Ce 24 mars à Pondichéry, les passants des rues François Martin jusqu’à la rue des potiers, ont pu assister à une scène peu banale: une femme vêtue de bleu, casquette sur les yeux, pédalait pour faire avancer une machine équipée d’une roue de vélo à l’arrière et d’une plate-forme à deux roues à l’avant, sur laquelle se tenait debout, un personnage tout vêtu de blanc, coiffé d’une impressionnante tête d’aigle au bec crochu et d’un imposant bouchon bleu. Il tapait sur un tambour.


Paramesh D. Jolad, artiste multidisciplinaire, a été accompagné dans cette manifestation artistique KNOWINGLY UNKNOWN par Kirti Chandak, artiste et directrice de la galerie Tasmai, Centre of Art & Culture, ainsi que par les artistes Garibaldi Tripathy, Shubhojit Maji et Sylvie Teveny. KNOWINGLY UNKNOWN est une initiative visant à sensibiliser le public aux méfaits du plastique.

Une deuxième collaboration de Paramesh avec la galerie Tasmai, Centre for Art &culture.
En novembre 2022, lors de l’événement Art——— Space, Paramamesh alertait le public, par une performance artistique, sur la précarité dans laquelle vivent les agriculteurs et les éleveurs : eux qui nous nourrissent.
Cette fois, la destination de cet improbable équipage, dans ce quartier des potiers, en particulier, voulait alerter sur notre dépendance contemporaine au plastique, matière gravement polluante ( L’Inde est le plus grand pollueur plastique au monde, la France est au 15 ème rang mondial). Il s’agissait donc de rappeler que le plastique a remplacé des objets usuels traditionnels, dont les objets en terre, ou en faïence : plats, cruches, pots, biodégradables et réutilisables.
Qui êtes vous Paramesh ?
Je suis Paramesh D. Jolad, un artiste multidisciplinaire, issu d’une famille d’agriculteurs de Kodihal, un village de l’État du Karnataka. Je vis à Bengalore.
Je me suis initialement identifié en tant qu’artiste visuel, c’est-à-dire peintre et depuis 2016, j’ai développé un vif intérêt pour la performance artistique, l’art vivant en direct avec un public. Par conséquent, j’ai créé de nombreuses œuvres dans le domaine de l’art de performance en plus d’organiser des expositions de peinture.
Quel a été votre parcours d’études et quelles sont vos expériences professionnelles ?
J’ai obtenu un doctorat en peinture à l’université Jaïn de Bangalore et un MFA: maitrise en beaux arts, spécialité peinture, de l’université du Karnataka à Dharward
J’ai eu l’honneur de présenter mes peintures au niveau régional et national, tout en réalisant près de 150 performances artistiques et expositions d’art vidéo à l’international. Mes œuvres ont été sélectionnées trois fois à la National Lalitha Kala Academy de New Delhi, quatre fois à la Karnataka Lalitha Kala Academy de Bengalore et quatre fois à la Goa Kala Academy.
Paramesh a reçu de nombreux prix: le prix Varnasree de la Karnataka Lalitha Kala Academy . Le prix Paddanna de Kalangangotri de Bengalore. La médaille d’or du collège pour le MFA.Une subvention de One Shanti Studio Bengalore et de Badan Tree.
Comment avez-vous pensé cette performance artistique à Pondichéry ?
Le thème de l’exposition du 26 mars était « art durable ». En lien avec cela j’ai pensé travailler sur « l’utilisation du plastique ». Pour renforcer mon projet, j’ai choisi une bouteille d’eau en plastique de manière symbolique. Tout le monde sait que l’utilisation du plastique est nocive. Mais cette pratique persiste. Souvent, je me demande à quel point nous sommes irresponsables . Ce plastique est non seulement nocif pour l’humanité, mais aussi pour la nature.
Que faire ? En tant qu’artistes, nous ne pouvons que mettre en lumière le problème. Et dans le monde entier, de nombreux artistes ont déjà exprimé leur préoccupation à ce sujet, mais le problème reste irrésolu. Ainsi mon approche directe fait appel à l’humanité.

À propos de l’idée de ma performance.
Si vous regardez mes performances artistiques, vous constaterez qu’elles incluent les techniques de la sculpture, de la peinture, du son, du texte, du mouvement et du corps, qui est l’élément central de l’art vivant.
Ici je cherche à créer une image « parlante » qui tente d’exprimer mes pensées. Non seulement elle capte l’attention du public, mais elle invite également à réfléchir sur ce que j’essaye de transmettre.
Je me suis représenté comme une bouteille d’eau en plastique, avec une tête d’aigle. L’aigle est un oiseau doté d’une force d’attaque, ce qui le rend impossible à fuir. À mon avis, le plastique attaque également les humains, et nous sommes incapables de nous échapper.
La première raison de cette manifestation dans la rue était pour moi très claire, il s’agissait d’attirer l’attention du public. La deuxième raison et la plus importante ( bouteille en plastique jouant du tambour ) était de démontrer la victoire des objets en plastique sur l’humanité.
Quelles ont été les réactions du public ?
Pendant que je marchais dans la rue, mon visage était entièrement recouvert par la tête d’aigle. Plus tard, j’ai pu voir, grâce à la vidéo enregistrée, que les gens me regardaient avec intérêt.
Pensez-vous que votre message a été compris ?
Absolument.
Beaucoup de gens sont venus discuter Kirti et beaucoup ont aussi dessiné sur la toile avec moi. Les gens étaient très contents. C’est comme cela que fonctionne une performance artistique en présence.

Pouvez-vous nous parler de cette pratique artistique singulière ?
À mon avis les artistes sont inclus dans cette société: ce qu’ils créent ou souhaitent exprimer, ils le puisent dans cette même société.
Mais si elle reste en terme uniquement visuel, cette action est inefficace de mon point de vue. Par exemple, les expositions d’art visuel ont lieu dans les galeries et c’est comme si l’artiste créait l’œuvre seulement pour les artistes. Aucun public ne visitera les galeries d’art, en Inde en tous cas, par contre avec les performances artistiques en direct, les artistes peuvent toucher le public car la plupart de leurs présentations vont à sa rencontre. Souvent le public fait également partie de l’œuvre d’art, comme nous l'avons fait avec Kirti, ce qui l’aide à prendre conscience. C’est aussi ça la beauté de la performance du vivant.
Nous remercions chaleureusement Paramesh d’ avoir bien voulu répondre à nos questions. Nous remerçions aussi Nivedita Prasad pour les photos de l'événement du 24 mars
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