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CRISE DIPLOMATIQUE – Les communautés d’affaires et éducative franco-turques font pression sur la France

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Les députés français doivent examiner demain une proposition de loi réprimant la contestation de l'existence du génocide arménien, reconnu comme tel par la France. Si le texte est adopté, les autorités turques annoncent des ?dommages irréparables? sur les relations bilatérales, notamment des ?dégâts majeurs? dans les relations commerciales. Les communautés d'affaires et éducative franco-turques font pression pour éviter ce scénario

En France et depuis la Turquie, le lobbying continuera jusqu'au dernier moment. Deux délégations turques, l'une parlementaire et l'autre économique, sont arrivées à Paris lundi pour tenter d'influencer les élus français. Le texte, qui punirait d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la contestation du génocide arménien, est pour l'instant maintenu à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.

Dans les milieux économiques franco-turcs, on s'inquiète ouvertement de l'avenir des relations commerciales entre les deux pays. D'après l'Union des chambres de commerce et des bourses de Turquie (TOBB), 960 entreprises françaises ont des activités en Turquie et 90 nouvelles compagnies françaises se sont implantées dans le pays cette année. Ces entreprises pourraient être écartées des marchés publics turcs dans des domaines tels que l'armement, les transports et le nucléaire.

Les inquiétudes sont à la hauteur des intérêts économiques de la France en Turquie. En 2010, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de 17% pour atteindre 11,6 milliards d'euros, selon des chiffres officiels. Les ventes françaises en Turquie ont progressé de 23% sur les neuf premiers mois de 2011 par rapport aux neuf premiers mois de 2010 et la France espère dégager environ 1,5 milliard d'excédent cette année. Économiquement, commercialement, les enjeux sont conséquents. Plus conséquents encore qu'en 2006, lorsque l'Assemblée avait adopté un texte similaire, finalement rejeté au Sénat en mai dernier.

La Chambre de commerce française en Turquie craint des ?mesures de rétorsion?

La Chambre de commerce française en Turquie (voir logo ci-dessus) , qui compte aujourd'hui plus de 400 sociétés adhérentes, turques et françaises, s'est adressée directement au Président de la République, Nicolas Sarkozy. Dans une lettre datée du 17 décembre, la chambre souhaite que ?l'adoption de cette loi soit suspendue afin de ne pas exposer nos entreprises et notre Chambre à d'éventuelles mesures de rétorsion?. Elle met en garde contre un boycott des produits français par les consommateurs turcs.
La lettre, signée par la présidente de la chambre, Zeynep Necipo?lu, et par son vice-président, Yves-Marie Laouënan, interpelle le chef de l'État et les présidents des groupes politiques à l'Assemblée nationale. ?Est-il vraiment nécessaire de balayer définitivement près de cinq siècles de relations diplomatiques, économiques, culturelles et amicales entre la France et la Turquie alors qu'une ébauche de dialogue est entreprise depuis 3 ans ? [?] Est-ce vraiment au Parlement Français qu'il appartient d'écrire l'Histoire, à fortiori celle d'un autre pays ?? s'interrogent les signataires.
Questions oratoires auxquelles la chambre apporte sa réponse: ?Nous ne le pensons pas.?

Lycées franco-turcs : ?Une erreur politique aux conséquences néfastes et imprévisibles?
La communauté éducative franco-turque s'agite également à l'approche du vote. Les directeurs des lycées Saint-Michel, Notre Dame de Sion, Sainte-Pulchérie, Saint-Joseph et Saint-Benoît d'Istanbul, ainsi que la directrice du Lycée Saint-Joseph d'Izmir, publient aujourd'hui une lettre ouverte à l'attention des députés et sénateurs français.
Ces établissements, qui scolarisent chaque année 6.000 jeunes turcs, transmettent aux législateurs les interrogations de leurs ?interlocuteurs administratifs et politiques à Ankara?.  ?[Ils] nous citent volontiers Voltaire et le Siècle des Lumières et ne peuvent comprendre que la France, patrie des droits de l'homme et de la liberté d'expression, s'engage dans cette voie?, écrivent-ils.
Comme la Chambre de commerce, les lycées franco-turcs interpellent les autorités françaises en multipliant les questions rhétoriques. ?Les historiens français ne s'opposent-ils pas à ces lois mémorielles ? N'est-ce pas le bon sens de laisser travailler les commissions de spécialistes compétents ? Ce texte amène-t-il la paix ou l'exacerbation des passions ? N'est-ce pas d'abord à la Turquie et à l'Arménie de travailler ensemble sur ces événements si douloureux ? La France est-elle si claire avec tous les épisodes de sa propre histoire qu'elle puisse « faire la morale » aux autres ??

Les directeurs de ces lycées demandent aux députés français de ?ne pas voter ce texte?, qu'ils assimilent à ?une erreur politique aux conséquences néfastes et imprévisibles?.

Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 21 décembre 2011

Pour lire dans son intégralité, la lettre de la Chambre de commerce française en Turquie adressée au Président Nicolas Sarkozy, cliquer ici.

Pour lire dans son intégralité, la lettre ouverte des directeurs des lycées franco-turcs, cliquer ici.

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 21 décembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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