Depuis leur lancement en 2013, les Nouvelles Routes de la Soie, ou Belt and Road Initiative (BRI), ont profondément transformé la géopolitique et l’économie mondiale. Avec plus de 150 projets dans 70 pays, avec un investissement total dépassant 1 000 milliards de dollars, ces routes, rails et ports relient l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, redessinant les flux commerciaux et les équilibres géopolitiques. A l'heure où le Moyen Orient entre en guerre, où en est-on exactement ?


Les routes et infrastructures fonctionnelles
Les Nouvelles Routes de la Soie s’articulent autour de plusieurs axes majeurs, combinant routes terrestres, chemins de fer et ports maritimes. Parmi les infrastructures fonctionnelles les plus emblématiques, on trouve :
La route terrestre Chine-Pakistan (CPEC) : Un corridor économique de 3 000 km reliant la province du Xinjiang au port de Gwadar au Pakistan, avec des infrastructures routières et ferroviaires opérationnelles et un investissement chinois estimé à 62 Milliards USD. Ce projet est un pilier stratégique pour la Chine, lui offrant un accès direct à l’océan Indien en évitant l’Inde et le détroit de Malacca.
Le chemin de fer Chine-Europe : Plusieurs lignes ferroviaires relient désormais la Chine à l’Europe, traversant le Kazakhstan, la Russie et l’Europe centrale. Ces lignes permettent un transport de marchandises plus rapide, moins de 15 jours pour faire Chengdu-Paris, et moins coûteux actuellement avec la guerre en Iran que le transport maritime traditionnel.
Le corridor Chine-Myanmar : Ce projet inclut des routes et des ports dans l’océan Indien, renforçant la connectivité entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. Néanmoins ce corridor rencontre de nombreux défis liés à la guerre civile en cours en Birmanie.
Le port de Hambantota au Sri Lanka : Un port en eau profonde construit avec 1,5 Milliards USD d’investissements chinois, qui joue un rôle clé dans le trafic maritime entre l’Asie et l’Afrique.
Le port de Djibouti : Un autre point stratégique sur la route maritime vers l’Afrique, ce nouveau port sert de point d’entrée des marchandises pour toute l’Afrique de l’Est, il est aussi le point d’ancrage de la première base militaire Chinoise à l’étranger, renforçant ainsi la présence chinoise dans la région.
Les gares en Afrique et en Asie centrale : La Chine a investi plus de 10 Milliards USD dans la construction de gares et de lignes de chemin de fer en Afrique, notamment au Kenya et en Éthiopie, facilitant les échanges intra-régionaux. En Ethiopie, c’est l’ancienne ligne Djibouti Addis-Abeba construite entre 1897 et 1917 par les Français qui a été réhabilitée en 2011 par les Chinois, reliant directement la capitale Ethiopienne au port de Djibouti.
Ces infrastructures sont conçues pour améliorer la connectivité, réduire les coûts de transport et stimuler le commerce international. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de la Chine pour renforcer son influence économique et politique à l’échelle mondiale.
Les enjeux économiques et géopolitiques
Les Nouvelles Routes de la Soie représentent un levier majeur pour la Chine afin de diversifier ses routes commerciales et de réduire sa dépendance aux voies maritimes traditionnelles, souvent contrôlées par des puissances occidentales. Alors que la guerre se déploie dans les Etats du Golfe, ces projets suscitent néanmoins des inquiétudes. Ainsi, les investissements chinois dans ces infrastructures ont permis de créer de nouveaux marchés et d’ouvrir des opportunités pour les entreprises locales et internationales mais il n'est pas certains que les interlocuteurs de la Chine ne soient pas fragilisés par le conflit en cours.
Si les critiques internationales pointaient surtout des risques de surendettement pour les pays bénéficiaires, des questions de transparence et de gouvernance, ainsi que des tensions géopolitiques accrues, c'est probalement la nouvelle carte géopolitique qui suivra la guerre en Iran qui confirmera ou non les choix de Pékin. Les intérêts chinois autour du port de Djibouti, également hôte de bases occidentales, pourraient bien pâtir des frappes actuelles qui visent les échanges commerciaux dans la région. Surtout, la fermeture du détroit d'Ormuz qui va entrainer une flamblée des cours du brut et qui voit aujourd'hui transiter 53% des approvisionnements pétroliers chinois pourrait bien conduire à redessiner une partie des flux le long des Nouvelles Routes de la Soie.
Affaire à suivre









