Rencontre avec Laurent Perrin, violoncelliste français au Hong Kong Sinfonietta

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 27/11/2022 à 14:00 | Mis à jour le 27/11/2022 à 14:00
Photo : Laurent Perrin et le Sinfonietta jouent the Firebird Suite de Stravinsky au City Hall, sept 22 (YouTube)
Laurent Perrin violoncelliste français Hong Kong Sinfonietta Hong Kong City Hall

Laurent Perrin est violoncelliste au sein de l'orchestre de Hong Kong Sinfonietta. Il nous parle de son parcours qui l'a amené à Hong Kong et de la passion de sa vie pour la musique classique.

"Luxembourg, Barcelone, Toronto puis Hong Kong"

Présentez-vous et parlez-nous de votre parcours

Laurent Perrin, je suis Français mais je suis né et j’ai grandi au Luxembourg et n’ai jamais vécu en France. Je viens d’une famille qui adore la musique. J’ai commencé le violoncelle à 8 ans et j’ai commencé à jouer de manière intensive dès 12 ans. Après mes études secondaires au Luxembourg, ma réflexion était guidée par la personne avec qui je voulais jouer, sans plus de considérations géographiques. Je me suis d’abord rendu à Barcelone pour étudier auprès du violoncelliste Lluis Claret, j’y suis resté pendant 3 ans. Puis je suis parti à Londres, élève de Raphael Wallfisch. Enfin, j’ai rejoint le Banff Centre for Arts and Creativity dans les montagnes rocheuses du Canada, en résidence. Après un an de travail à Toronto, j'ai entamé une relation avec une violoniste hongkongaise qui m'a fait arriver à Hong Kong dès janvier 1996. A l’été 1996, j’étais installé dans la RAS.

"A Hong Kong, musique, danse et théâtre sont enseignés à haut-niveau"

Qu’est-ce qui vous a amené à Hong Kong ?

Dès mon arrivée en 1996, j’ai eu la chance d’être employé par la Hong Kong Academy for Performing Arts (HKAPA) à Wan Chai. C’est l’équivalent du Conservatoire de Paris et la principale école de musique à Hong Kong. Les autres arts enseignés dans l’établissement sont la danse, le théâtre, le cinéma et l’audiovisuel, et l’opéra (principalement chinois). En 1998, j’ai entendu parler d’une opportunité au Hong Kong Sinfonietta, j’ai passé une audition et ai commencé comme violoncelliste. Je suis devenu aujourd'hui Assistant Principal violoncelliste. J’y suis toujours ! J’ai aussi des activités d’enseignement à l’HKAPA, à la Baptist University, la Chinese University et dans mon propre studio. Enfin, je fais partie d’un ensemble de musique de chambre du Channel 4 de la radio RTHK (l’équivalent de France Musique). Des journées bien remplies !

"Hong Kong est la ville des collaborations et des rencontres"

Quelles sont les particularités des goûts hongkongais en terme de musique classique ?

Depuis 1997 quand j’ai commencé ma carrière, j’ai vu de nombreuses évolutions. Il y avait à l’époque très peu d’opéra, et très peu de musique contemporaine. Aujourd’hui, Hong Kong a sa propre compagnie d'opéra, et la musique contemporaine est très présente notamment via le New Music Ensemble. Même dans les orchestres les plus connus du grand public, le Sinfonietta dont je fais partie et l’orchestre Philarmonique, il y a une volonté d’ouvrir le public vers la musique du XXe et XXIe siècle. Nous collaborons souvent avec d’autres orchestres à l’international pour passer des commissions à des compositeurs contemporains. Ainsi, nous partageons les frais de composition et leurs oeuvres peuvent être jouées sur différents continents. Il est aussi important pour nous de promouvoir des compositeurs locaux hongkongais ou chinois, et parfois des arrangements pour orchestres de type occidental de mélodies chinoises traditionnelles. Un autre grand changement est le développement de la musique de chambre. Depuis que j’ai commencé avec RTHK, en 2008, les opportunités de concerts de musique de chambre ont énormément augmenté. Il y a de plus en plus de festivals qui présentent des concerts de très haute qualité. Depuis 2018, à cause du Covid, le Sinfonietta a aussi produit plusieurs films.

"Le Covid nous a conduit à nous adapter"

Quel a été l’impact du Covid sur la vie des musiciens à Hong Kong ?

Les salles ont été fermées. Au Sinfonietta nous sommes salariés mensualisés et avons toujours pu travailler, bien que sans public à certains moments. Notre directeur musical étant à Hong Kong, nous avons notamment pu faire des enregistrements et films qui ont été présentés dans des salles de cinéma locales, et qui ont pu montrer le fonctionnement de l'orchestre en dehors du simple concert. Ils ont eu un succès fou. Mais pour certains musiciens ou groupes, l’absence de lien avec le public a été difficile. Je connais des musiciens qui ont déprimé et ont eu beaucoup de mal à faire face à la situation. Pour ma part j'ai toujours continué à travailler mon instrument et une vie très ordonnée. Pouvoir continuer l’enseignement m’a beaucoup aidé. Comme il y avait très peu de possibilités à Hong Kong sur la période, j’ai croulé sous les demandes de cours !

Pour d’autres musiciens freelance, ça a pu être plus compliqué financièrement.

Enfin, ne pouvant pas accueillir d’interprètes étrangers, nous avons saisi l'opportunité pour inviter des solistes locaux. Les déplacements de l’orchestre ont aussi été rendus impossibles par les restrictions, alors que nous avions l’habitude de faire des tournées 2-3 fois par an. Si tout va bien, 2023 sera l’année d’un certain retour à la normale pour les voyages aussi.

"Les Européens sont minoritaires dans l'orchestre"

Y a-t-il une communauté de musiciens occidentaux classiques à Hong Kong ?

Au Sinfonietta, nous sommes très locaux, avec seulement 4-5 musiciens non asiatiques. Les autres sont locaux, ou bien Japonais, Chinois, Coréens, Taiwanais. L’orchestre Philarmonique a beaucoup plus de musiciens occidentaux, surtout dans les instruments à vent. A ma connaissance, nous sommes trois musiciens Français professionnels dans le secteur, Olivier Nowak, co-principal flûtiste (flûte traversière) au Philarmonique, Arièle Zanini, pianiste principale du Hong Kong City Chamber Orchestra, et moi-même au Sinfonietta.

Retrouvez le programme du Hong Kong Sinfonietta ici

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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