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Lo Ting, créature mythologique de Hong Kong

Par Claudia Delgado | Publié le 19/08/2021 à 15:00 | Mis à jour le 20/08/2021 à 10:47
Photo : utilisée avec l'autorisation de Ant Ngai Wing Lam
Le Lo Ting de Hong Kong

Il a les yeux globuleux, sa peau miroite sur l’eau en reflétant des lueurs bleuâtres lorsqu’il s’affaire sur son bateau. Sa tête et son tronc sont ceux d’un poisson, ses bras et ses jambes sont ceux d’un homme, mais finissent en doigts et pieds palmés. Il s’appelle Lo Ting, mi-homme, mi- poisson, créature mythologique de Hong Kong.

Les "gens sur l'eau" à Hong Kong

L’histoire de Lo Ting se tisse et s’enchevêtre avec le récit des origines de Hong Kong, qui a son tour, ne peut être dissocié des populations autochtones.

Au commencement, il y avait quatre tribus principales : les Tankas, les Hoklos, Les Hakkas, et les Punti. Avec peu de documentation écrite sur Hong Kong avant la colonisation britannique, l’histoire des origines des anciens peuples est incertaine, mais ceci est indiscutable : les Tankas ont vécu près des côtes (chinoises et hongkongaises) depuis des temps immémoriaux en se dénommant : seui seung yan, ou « les gens sur l’eau ».

 

Sea Gypsies à Hong Kong
photo@Wikimedia Commons

 

Lo Ting, ancêtre des Tanka de Hong Kong

Selon la légende, Lo Ting n’est autre que l’ancêtre du peuple Tanka ou du « peuple des bateaux », ethnie du sud de la Chine et de Hong Kong.

Bien qu’une grande partie vive maintenant sur terre, de nombreuses générations ont grandi dans des villages flottants tout en préservant un style de vie traditionnel. Certains vivent encore sur leurs bateaux et subsistent grâce à la pêche, d’où leur sobriquet « gitans de mer ».

 

Lo Ting, mi homme mi poisson à Hong Kong
photo@Maritime Museum

 

Lo Ting, bien avant Hong Kong

La première mention connue de Lo Ting, qui remonte à la dynastie Tang (618–907), a été écrite par un fonctionnaire affecté aux régions du sud de la Chine à la fin du IXe siècle. Voici ce qu’il en dit : «Lo Ting, qui a fui vers les îles et y vit de manière sauvage, mange des moules et utilise des coquilles pour construire des murs».

Vers le XVe siècle, sous la dynastie Ming, les répertoires historiques locaux se mettent à lister (très sommairement) les Lo Tings comme les représentants d’une espèce amphibie.

Qu Dajun, poète et érudit né en 1630, les décrit sous la catégorie de « choses avec écailles » dans son livre New Discourse on Guangdong, une compilation qui mêlait aisément l’observation scientifique et historique avec des descriptions surnaturelles des êtres mythiques.

 

Une famille d'hommes poisson à Hong Kong
Image utilisée avec l'autorisation de Ant Ngai Wing Lam

 

Naissance d’un mythe à Hong Kong

Le destin des Tankas et des Lo Tings s’entremêle pour que l’on ne puisse pas en remonter le fil.  Voici ce que dit Qu Dajun dans son récit : « ayant échoué à vaincre la dynastie Jin, ils ont dû fuir loin de la capitale pour débarquer à Lantau et y vivre en tribu. Afin de se mettre hors de portée des autorités impériales, les Lo Tings ont dû vivre dans un entre-deux : à moitié dans l’eau, à moitié sur terre ». Cette fuite cristallise en mythe un fait réel : Lo Ting serait le symbole du General Lu Xun, un militaire qui mena une rébellion contre la dynastie des Jin. Lorsqu’il est vaincu, il fuit vers le Sud pour y devenir un paria. Le vrai laisse la place au mythe, voilà comment une légende est née.

Sa métamorphose d’humain en créature mythique, va de pair avec le fait d’être banni et ostracisé parles siens et par la société. Puisqu’il est hors de l’état et de la norme, il perd sa condition d’humain.

 

sculpteur représentant une tête de poisson à Hong Kong
Travail de conservation de Lo Ting par Jimmy Keung

 

Lo Ting dans le monde des arts de Hong Kong

Nombreux sont ceux qui se sont approprié le mythe de Lo Ting pour le recréer dans les arts. Tel est le cas de l’artiste Jimmy Keung, dont sa représentation de Lo Ting a été exposée au musée maritime pour aborder le lien étroit entre Hong Kong et la mer.

Cette légende a été jouée au théâtre par la troupe Horizon et peinte par l’artiste hongkongaise Ant Ngai Wing-lam qui pendant le French May a participé à l’exposition « Chinese Surrealism ». Elle nous livre un aperçu de son univers artistique: « Comme bon nombre d’enfants hongkongais, mes animaux de compagnie étaient des poissons. Ils deviennent nos amis et je les peins comme si je peignais des copains. Ce qui m’inspire également, ce sont les paysages et les scènes urbaines lors de mes longs trajets quotidiens. Pour moi, la légende de Lo Ting cherche à représenter les populations riveraines, et dans mes œuvres, je cherche à représenter mes hommes-poisson. Je les considère comme des Hongkongais qui sont parmi nous dans la ville ».

 

deux hommes poissons
Image utilisée avec l'autorisation de Ant Ngai Wing Lam

 

Un peuple associé aux villages flottants de Hong Kong

Ayant un mode de vie si différent des trois autres ethnies de Hong Kong, les Tankas forment un peuple relativement indépendant et continuent d’observer de nombreuses coutumes distinctes. À travers les âges, cette distinction les a isolés et a été motif à discrimination. Puisque nombreux sont les mythes autour du Lo Ting, il en va de même pour le peuple Tanka – on disait qu’ils étaient capables de survivre sous l’eau pendant des jours sans remonter à la surface ou qu’ils étaient issus d’un croisement entre homme et serpent de mer – histoire de les diaboliser.

Avant que les Tankas de Tai O ne construisent leurs maisons sur pilotis, ils vivaient sur des bateaux en bois et passaient leur journée en mer. Menacés par les typhons, de plus en plus de membres de cette communauté ont décidé de bâtir une maison sur le rivage.

 

 

Le peuple Tanka avec son histoire et ses légendes nous rappelle qu’il y a moins de 200 ans (1830), cette jungle de béton et de gratte-ciels étincelants n’était rien d’autre qu’un amas de paisibles villages de pêcheurs.

 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

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