

Chantal et Jacques Périn, infatigables voyageurs dans l'Istanbul d'hier et d'aujourd'hui, nous reviennent avec une nouvelle série de voyages dans le temps, quelque part entre Constantinople et Istanbul. Leur nouvelle proposition: une série consacrée aux anciens métiers, qu'ils poursuivent avec les célèbres marchands de tesbih...
Marchands de tesbih (hier)
Qu'il soit composé de cinq dizaines de grains comme le "chapelet" catholique, de 33, 50, 100 ou même 300 n?uds comme le ?tchotki? des orthodoxes, qu'il se nomme "lestovka" chez les orthodoxes ''vieux-croyants'' ou encore mâlâ dans les religions bouddhiste ou hindouiste, ?sabha ou miqbaha? chez les musulmans qui lui ont donné 99 grains correspondant aux 99 noms donnés à Dieu, le ?tesbih? appelé également ?s?kma? composé de 33 grains fait lui aussi partie des objets usuels individuels associés au culte.
Photographes Abdullah Frères (circa 1893)
A l'origine, c'était un simple cordon sur lequel étaient enfilés des noyaux de fruits ou des graines.
Chacun pouvait fabriquer son tesbih (prononcer ??tespi'') car l'objet n'était sacré que par l'usage qu'on en faisait. Aussi, le perdre n'était pas un drame et il suffisait d'en faire ou d'en acheter un autre pour que le problème soit résolu.
Très vite, nobles et riches voulurent se démarquer du reste de la population, ce qui valut au tespi d'être fabriqué dans des matières toujours plus nobles telles: l'ébène, l'écume de mer, l'ambre, la turquoise et autres pierres semi-précieuses, le corail, le cristal, l'ivoire, l'argent... et l'or.
Ainsi, dans le vieux Bedesten du Grand Bazar, les plus fortunés pouvaient acquérir les tespi les plus prestigieux.
Les plus modestes trouvaient eux aussi leur bonheur auprès des marchands qui installaient leur éventaire à l'entrée des mosquées, proposant dans leurs petites vitrines de quoi satisfaire les moins argentés.

Penser que le tespi passe du statut unique d'objet religieux à celui d'objet de décoration aurait été, il y a peu de temps, considéré comme une hérésie.
Photo J.P. (2014)
Néanmoins, acquis souvent pour son aspect esthétique, il est de plus en plus convoité par les collectionneurs et par les créateurs de mode qui en agrémentent leurs modèles.
En Turquie, le tesbih est devenu une industrie ne serait-ce qu'à ?anl?urfa où on ne dénombre pas moins de vingt-cinq ateliers de fabrication.
La commercialisation de ce petit objet s'est désormais mondialisée et la Turquie exporte massivement ses créations.
Les matières premières difficiles à trouver comme l'écaille de tortue et l'ivoire sont importées d'Asie, ce qui entraîne par voie de conséquence la création de pièces dont les prix franchissent des sommets.
Il n'est pas rare de trouver des tesbih vendus plusieurs dizaines de milliers d'euros?.
Fort heureusement, "les marchands du temple" sont toujours là et, même si la matière n'est pas toujours des plus nobles et que le plastique a très vite remplacé l'ambre ou l'ivoire, on peut toujours trouver, là où ils étaient avant, les descendants des premiers vendeurs prêts à satisfaire la demande des croyants ou des amateurs de souvenirs.
Nota : Il existe aussi une variante non religieuse au tesbih, le ?komboloï?. Constitué également de perles enfilées sur un cordon, on le trouve communément en Grèce et bien sûr en Turquie. Il comporte moins de perles que le tespi et est presque exclusivement utilisé par les hommes qui le font tourner dans leurs doigts afin de se relaxer. La sensation de toucher et faire rouler les perles entre ses doigts est réputée détendre le corps et calmer l'esprit? à vérifier !
Jacques et Chantal Périn (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 21 avril 2015
A (RE)LIRE: MÉTIERS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI - Les marchands de simit
APPEL AUX LECTEURS: Jacques et Chantal Périn souhaiteraient savoir où cette photo a été prise et de quelle mosquée il s'agit... Le savez-vous?






























