Traversée d’Europe : tracer les frontières par la photographie


Européens, qui sommes-nous ? La question a habité six photographes venus d’Europe pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Au terme de leurs pérégrinations continentales, ils exposent chacun une dizaine de photographies au Jardin du Luxembourg qui esquissent leur définition de l’Europe.
À l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne, le collectif Fetart présente l’exposition « Traversées d’Europe » jusqu’au 27 février 2022 sur les grilles du Jardin du Luxembourg. Otto Hainzl, Paolo Verzone, Valerio Vincenzo, Mafalda Rakoš, Luca Lupi et Pascal Bastien ont tous parcouru l’Europe, leur appareil photo en bandoulière, depuis les années 1990 et jusqu’à aujourd’hui. Ils racontent l’union européenne et ses 28 pays, entre uniformité et singularité. Avec eux, nous explorons des frontières insoupçonnées du Vieux continent.
« J’ai compris ce qui était important pour nos sociétés européennes »
« Face aux nombreux mouvements anti-européens qui agitent nos sociétés, j’ai constaté que dans les Académies militaires, le sentiment européen allait de soi », témoigne Paolo Verzone. Le photographe italien a visité toutes les académies militaires d’Europe pour prendre en photo les cadets en formation. Un travail qui lui a permis de voir dans ce cadre « l’âme de chaque pays », à travers la tenue des militaires, mais aussi tous les éléments protocolaires qui habillent la formation. Otto Hainzl, a de son côté eu le sentiment de toucher du doigt « ce qui était important pour nos sociétés ». Ses photos révèlent l’empreinte laissée par l’homme dans le paysage, sans qu’aucun pays ne soit réellement identifiable. La manière d’Otto Hainzl d’illustrer l’unité de l’Europe.

Montrer l’européanité en photographie sans faire appel aux visages
Le défi de l’exposition est de montrer comment l’Europe s’incarne dans de petits détails qui nous paraissent souvent insignifiants. Valerio Vincenzo l’illustre dans sa série de photos intitulée Les frontières de la paix, mettant en scène les frontières entre différentes nations européennes. Contrairement aux images que l’on s’en fait habituellement, il n’est ni question de barrage autoroutier, de barbelés, ou de murs, sur ses photos. Une rivière, deux champs, un chemin, et le spectateur fait face à la ligne de démarcation de deux pays, presque sans le savoir. Luca Lupi réussit quant à lui la prouesse de recréer une uniformité de la lumière et du ciel avec ses prises de vues très éloignées de paysage qui donnent l’impression d’une absence de perspective.

Une Europe en constante mutation dans le viseur des photographes
Mafalda Rakoš et Pascal Bastien offrent à travers leurs objectifs un voyage dans l’espace mais aussi dans le temps. L’anthropologue autrichienne a fait le pari de l’autostop, une pratique « démodée », pour parcourir l’Europe. En parcourant des centaines de kilomètres avec des inconnus, la jeune femme a aussi éprouvé ses propres frontières, confie-t-elle. Alors que Mafalda Rakoš a entamé ce projet il y a seulement quelques mois, Pascal Bastien, lui, parcourt l’Union Européenne depuis les années 1990. Le photographe français a vu la transformation des paysages et des villes, marquée par « l’uniformisation des centres villes ». Le contact avec la population a changé également puisque « tout le monde parle désormais anglais ».
Une Europe plus uniforme, mais qui n’échappe pas aux frontières pour autant. Tel un jeu des sept différences, les photos tracent les limites de chaque pays par de subtils détails qu’un Autrichien, une Espagnole ou un Français remarquera. Une ligne de crête sur laquelle les photographes nous aident à marcher pour mieux appréhender notre continent.
Informations pratiques20janv.27févr.
Du 20 janv. à 10:00
Jusqu'au 27 févr. à 20:00
Adresse
Rue de médicis
75006 Paris






