Vendredi 17 septembre 2021

Elle ouvre un cinéma à Hong Kong en pleine pandémie

Par Marsha Gau | Publié le 31/07/2021 à 05:00 | Mis à jour le 03/08/2021 à 16:17
Photo : Winnie Tsang, patronne du cinéma Golden Scene
winnie au Golden Scene cinema

Winnie Tsang est une figure incontournable du cinéma à Hong Kong. En février 2021, elle ouvre le premier cinéma de sa société de distribution de films Golden Scene, à Kennedy Town. Pour nous faire découvrir son univers et sa passion pour le septième art, Winnie nous a ouvert les portes de sa salle de projection le temps d’un entretien. Voici le portrait d’une femme engagée et à la carrière remarquable.

Elle crée sa société de distribution de films en 1998

Winnie Tsang : "Mon amour pour le 7e art a débuté quand j’étais toute jeune, lorsque mon père m’achetait des billets de cinéma. Il y avait à l’affiche des films chinois et anglais, mais aussi des opéras cantonais. Je raffolais le plus des films musicaux, en particulier les films de Josephine Siao, ou ceux de Connie Chan, qui à l’époque étaient en couleur. C’est par accident que j’ai débuté ma carrière dans l’industrie cinématographique, en tant que secrétaire dans la société de production et de distribution, Hong Kong Golden Harvest, connue sous le nom d’Orange Sky Golden Harvest depuis 2009."

Si Winnie a acquis toutes ses connaissances du cinéma en travaillant dans différents départements, c’est son expérience en tant qu'acheteuse de films occidentaux qui l’a poussée à se lancer à son compte en créant la Golden Scene en 1998. Alors que l’industrie du film hongkongais avait connu ses heures de gloire, la crise financière de 1997 en Asie ainsi que la rétrocession de Hong Kong à la Chine n’ont fait que précipiter le déclin de l’industrie cinématographique de Hong Kong… Pourtant, la jeune femme ne s’est pas découragée et la Golden Scene a vu le jour.

 

cinema Golden Scene à Hong Kong de nuit
Cinema Golden Scene à Hong Kong Photo@Instagram/kelu_fritz

Elle ouvre sa propre salle de cinéma

En 2019, le projet d’ouverture de sa propre salle de cinéma était une suite logique des choses pour Winnie, après des années de lutte pour obtenir des programmations de ses films aux heures de grande écoute auprès des plus grandes chaines de cinéma.

Ouvrir un cinéma pendant la pandémie n’était évidemment pas prévu… La crise de 1997, puis le SARS en 2002 ne sont pas comparables à la crise du Covid que l’on traverse actuellement. "On a dû s’adapter aux règles de distanciations sociales, réduire nos capacités de moitié. Cela a été plus difficile que pendant le SARS où seul un quartier avait été confiné".

Néanmoins, les spectateurs sont retournés dans les salles dès la réouverture des cinémas et malgré les capacités réduites, le film Beyond Dream du réalisateur Kiwi Chow a eu beaucoup de succès en faisant plus de 15 millions de Hong Kong Dollars : "Le film raconte une histoire d’amour entre Lok (Chun-Him Lau) un schizophrène en convalescence et la belle Yan (Cecilia Choi), jusqu’au moment où Lok fait une rechute et devient délirant…"

Malgré le fait que l’ouverture de son cinéma, cette année, soit suivie par la faillite de la compagnie UA cinema au mois de mars, et malgré les importantes pertes financières de revenus, Winnie persiste.

Winnie Tsang parle de cinema dans son bureau de Hong Kong
Winnie Tsang parle de sa passion pour le cinéma Photo@Golden Scene Co

La première du film "Dad, I'm Sorry" ce dimanche

Comment sélectionnez-vous les films ?

"Ce qui m’attire le plus dans un film, c’est le message que le réalisateur veut faire passer à son public. Je choisis des films qui sont bien réalisés et surtout qui sont faits avec cœur. Bien entendu, j’ai des budgets limités pour l’acquisition de films et je ne souhaite plus investir dans des superproductions ni dans les films d’horreur malgré le succès de The Ring en 2002. Je souhaite plutôt faire place aux films de productions hongkongaises, plus niches et indépendants, ou des films taïwanais, chinois ou des productions étrangères et asiatiques, comme le film à l’affiche actuellement : Dad, I’m Sorry (Bố Già)… Ce film est une comédie dramatique vietnamienne dans laquelle Ba Sang (Tran Thanh), un fouineur chronique au trop grand cœur se sacrifie au quotidien pour préserver l’équilibre au sein sa famille hyper dysfonctionnelle… Mais un jour, alors que sa famille est au bord de l’implosion, Ba Sang glisse dans une situation difficile qui menace de déchirer sa famille… Ce dimanche 1er août aura lieu la première du film avec la présence des réalisateurs !"

 

 

Je remarque qu’il y a un intérêt nouveau du public hongkongais pour les documentaires, ce qui n’était pas le cas avant. Les chaines télévisées gratuites ne retransmettent pas ce genre de films. Au sein des quatre salles de projection de mon cinéma, je souhaite faire découvrir une variété de films aux Hongkongais.

 

Avec ma salle de cinéma, j’espère offrir plus de choix au public local et qu’il puisse, comme moi, avoir un espace pour rêver un peu, tout en s’immergeant dans les films

Une programmation de films sur le sport au mois d'août

Quels films recommandez-vous à la communauté française de Hong Kong ?

"À l’heure des Jeux olympiques de Tokyo, où les résultats de nos champions olympiques fédèrent et inspirent, je leur recommanderais Weeds on Fire, un film de 2016, inspiré d’une histoire vraie. Le film, qui se passe dans les années 80, raconte le quotidien d’une équipe de baseball hongkongaise qui réussira à se hisser parmi les meilleurs ! Le film sera à l’affiche le 25 août. Mais vous pourrez aussi apprécier une rétrospective sur les films de Lau Kar-Leung, une sélection de cinq films du maître Kung Fu sur les arts martiaux à Hong Kong en salles du 4 au 8 août."

 

 

"Le film La double vie de Véronique m'a marquée"

Quel est le film français qui vous a le plus marqué ?

"Ce sont la trilogie Trois Couleurs ou La double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski". C'est l’histoire de deux femmes qui ne se connaissent pas, habitent dans deux villes différentes (Paris et Cracovie)… n’ont rien en commun, ne se sont jamais connues, mais sont identiques dans leurs actes et leurs apparences et surtout, ont toutes deux une voix sublime, un sens musical absolu. C’est l’histoire d’une vie qui continue, quittant un être pour se perpétuer dans le corps et l’âme d’un autre être…

"J’ai rencontré Kieslowski pendant un festival. C’était un homme remarquable et intelligent en personne comme dans ses films. Notre rencontre m’a marquée, tout comme ses films empreints d’esthétisme et d’émotion !"

 

Vous pouvez retrouver prochainement à l’affiche du Golden Scene Cinema le court métrage All the Crows in the World de la réalisatrice Tang Yi récompensé au Festival de Cannes 2021, à partir du 13 août.

Le film Français La famille Bélier est un autre bon film à l'affiche le 23 août prochain, ne le manquez pas !

Retrouvez les prochaines sorties programmées et films à l'affiche.

 

 

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Marsha Gau

Marsha Gau

Gourmande de profession, elle partage son regard biculturel sur les dernières tendances de Hong Kong
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