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Ara Güler, l'oeil romantique d'Istanbul

Par Nathalie Ritzmann | Publié le 28/05/2019 à 03:57 | Mis à jour le 28/05/2019 à 06:01
ara guler photographe polka istanbul

Après avoir fait escale à Londres, et avant de poursuivre sa route à Kyoto, New-York et Rome, l'exposition itinérante consacrée au photographe turc Ara Güler (1928-2018) est présentée à Paris jusqu'au 15 juin, à la prestigieuse galerie Polka. Pour l'occasion, nous vous proposons de (re)découvrir le portrait que Lepetitjournal d'Istanbul avait consacré en 2010 à celui que l'on surnommait « L'oeil d'Istanbul ».

Interviewer Ara Güler, légende vivante de la photo en Turquie, est aussi impressionnant qu’extraordinaire. Cet homme, maniant les subtilités de la langue turque avec brio, a le verbe haut, un franc-parler déconcertant et un humour caustique. C'est dans le bien nommé café Ara, à l'entrée d'un immeuble de Galatasaray qu’il a reçu en héritage de son père, qu'a lieu notre rendez-vous.

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Galatasaray (Istanbul) 1960 - aimablement mis à disposition par Ara Güler.

Né en 1928 à Istanbul dans une famille aisée, Ara Güler, débute sa carrière de photographe en 1948, à 20 ans, au journal Yeni Istanbul. Après son service militaire, il travaille quelques mois pour le quotidien Hürriyet, puis au magazine Hayat où il prend la direction du service photo. A la même époque, en 1956, le prestigieux Time Magazine lui offre un poste de reporter au sein du bureau qu’il vient d’ouvrir à Istanbul. C'est non sans fierté qu'Ara affirme être celui qui y a travaillé le plus longtemps.Peu après, alors qu’il participe au festival de Cannes, il fait la rencontre d’André Lacaze, le chef des informations à Paris Match, qui lui propose de devenir leur correspondant.

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Une des pièces de son musée privé où sur deux étages est regroupée une infime partie de ses clichés.

Au fil des années, Ara collabore avec d’autres grands titres de la presse internationale (Stern, le Sunday Times,..) ainsi qu'avec l'agence Magnum, suite à sa rencontre avec Cartier-Bresson. Il parcourt le monde, photographie les plus grands acteurs (il va 11 fois au Festival de Cannes), hommes politiques et artistes du 20ème siècle comme Dali ou Picasso, pour ne citer qu'eux. 

Des photos d'Ara Güler sont conservées dans des lieux prestigieux, tels le George Estman House à Rochester, l'université Sheldon au Nebraska, le musée Ludwig à Köln ou la Bibliothèque Nationale de Paris.

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Picasso et Dali, deux génies immortalisés par Ara Güler - photos exposées dans son musée privé.

Au cours de sa carrière, il reçu de très nombreuses prix et distinctions : consacré comme l’un des sept meilleurs photographes au monde par la revue anglaise Photography Annual en 1961, titre de Photographe du siècle en Turquie en 1999,  la Légion d'Honneur en 2000, etc. Mais des honneurs, il n’a que faire. D’ailleurs, il n’a pas dénié se rendre à New-York pour recevoir le Lucie Award, considéré comme l’Oscar de la photographie, qu’il a reçu en 2009 pour l’ensemble de sa carrière.   

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Mineur de charbon turc - Photo d'Ara Güler exposée dans son musée privé.

Istanbul constitue une partie essentielle de son travail. « L'Istanbul qu'on est en train de perdre, je l'ai attrapé à temps. C'est une chance pour la Turquie, pas pour moi, je lui ai fait une faveur... et je suis le seul à l'avoir fait !», confie-t-il. Arpentant les rues et quartiers, il fixe durant des décennies l'âme et le coeur de la ville, offrant aux générations futures une  tranche d'histoire de la mégapole, ce qui lui vaut le surnom de « Loeil d'Istanbul ».

« Istanbul est morte, elle sent la mort » regrette-t-il en comparant l'Istanbul d'aujourd'hui à son ancienne Istanbul romantique, celle décrite à travers ses portraits, ses photos au bord de l'eau ou dans les quartiers populaires.

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Karaköy (Istanbul) 1955 - aimablement mise à disposition par Ara Güler.

Lorsque que nous lui demandons quelles sont ses photos préférées parmi les quelque deux millions qu’il a prises, il répond : « Que répondrait une mère si tu lui demandais lequel de ses enfants elle préfère ?» Et à la question de savoir ce qu’il photographierait aujourd’hui sur Istiklal Caddesi, il rétorque : « Il vaut mieux ne rien prendre, il ne reste rien...»

1 Commentaire (s)Réagir
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Silberman jeu 30/05/2019 - 09:11

Ara Guler à la dent dure pour l’Istanbul moderne, mais il reste encore beaucoup de charmes à Istanbul, que nous fréquentons depuis 51 ans. Merci de votre article, qui me reporte à une époque où l’on pouvait lire « le petit journal d’Orient » en français, vendu à l’entrée du mizirçarsi ...

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