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Rencontre avec Chin Kar Lok, un réalisateur en or

Par Arnaud Lanuque | Publié le 28/09/2018 à 15:04 | Mis à jour le 30/09/2018 à 16:24
Photo : The Golden Job réunit une partie du casting des Yong and Dangerous.
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Aujourd’hui surtout connu pour sa participation aux émissions de variété de la TVB, Chin Kar Lok fut pendant les années 1980 un des cascadeurs d’élite de l’industrie cinématographique hong kongaise. Il a fait logiquement la transition comme acteur et surtout réalisateur de scènes d’action, s’imposant rapidement comme un des meilleurs dans ce domaine.

The Golden Job est son troisième film en tant que réalisateur. Il marque les retrouvailles d’une partie du casting de la saga des Young and Dangerous, une série de films consacrés à l’ascension d’une triade, les Hung Hing Boys, particulièrement populaires à la fin des années 1990. Malgré un emploi du temps surchargé lié à la promotion du film à travers la grande Chine, le réalisateur a accepté de prendre un peu de temps pour répondre à nos questions. 

-Arnaud Lanuque: Comment est né le projet Golden Job? 
-Chin Kar Lok:
Tout simplement parce que nous voulions travailler tous ensemble sur un film. Mais au début, il n’y avait pas d’idées précises sur la manière de concrétiser ce projet, nous n’avions aucune orientations de définies. Et nous n’avions pas d’investisseurs. Alors il a été mis de coté. Mais Eric Tsang [producteur du film] m’a beaucoup soutenu, il m’encourageait à me remettre à la réalisation. C’est lui qui a permis au scénario d’être développé et qui a trouvé les investisseurs. En l’occurrence, il s’agit de Jackie Chan. Une fois approché, il a dit oui très rapidement. Grâce à sa participation, nous avons pu avoir un budget important et faire quelque chose d’ambitieux.

-Pourquoi choisir de faire un film de casse et non de continuer la série originale?
-Je ne voulais pas refaire les Young and Dangerous. Après toutes ces années, je pensais qu’il était temps d’évoluer et de faire quelque chose d’un peu différent. Mais dans le même temps, je voulais vraiment capter l’amitié qu’il y a entre nous. Je ne voulais pas faire une comédie d’action mais traiter sérieusement de la question de la fraternité. Nous avons décidé de cette orientation après quelques discussions avec Eric Tsang. 

-Combien de temps a pris l’élaboration du scénario?
-Environ 3 ans, nous avons commencé en 2015. Les scénaristes et moi avons passé beaucoup de temps à nous connaître pour être sur que nous nous comprenions bien. C’est important de prendre ce temps afin qu’ils sachent ce que je veux moi et ce que eux peuvent apporter. Pas mal de scénaristes ont bossé dessus. Nous avons même travaillé avec une équipe cCoréenne à un moment. C’était très différent de ce qu’on avait l’habitude de faire, très Coréen. Mais vu qu’il s’agissait d’un film hong-kongais avant tout, je ne voulais pas un changement aussi important.  Je pensais que c’était important de conserver un certain sentiment de nostalgie Hhong Kkongaise. Erica Li, Heiward Mak et Kwok Kin Lok ont creusé dans la version cCoréenne pour en faire ressortir le coté Hhong Kkongais et s’approcher du style Chin Kar Lok. Même pendant le tournage, on a continué à affiner le script. Du coup, ça a évolué jusqu’à la fin. On a passé beaucoup de temps à se demander comment terminer le film. Est-ce qu’on devait tirer? Si oui, qui le ferait? 

"Un lien très fort depuis 20 ans"

-N’aviez vous pas peur que le sujet de la fraternité/amitié ait déjà été largement surexploité dans le cinéma de Hong Kong?
-Non, et puis entre nous cinq, il y a ce lien très fort depuis 20 ans. Nous sommes devenus de vrais frères les uns pour les autres et c’est quelque chose de très rare au sein de l’industrie. La complicité que l’on a entre nous se voit dans le film. Si on le compare aux Young and Dangerous, le traitement du sujet est plus adulte. 

-Le film a un parfum très hong kongais dans ses thèmes et dans son style, sans beaucoup d’interférence de la Chine. C’est quelque chose d’assez rare avec les co-productions actuelles?
-Je voulais conserver cette touche hong kongaise. Ce sont les acteurs eux-mêmes qui ont fait leur propre cascade par exemple. C’est important pour rendre ces scènes vivantes pour toucher le public. Il faut qu’il puisse se rendre compte du travail et de l’implication de l’équipe. C’est un style que j’affectionne particulièrement en tant que chorégraphe d’action. 

-On sent qu’avec le personnage de Bill, vous avez essayé de le rendre à la fois détestable et attachant. Etait-ce un équilibre difficile à trouver?
-Au début, j’avais pensé à engager quelqu’un d’autre pour jouer le méchant et nous cinq nous nous serions réunis pour le combattre. Mais j’ai changé d’avis. J’ai pensé que ce serait mieux d’avoir un conflit au sein du groupe. A partir de là, il fallait qu’il y ait un traître. Ce n’est pas un concept nouveau dans le cadre du cinéma hong kongais, quelqu’un qui trahit pour son intérêt personnel face à ceux de sa famille, de cœur ou de sang. Mais je voulais faire en sorte que le public puisse comprendre ses raisons. Je voulais que la problématique soit pour les personnages de ce qu’ils doivent faire par rapport à lui. Est-ce qu’ils l’abandonnent ? Est-ce qu’ils l’oublient ? Est-ce qu’ils le combattent ? C’est d’autant plus difficile à choisir qu’il n’est pas unilatéralement mauvais. J’ai passé beaucoup de temps à définir cet équilibre dans le personnage. Au final, j’en suis assez satisfait. Je pense que ça fera réfléchir le public sur ce choix à faire, entre pardon et punition. 

"Beaucoup de films d'action avec des héros un peu vieux"

-Vous êtes tous dans la cinquantaine actuellement. S’agissant de films d’action, est-ce que l’âge ne pose pas un problème de crédibilité?
-Non, je ne pense pas. Ces dernières années, à Hollywood, il y a eu beaucoup de films d’action avec des héros un peu vieux. C’est devenu courant donc je n’ai pas eu de pression à ce niveau. Avoir des personnages très jeunes n’aurait pas eu de sens vu qu'ils sont censés avoir un long vécu ensemble. Cela n’aurait pas eu le même impact. Avec cette gamme d’âge un peu plus haute, on peut rendre ce sentiment d’amitié plus réaliste. Si on ne se connaissait que depuis 5 ans, ça ne serait pas aussi convaincant. Le public ne s’en est pas plaint d’ailleurs. Ce qui m’inquiétait davantage, c’était que les quatre autres n’avaient jamais été dans un pur film d’action. Ils n’en étaient pas aussi familiers que moi donc le challenge c’était de les mettre à l’aise par rapport à ça et leur faire profiter de mon expérience de 30 ans. Il faut être solide pour faire un bon film d’action!

-Une des surprises du film est de marquer le retour de Billy Chow au cinéma après plusieurs années de retraite hors des plateaux. Comment avez-vous réussi à le convaincre de revenir?
-Nous sommes des amis de 30 ans et je voulais quelqu’un qui puisse vraiment avoir l’air intimidant. Alors j’ai tout de suite pensé à lui. Quand il a su que c’était moi le réalisateur, il a tout de suite dit oui. Au début, je voulais qu’il y ait une scène de combat entre lui et moi. Mais finalement, cette idée s’intégrait mal dans le reste du final. Cela faisait artificiel et posait un problème de rythme. Ca ne marchait pas. Alors j’ai fini par laisser tomber cette idée. J’avoue que ça a gaspillé un peu Billy mais c’était pour le bien du film. 

-Le film a trois grosses scènes d’action. Laquelle a été la plus difficile à tourner?
-Chacune d’entre elles avaient ses propres difficultés. Mais je dirais que c’est la course poursuite avec les voitures de course à Fukuoka qui a été la plus complexe. Je voulais vraiment utiliser ces véhicules mais une telle exigence a engendré des complications. Il a fallu les modifier pour pouvoir les utiliser correctement dans le film. Mais je pense que mon obstination a payé, la sensation avec ce type de voiture est différente comparé à des courses poursuites avec des véhicules plus conventionnels. 

-Le générique de fin laisse apparaitre que vous aviez tourné beaucoup plus de scènes que ce que laisse voir le film. Pourquoi les avoir coupés?
-Quand on a fait le film, on voulait avoir des situations variées pour les personnages. Mais au moment du montage, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas besoin qu’il soit aussi long. C’est aussi bien de laisser le public utiliser son imagination à certains moments. Par exemple, la scène du diner dans l’onsen. J’ai beaucoup aimé la tourner. Mais au montage, on s’est rendu compte qu’elle n’était pas absolument nécessaire, elle aurait pu détourner le public des thèmes essentiels du film. Alors, on a décidé de les couper. Ça nous a permis d’obtenir un rythme plus fluide et d’éviter les répétitions.

-Est-ce que vous avez dû faire des compromis avec la censure Chinoise?
-Non, pas vraiment. Il a juste fallu modifier quelques éléments de dialogue où corriger certains grades militaires. C’est tout. 

Remerciements Cindy Wu, KC.
   


 

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Arnaud Lanuque

Arnaud Lanuque

Couvre l’actualité du cinéma de Hong Kong depuis plus de 15 ans. Il a participé à de nombreux sites (HKCinemagic, Asialyst...) et magazines (So Films, L'Ecran Fantastique...) et a écrit le livre Police Vs Syndicats du Crime
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