L’Inde a franchi une étape majeure dans son programme d’énergie nucléaire : le Prototype Fast Breeder Reactor (PFBR), conçu et construit localement à Kalpakkam, dans le Tamil Nadu, a atteint la criticité. On vous explique.


Le programme nucléaire indien
Troisième pollueuse de la planète, grande consommatrice de charbon, l’Inde s’est engagée durant la COP26 de Glasgow, en 2021 à atteindre une production électrique de 500 gigawatts (GW) soit la capacité de 350 à 500 millions de foyers, à partir de combustibles non fossiles, d’ici à 2030, et à la neutralité carbone d’ici 2070.
Une partie de cette énergie électrique pourrait être produite grâce au programme nucléaire civil du pays. Le programme nucléaire en Inde a été planifié il y a près de soixante ans, compte tenu des réserves assez faibles d’uranium et de thorium dans le pays. Cela a incité l’Inde à adopter un programme en trois étapes :
Phase 1 :
Les réacteurs à eau lourde pressurisée ou pressurised heavy water reactor (PHWR) utilisent l’uranium naturel. Cependant, cela produit du plutonium et de l’uranium appauvri que l’Inde ne peut réutiliser.
Phase 2 : La surgénération
Les Réacteurs à Neutron Rapide ont l’avantage de pouvoir fonctionner avec une plus grande diversité de combustible nucléaire dont l’uranium appauvri et le plutonium produit par les réacteurs à eau lourde lors de la phase 1. De plus, la capacité “surgénérative” implique de pouvoir utiliser des ressources minières beaucoup plus abondantes.
Phase 3 :
Les futurs réacteurs utiliseront uniquement du thorium comme combustible nucléaire. Néanmoins, ce type de technologie n’est pas encore développé.
Aujourd’hui l’Inde est en phase 2.
Le Prototype Fast Breeder Reactor (PFBR) atteint le statut de criticité
Le Prototype Fast Breeder Reactor (PFBR, en français : réacteur rapide surgénérateur prototype) est un réacteur nucléaire à neutrons rapides surgénérateur de 500 MW situé à Kalpakkam, dans le Tamil Nadu, et exploité par la Bharatiya Nabhikiya Vidyut Nigam Ltd. C’est un réacteur de 4ème génération, à titre d’exemple, l’EPR de Flamanville est un réacteur de 3ème génération. Il constitue un élément clé de la stratégie nucléaire à long terme de l’Inde. . Ces réacteurs ont l’avantage d’utiliser des combustibles nucléaires différents de l’uranium. Cela permettrait de réduire la dépendance de l’Inde aux importations d’uranium, de pouvoir utiliser du thorium présent en abondance dans ses sols et de pouvoir réutiliser le combustible nucléaire de la phase 1.
Le Prototype Fast Breeder Reactor de l’Inde a un fonctionnement similaire au réacteur français Superphénix. Crée en 1974 pour répondre aux besoins croissants en énergie de la France et aux limites de l’extraction de l’uranium, Superphénix a fait l’objet de nombreuses controverses avant d’être fermé définitivement en 1997. Ces réacteurs sont considérés plus durables que les simples réacteurs à eaux.
La criticité correspond au moment où un réacteur nucléaire atteint une réaction en chaîne auto-entretenue. Autrement dit, lorsqu’un noyau atomique subit une fission nucléaire, il libère des neutrons qui provoquent au moins une autre réaction de fission dans les noyaux environnants. Une fois le réacteur critique, il atteint un état stable. Il s’agit d’une étape essentielle avant la production d’électricité à pleine puissance, indiquant que le cœur du réacteur fonctionne comme prévu. Et le 6 avril 2026, le réacteur de Kalpakkam a atteint ce niveau.

Le projet a été réalisé localement avec la contribution de plus de 200 industries indiennes, dont de nombreuses PME, en ligne avec la politique gouvernementale d’autonomie économique portée par l’initiative Aatmanirbhar Bharat.
Il s’agit d’une étape importante, mais souvent mal comprise : la criticité n’est pas un objectif final, c’est en réalité un premier pas avant de pouvoir commencer à produire de l'électricité. Une fois pleinement opérationnelle, l’Inde deviendra le troisième pays après la Russie et la Chine à disposer d’un réacteur surgénérateur en fonctionnement. Néanmoins ce type de technologie est complexe et la transition d’un prototype à un développement commercial avec la construction en série de ce type de réacteur nécessite des grands investissements. En témoigne le temps de développement de cet unique réacteur car sa construction a débuté en 2004, ainsi il aura fallu 22 ans entre la pose de la première pierre et la première criticité.
Ces réacteurs sont étudiés depuis les années 60 mais le coût et la complexité freinent de nombreux pays à investir dans cette technologie privilégiant des technologies plus simples. Cette étape renforce donc la position de l’Inde dans les technologies nucléaires avancées et la production “d’énergie propre”.
Sur la plateforme X, le premier ministre Indien Narendra Modi s’est félicité de cet accomplissement. Soulignant l’importance technologique de ce réacteur, le Premier ministre a expliqué que cet équipement de pointe, capable de produire plus de combustible qu’il n’en consomme, témoigne de la profondeur des capacités scientifiques du pays et de la solidité de son ingénierie. Il a également qualifié cette avancée de pas décisif vers l’exploitation des vastes réserves de thorium de l’Inde dans la troisième phase du programme. Évoquant un moment de fierté nationale, il a félicité les scientifiques et ingénieurs impliqués dans le projet.
Today, India takes a defining step in its civil nuclear journey, advancing the second stage of its nuclear programme.
— Narendra Modi (@narendramodi) April 6, 2026
The indigenously designed and built Prototype Fast Breeder Reactor at Kalpakkam has attained criticality.
This advanced reactor, capable of producing more fuel…
Merci à Enguerrand d'Alès de Corbet, , ingénieur nucléaire d’avoir répondu à nos questions et pour la relecture de l'article.
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