel. Par exemple, nous sommes présents en ce moment même à travers un Pavillon Français sur le CeBit Bilisim, le salon de l'informatique et des nouvelles technologies;dès la semaine prochaine, nous accueillerons une mission multisectorielle d'entreprises de la Région PACA et organiserons des rencontres avec des acheteurs turcs du domaine de la santé, enfin, toujours au mois d'octobre, nous accompagnerons la CCI Seine et Marne qui organise avec une labellisation UBIFRANCE, le Pavillon France du salon de l'emballage...
J'ai aussi le projet de mettre en place une opération d'envergure par an. En juin 2010, nous organisons un grand forum destiné principalement aux PME-PMI. Avec l'appui de nos partenaires de l'équipe de France de l'export, comme la Chambre de Commerce française en Turquie et la section des conseillers du commerce extérieur, mon ambition est d'attirer à Istanbul sur 3 jours au moins 70 entreprises françaises avec des projets de développement en Turquie.
Notre appui en termes de communication, notamment par l'organisation d'actions de Networking, participe également à la promotion des entreprises françaises sur le marché turc.
Enfin, Ubifrance gère la formule des V.I.E qui permet aux entreprises de bénéficier des compétences de jeunes professionnels (18 à 28 ans), diplômés et hyper-motivés pour une mission de 6 à 24 mois. C'est une formule extraordinaire pour le jeune comme pour l'entreprise et de nombreux dirigeants célèbres sont passés par la case V.I.E, Thierry Breton, ancien ministre de l'Economie et des Finances en est un bon exemple ».
Lepetitjournal.com : Comment analysez-vous les échanges commerciaux entre la France et La Turquie ?
Axel Baroux : « Si la Turquie a été choisie parmi les 8 premiers pays pilotes, ce n'est pas un hasard : la Turquie est un partenaire commercial privilégié de la France, et nos échanges bilatéraux ont été multipliés par plus de 4 depuis le 1er janvier 1996, date de l'entrée en vigueur de l'accord d'Union douanière entre la Turquie et l'Union européenne.
A fin 2008, la Turquie est le 5ème débouché pour nos exportations, hors Union Européenne, devant le Japon. Et la France est le 6ème client de la Turquie dans le Monde. L'an dernier, nos échanges commerciaux se sont élevés à plus de 11 milliards d'Euros. C'est bien, mais nous devons faire mieux;l'objectif qui a été fixé par les ministres turc et français du Commerce extérieur est d'arriver rapidement à un niveau de 15 milliards d'Euros d'échanges entre nos deux pays, ce qui est tout à fait possible, une fois que la crise passée »
Lepetitjournal.com : Justement, quel est l'impact de la crise sur ces échanges commerciaux ?
Axel Baroux : « C'est assez paradoxal mais malgré la chute brutale de nos échanges, nous avons aussi des motifs de satisfaction. Et dans les deux sens. Sur le premier semestre 2009, les ventes françaises en Turquie ont chuté d'environ 23% - ce qui correspond grosso modo à la chute de nos exportations dans le monde ? mais si on compare cette baisse avec la chute des importations de la Turquie (- 41%), on constate que nos entreprises tirent plutôt bien leur épingle du jeu et qu'elles gagnent même des parts de marché en Turquie. En période de crise, l'exportation vers un pays porteur comme la Turquie est un levier de croissance.
Quand aux exportations turques vers la France, elles ont chuté de 13% quand la performance globale de la Turquie à l'export affiche une baisse d'environ 30%. Les entreprises turques aussi, gagnent des parts de marché en France ».
Lepetitjournal.com : Quelle organisation avez-vous mis en ?uvre pour déployer votre nouvelle activité ?
Axel Baroux : « Tout est structuré autour de quatre pôles sectoriels composés de spécialistes, afin de proposer à l'entreprise, à chaque étape de son développement, un interlocuteur qui connait son métier et ses besoins. Par exemple, la personne de mon équipe responsable de l'automobile a longtemps travaillé pour un grand constructeur français et connait très bien le secteur en Turquie;d'ailleurs, la mission de chaque expert est de parfaitement connaître le marché local et ses besoins. Les informations sont ensuite croisées avec les points forts de l'offre française et nous définissons, sur ces bases, notre programmation pour l'année. La même organisation est mise en place pour chaque pays et le résultat final dresse, en quelque sorte, un panorama mondial des principales opportunités. C'est un formidable outil au service des entreprises françaises, en particulier les PME, pour les aider à décider de leur développement à l'international. »
Lepetitjournal.com : Quels sont les différents pôles sectoriels d'UBIFRANCE Turquie et quels sont les enjeux sur ces marchés ?
Axel Baroux : « Les enjeux sont importants pour nos 4 pôles qui offrent tous de très belles perspectives, bien évidemment ! Mais il est vrai que la Turquie étant un grand pays industriel, nos actions les plus nombreuses sont orientées vers le secteur Infrastructures, Transports et Industries.
La filière Mode, Habitat, Santé suit l'évolution du marché turc et la transformation des habitudes et modes de consommation;les actions que propose cette filière sont amenées à se développer rapidement.
Notre secteur NTIS identifie les nouvelles opportunités de marché liées aux nouvelles technologies;saviez-vous qu'en Turquie, il y a 66 millions d'abonnés à la téléphonie mobile, 18 millions d'abonnés à Internet haut débit et plus de 60 millions de cartes bancaires en circulation.
Enfin, en dépit du haut niveau de taxes sur les échanges de produits agroalimentaires (ces produits étant exclus de l'accord d'Union douanière), le pôle AGROTECH développe son expertise vers deux directions : le marché des équipements pour l'industrie agroalimentaire turque avec des opportunités importantes liées à la modernisation des outils de production et la vente de produits et consommables alimentaires sur des marchés de niche. L'enjeu est surtout de faire en sorte que les produits français ne restent pas derrière les fromages hollandais ou les vins chiliens? ».
LPJ : Si vous devez parler de la Turquie à un entrepreneur français, qu'avez-vous envie de lui dire ?
Axel Baroux : « Comme vous le voyez, le marché turc offre un potentiel formidable. Le problème n'est d'ailleurs pas de trouver des opportunités, mais de dépasser les appréhensions de beaucoup d'entreprises françaises qui ne connaissent pas ce marché ou en ont une image faussée.
Ce que je dirais, c'est que la Turquie est la 17ème puissance économique mondiale. Qu'avec un nombre comparable d'habitants, son PIB est 2,8 fois supérieur à celui des trois pays du Maghreb réunis;que son expertise industrielle et son niveau de productivité sont reconnus;que le marché de la consommation est en pleine évolution? Et puis, surtout ne pas oublier l'aspect humain. Les Turcs sont particulièrement accueillants et nos deux peuples sont très proches;un Français qui voudra développer des affaires en Turquie s'y sentira bien. Donc, qu'il ne faut surtout pas laisser passer l'opportunité de réussir ! »
Mission Economique ? Ubifrance en Turquie :
Tél : 0212.243.10.11
Istiklal cad N°142 / Istanbul
www.ubifrance.fr
Propos recueillis par Marie-Eve Richet pour www.lepetitJournal.com Istanbul. Jeudi 8 octobre 2009



























