

Samedi dernier, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a inauguré le "projet du siècle", ambitieux ouvrage visant à ravitailler en eau la République turque de Chypre du Nord (RTCN), lors d’une cérémonie à Anamur, dans la province de Mersin.

Un aqueduc de 107 km à 1,6 milliard
Après 1,6 milliard de livres turques d’investissement (490 millions d’euros) et quatre années de travail, la vanne a été ouverte. Près de 75 millions de mètres cubes d’eau devrait y traverser chaque année. Ce projet en discussion depuis les années 2000 a été lancé en 2011. En tout, 24 km de conduites terrestres ont été mises en place dans le sud de la Turquie, ainsi que 3,7 km dans Chypre-Nord, reliés par 67 km de conduite sous-marine. Deux barrages et deux centres d’élévation ont également été construits à cet effet. Sur 80 km entre les deux pays, un système de canalisation suspendue sous-marin a été installé, une première mondiale, souligne le site du ministère des Eaux et des Forêts. Les conduits en polyéthylène de 1/600 millimètres de diamètre, après avoir été assemblés sur la mer puis remplis d’eau de mer, ont été noyés à 250 mètres de profondeur à l’aide de flotteurs. Le ministre des Eaux et Forêts, Veysel Eroğlu, considérait en début d’année le projet d’approvisionnement en eau de la RTCN comme "extraordinaire et l’un des plus grands et plus importants projets de ce siècle".

La République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie, devrait ainsi voir ses besoins en eau assurés jusqu’en 2050, selon des études de faisabilité. Le président Erdoğan avait manifesté, le 20 juillet dernier, son souhait de partager l’eau entre les deux parties de l’île, afin d’en faire bénéficier Chypre dans son ensemble, d’où le surnom d’"eau de la paix". Ce partage resterait à la discrétion des dirigeants turcs et chypriotes turcs, rapporte l'Etablissement de Radio et Télévision de Turquie (TRT). La partie grecque de Chypre, bien que concentrant la majorité des ressources hydrauliques de l’île, souffre elle aussi de pénuries d’eau. Jeudi dernier, le gouvernement chypriote de Nicosie avait d’ailleurs jugé “illégal” cet aqueduc, car il violerait le "droit international" et entraverait les négociations sur la réunification de l’île tout en renforçant le contrôle de la Turquie sur l’île.
Les pourparlers ont repris en mai entre les dirigeants chypriotes grecs et chypriotes turcs. Ils visent à définir un accord de paix, pour aboutir à la réunification d’une île coupée en deux depuis 1974, suite à l’invasion du Nord du pays par la Turquie, en réponse à un coup d’Etat nationaliste du régime des Colonels, visant à rattacher l’île à la Grèce.
Nolwenn Brossier (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 19 octobre 2015



















