A Shanghai, le Bordelais Hubert Bourgès fait figure de pionnier : il est le premier artiste invité en résidence par l'Alliance Française. A la clé ? Un Li Bai à cheval… Explication.
Accueillir un artiste en résidence… C'est une première à l'
Alliance Française de Shanghai. "
Mais l'opération, participant à notre mission de rayonnement culturel, est appelée à se renouveler", glisse Xavier Loustaunau, directeur adjoint. Débarqué à Shanghai le 18 février, le sculpteur bordelais Hubert Bourgès s'est donc vu confier - de plein gré ! - la charge d'essuyer les plâtres. Une opportunité qui lui donne l'occasion de revenir en Chine, terre d'origine d'une branche de sa famille. "
J'ai toujours été passionné d'Asie et de Taoïsme", confie l'artiste, dans le relatif isolement de son atelier, niché au cœur du quartier populaire de Hongkou. Un cadre propice à un état de "
mélancolie joyeuse", que n'aurait certes pas renié le Chinois Li Bai. "
Poète de la dynastie Tang (VIIIe siècle)", le grand homme (il aurait mesuré près de deux mètres) est une source d'inspiration majeure pour Hubert Bourgès, qui l'a déjà sculpté à quatre reprises. L'œuvre dédiée à l'Alliance française sera la 5
e et la plus imposante de la série.
Réaliser un fantasme
Avec son mètre de hauteur, le Li Bai à cheval en cours de réalisation pose quelques soucis à son concepteur qui, son atelier à peine investi, s'est fait livré 100 kg d'argile. Une matière première "
de bonne qualité", mais qu'il a fallu "
réhumidifier pendant dix jours", avant de s'en emparer. Depuis Hubert Bourgès "
sculpte, sculpte, sculpte"… Tout juste a-t-il eu le temps de visiter le musée de Shanghai. Réputé pour ses œuvres animalières ("Fandango"), l'artiste est "
obsédé par la peur de mal faire". D'autant qu'il s'apprête à "
réaliser un fantasme" de longue date : "
Rendre un Li Bai à la Chine". Dans ces conditions, pas question de faillir à sa mission. A la mi-avril, dernier délai, le sculpteur doit avoir livré sa statue à une fonderie. C'est à celle-ci ensuite que revient la charge de transformer l'argile en cuivre, via la création d'un moule. Et quoi qu'il advienne, Hubert Bourgès sera dans l'avion le 31 mai. Direction la France, où l'attend "
un projet d'envergure pour un grand collectionneur ".
Un précédent Li Bai à cheval (Hubert Bourgès)
Dialogue entre cultures
Au-delà de sa valeur artistique, le Li Bai à cheval est un parfait support de dialogue entre les cultures chinoise et française. Dimanche 10 mars, la
fête de la francophonie a d'ailleurs donné lieu à un échange concret entre le sculpteur et le public (
voir photo ci-contre, signée Fabien Gaillard). L'après-midi, Hubert Bourgès a ouvert son atelier aux visiteurs, Chinois pour la plupart. D'ici à son départ, il devrait réitérer l'expérience, avec une intervention sur la sculpture à la bibliothèque de l'Alliance Française. Avant cela, l'artiste a encore quelques heures de travail dans la solitude de son atelier, pour finaliser "
la sculpture la plus belle possible". Au vu de sa taille, celle-ci pourrait à terme intégrer un jardin public à Shanghai. Et Hubert Bourgès, fervent adepte du Tai-Chi, de conclure : "
A mon sens, une sculpture doit être légère, dégager de l'espace, pour ouvrir au rêve". Une bulle de spiritualité en pleine urbanité.
Barbara Guicheteau (www.lepetitjournal.com/shanghai) Jeudi 21 mars 2013