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IMMIGRATION - Piso Thrania, une association offre des cours de grec aux migrants

Face à la montée d'actes à caractère raciste et à l'aggravation de la crise économique, les conditions de vie pour les migrants sont de plus en plus difficiles. Pour faciliter leur intégration, une association organise quotidiennement des cours de grec, ouverts à tous.

« Piso Thrania » désigne littéralement les tables du fond des salles de classe, réservées aux élèves les plus médiocres. Ici pourtant, les cours n'ont rien de scolaire. Chacun prend place autour de petites tables de café installées en arc de cercle, et on discute à bâtons rompus de sujets de société et des faits d'actualité marquants de la semaine. Depuis 15 ans, ces cours sont organisés volontairement par différents intervenants et professeurs. Le succès de l'association tient à l'originalité de ses méthodes pédagogiques. Il n'existe pas de rapport d'autorité entre étudiants et professeurs, et chacun est là pour apprendre des autres. On y parle de nombreuses langues, comme le français, l'anglais, l'espagnol ou l'arabe. L'important est que tout le monde soit traité sur un pied d'égalité, quel que soit son niveau en grec, où son origine ou bien même sa religion. Chaque semaine, de nombreux habitués s'y retrouvent et c'est également un moment privilégié pour échanger et tisser des relations sociales. A chaque début de cours, une heure est réservée aux débutants afin qu'ils puissent assimiler l'alphabet et les chiffres. A travers des musiques, des poèmes et des supports vidéo, les étudiants apprennent la syntaxe et le rythme de la langue. C'est également une approche ludique pour les nombreux migrants qui n'ont jamais appris à lire et écrire dans leur propre langue.

« C'est ici que je me sens le mieux »
Ibrahim est sénégalais et joueur de football. Il est arrivé en Grèce il y a trois ans et demi, et c'est grâce à l'association qu'il a appris à parler et lire couramment le grec. Il vient tous les soirs depuis un an et demi. « Ici, il n'y a pas de discrimination, on est tous égaux et on peut se faire aider si jamais on rencontre une difficulté ». Dehors, la situation est de plus en plus difficile, et les menaces sont quotidiennes. « C'est ici que je me sens le mieux » nous confie Ibrahim, « et on peut suivre chaque semaine ce qui se passe dans le monde, on a, à notre tour, le droit d'être éduqués ».

Initiation à la politique
Amalia, qui s'occupe des cours du vendredi soir, sensibilise également ses élèves à la politique : "on discute régulièrement des droits de l'homme, de la justice, du racisme, de démocracie et de droit des femmes. Le cours est pourtant entièrement masculin, car la plupart du temps les femmes immigrées doivent être accompagnées d'un homme pour se rendre aux cours. Elles restent confinées dans la sphère domestique, et rares sont celles qui ont le courage de se rendre aux leçons".

Trouver le courage et l'envie d'apprendre malgré la peur et le désespoir
Depuis qu'elle s'occupe de l'association, l'année passée a été la plus difficile. Nombreux sont les immigrés qui n'osent plus sortir de chez eux, par crainte de se faire arrêter, et ne peuvent plus se rendre aux cours. Il y a également ceux qui espèrent partir au plus vite de Grèce vers d'autres pays européens, et ne trouvent plus le courage ni l'envie d'apprendre. Pourtant, parler la langue est le meilleur palliatif à la faiblesse et à l'impuissance, pour cette frange de la population à qui l'espoir offert pour s'intégrer reste mince. Pour Amalia, c'est un combat à la fois politique et humain. « C'est en partageant son savoir que chacun peut s'enrichir ». Mais la faim reste le meilleur des professeurs, et c'est à l'école de la vie que chacun a appris à se défendre.
Joséphine Py (www.lepetitjournal.com/athenes) Jeudi 18 juillet 2013

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