Le 27 mars 2026, un nouveau Premier Ministre a été élu au Népal. Balendra "Balen" Shah, connu pour ses talents de rappeur, avait déjà commencé une carrière politique en tant que maire de Katmandou avant d’être nommé représentant du gouvernement népalais.


Une élection qui fait suite à la révolte de la Gen Z
Cette élection suit les mouvements de contestation de la génération Z, qui ont eu lieu du 8 au 13 septembre 2025 et qui ont abouti à la démission de l’ancien Premier Ministre, K.P. Sharma Oli le 9 septembre 2025. Ce tournant générationnel a prôné en grande partie une lutte contre la corruption, un rejet du népotisme, une demande à la transparence quant à la gestion des fonds publics et la redevabilité des dirigeants ainsi que la création d’emplois pour les jeunes (le taux de chômage atteint les 20,6% et environ 1 700 Népalais quittent le pays chaque jour en quête d’emploi).
Balendra Shah : l’espoir d’une population jeune et fortement urbanisé
Balendra Shah a bénéficié de ce contexte contestataire en se positionnant comme un outsider crédible et authentique : son âge (35 ans) a constitué un atout majeur pour capter le soutien de la génération Z, en renforçant l’idée d’une proximité avec ses attentes et ses revendications. Il faut dire que 42.5% de la population est âgée de 16 à 40 ans et l’âge médian n’est que de 25.7ans.
L’élection de Balendra Shah en tant que Premier Ministre népalais relève d’un moment historique dû à l’obtention de la quasi-majorité pour son parti (Rastriya Swantantra Party – RSP) ainsi que la fin du système des partis traditionnels. L’instabilité politique du Népal s’est traduite dans le passé par le passage de 14 premiers ministres lors de ces 17 dernières années. L’élection restant encore très récente, les attentes sont très élevées et une part de doute subsiste quant à la capacité de gouverner, notamment liées au manque d’expérience de Balendra Shah.
Au Népal, le pari politique réussi du populaire Balendra Shah
Bien que l’impact de l’élection de Balendra Shah au Népal soit certaine, on peut se demander quelles sont son influence sur les relations bilatérales avec l’Inde, notamment dû au fait que l’Inde soit le principal partenaire commercial du Népal.
Les relations entre l’Inde et le Népal
L’expression « Roti aur Beti ka Rishta » (dont l’équivalent pourrait être “Être liés par le pain et par le sang”) est souvent utilisée pour décrire les liens existant entre le Népal et l’Inde. Cela traduit les échanges économiques constants reliant les deux pays avec des travailleurs traversant librement la frontière ainsi qu’une relation culturelle et sociale entre les deux pays grâce à de nombreuses familles indo-népalaises.
Le Premier Ministre népalais, Balendra Shah, a accepté l’invitation de Narendra Modi de se rendre en Inde ce qui place les relations diplomatiques au feu vert. Le fait que parmi ses premiers déplacements Balendra Shah choisisse de se rendre en Inde montre la centralité de l’Inde dans la politique étrangère népalaise.
Les liens économiques unissant les deux pays reposent principalement sur l’énergie grâce à la production d’hydroélectricité au Népal. L’Inde peut ainsi sécuriser son approvisionnement en électricité.
Un autre pilier clé sur lequel reposent les échanges commerciaux est le pétrole indien importé au Népal. Cette dépendance stratégique du Népal a pu avoir des effets négatifs notamment lors du blocus en 2015.
Une relation qui s’était tendue au moment des manifestations
Le blocus de 2015 intervient dans un contexte particulier avec l’adoption de la nouvelle Constitution Népalaise en septembre 2015. Des populations proches culturellement de l’Inde (les Madhesis) se sentent marginalisées par cette Constitution et lancent des protestations. Celles-ci aboutissent au blocage des marchandises entre les deux pays et conduisent au rationnement du carburant et une inflation.
L’Inde a toujours affirmé que le blocage était uniquement dû aux manifestations côté népalais. Cependant, cela a entraîné une méfiance vis-à-vis de l’Inde et a cristallisé la perception d’une asymétrie économique, particulièrement au sein des jeunes générations.
Suite à ce blocus, le Népal s’est tourné un peu plus vers la Chine afin de diminuer ce déséquilibre économique avec l’Inde. Ce partenaire permet une plus grande marge de manœuvre et de négociation pour le Népal. Dans les faits, le commerce reste massivement tourné vers l’Inde et l’Himalaya rend les échanges difficiles.
Des échanges économiques déséquilibrés
De manière générale, le Népal étant un pays enclavé avec aucun accès à la mer, il dépend beaucoup des ports indiens (en particulier celui de Kolkata). De nombreuses infrastructures routières et ferroviaires transfrontalières existent entre les deux pays.
Cet échange continu de flux et de biens est permis grâce à la frontière ouverte, de près de 1 800km, entre le Népal et l’Inde. Ainsi, des millions de Népalais travaillent en Inde pour ensuite envoyer de l’argent à leurs proches restés au Népal permettant la consommation au Népal.
La relation économiquement déséquilibrée entre l’Inde et le Népal est surtout dû à l’enclavement du pays, à la balance commerciale rendant le Népal dépendant de l’Inde pour ce qui est du pétrole et aussi les migrations avec de nombreux Népalais travaillant en Inde.
Lors du mouvement Gen Z, il n’y a jamais eu de slogans anti-Inde mais plutôt un ciblage sur la gouvernance interne et l’incapacité des élites népalaises à remédier à un modèle économique viable.
Ce changement de gouvernement représente une opportunité pour l’Inde de renforcer son partenariat avec le Népal. Les liens culturels unissant les deux pays à travers la religion, la linguistique et les liens familiaux permettent d’ancrer durablement cette relation.
















