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PHOTOS DE FAMILLES ARMÉNIENNES – “J’ai tenté de faire la narration de la disparition”

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 19 janvier 2015

C'est dans une ambiance solennelle qu'a eu lieu mercredi 14 janvier le vernissage d'une exposition intitulée Armenian Family Stories and Lost Landscapes, par Helen Sheehan. Cette photographe irlandaise a organisé l'événement en collaboration avec l'agence Anadolu Kültür dans un lieu dédié aux débats et aux échanges : Depo. Parmi les invités présents, l'archevêque arménien Aram Atesyan et la consule générale de France à Istanbul, Muriel Domenach.

Il aura fallu quatre années pour obtenir un tel résultat. L'artiste et photographe Helen Sheehan a découvert la culture arménienne alors qu'elle était professeur d'anglais en Italie, à Venise, en 1990. “Je suis irlandaise et comme eux, nous avons une culture d'exil” répond-t-elle lorsqu'on lui demande d'où vient sa passion pour ce peuple.

Helen Sheehan s'est emparée de son appareil photo et a capturé les images de ruines d'un autre temps, des maisons autrefois habitées, des paysages qui rappellent des souvenirs à celles et ceux qui sont nés là.

Mais ses images montrent aussi des vêtements et des objets qui ont accompagné les exilés au cours de leurs voyages. Helen Sheehan est allée à Diyarbakır et à Zeitun (Süleymanlı). “J'ai tenté de faire la narration de la disparition” explique-t-elle.

L'année du centenaire

Cette année, la communauté arménienne de Turquie et du monde commémorera le centenaire du génocide de 1915. Si l'artiste déplore le fait que la Turquie ne reconnaisse pas officiellement le génocide, elle garde espoir quant au travail qui est fourni, malgré tout, autour de cette question. Elle dit voir un changement dans la population, particulièrement là où, autrefois, les Arméniens vivaient en nombre, comme à Diyarbakır où une grande église arménienne a été restaurée récemment.

C'est très important car cela donne espoir et surtout, c'est un espace pour les Arméniens afin qu'ils puissent exister”. Ce type d'initiative est aussi important pour les Arméniens de la diaspora qui veulent revenir sur les terres de leurs ancêtres, car “les Arméniens ont de longues racines ici”, ajoute-t-elle. Helen Sheehan affirme que c'est “l'injustice de la situation” qui l'a poussée à faire ce travail de mémoire. Elle a mêlé sons – en fond sonore lors de l'exposition – et photographies afin de faire revivre un peuple à travers les histoires de familles qui le composent.

Pour cette artiste, “détruire des cultures, c'est détruire le patrimoine de l'humanité”. Helen Sheehan a salué à cette occasion le travail de longue haleine de l'agence Anadolu Kültür, qui encourage le dialogue entre les cultures, et de Depo, espace de débats et d'échanges qui a accueilli l'exposition en son sein.

“Nous nous battons pour que les minorités vivent sereinement partout”

Sur les murs, on peut lire les histoires de trois familles arméniennes : les Sarrafian, les Zorian et les Zeytun. C'est à Paris et à Londres qu'elle a rencontré les descendants de ces familles, qui ont participé à ce travail de mémoire en mettant à la disposition de l'artiste des documents et objets intimes. Elle raconte d'ailleurs combien il était difficile d'entrer en contact avec ces familles mais qu'une fois cette étape franchie, le dialogue était si riche et intense que cela a grandement contribué à alimenter son engagement dans cette cause.

Les Arméniens de la diaspora, d'Arménie et de Turquie présents le soir du vernissage ont exprimé leur émotion face à cet hommage : “C'est important pour nous, Arméniens, d'encourager, de participer et de contribuer à ce travail de mémoire” explique une Arménienne désormais installée à Istanbul.

Mustafa Gündoğdu, un ami d'Helen qui l'a soutenue et aidée tout au long du projet confie: “Mes grands-parents ont connu de nombreux Arméniens à leur époque et c'est sûrement parce que je suis kurde que je me sens proche d'eux” explique-t-il. “Nous sommes deux minorités, et nous nous battons pour que les minorités vivent sereinement partout où elles sont. (…) En cette année du centenaire du génocide arménien, j'espère sincèrement que nos concitoyens arméniens se sentiront à l'aise dans la société turque.”

Shadia Darhouche (lepetitjournal.com/Istanbul) mardi 20 janvier 2015

Du 14 janvier au 8 février

DEPO / Tütün Deposu Lüleci Hendek Caddesi No.12

Tophane 34425 İstanbul

depo@depoistanbul.net

+90 (212) 292 39 56 - 57

Entrée libre, de 11h à 18h

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 19 janvier 2015, mis à jour le 19 janvier 2015
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