« La vie à Hong Kong est stressante, pour les sourds. »

Par Karine Yoakim Pasquier | Publié le 20/01/2022 à 14:00 | Mis à jour le 20/01/2022 à 14:00
Photo : Un atelier organisé par Silence - Photo@Karine Yoakim Pasquier
Organisation silence sourds hong kong

C’est à Fanling, au rez-de-chaussée d’un bloc d’immeubles, que je pars à la rencontre de l’organisation Silence et de ses bénéficiaires. Dédiée aux personnes sourdes et malentendantes, Silence se veut un refuge et un soutien, pour cette communauté trop souvent laissée pour compte. Lepetitjournal.com vous dresse le portrait de cet organisme au cœur sur la main.

À Fanling, au sein des locaux de l’organisation Silence, son fondateur Tsan Siu m’accueille avec gentillesse et me présente son projet avec passion : « Avant d’être retraité, je travaillais pour le gouvernement. À côté de mon emploi, j’avais envie de faire quelque chose qui avait du sens. J’ai donc commencé à m’engager pour diverses associations. Après mon travail, j’allais dans différents centres afin d’accompagner des personnes atteintes de handicaps. »

« Tout est compliqué lorsqu’on est malentendant… »

Au gré de ses activités associatives, Tsan Siu découvre un univers qu’il ne connait pas et se familiarise à la fois avec le monde associatif et avec la communauté handicapée de Hong Kong, trop souvent laissée pour compte. Pendant plusieurs années, il donne de son temps : « Ce que j’appréciais le plus, c’était de comprendre comment ces gens voyaient le monde. J’ai alors découvert une association dédiée aux sourds et je me suis rendu compte que j’ignorais tout d’eux : comment pouvaient-ils vivre leur vie, comment pouvaient-ils communiquer… »

Tsan Siu apprend dès lors la langue des signes, bien décidé à en savoir plus. Il rencontre progressivement de nombreuses personnes malentendantes qui lui confient leurs difficultés au quotidien. « Tout est compliqué, lorsqu’on est malentendant. Trouver un emploi, aller chez le médecin, faire des démarches administratives, rien n’est fait pour leur faciliter la vie. Peu à peu, j’ai commencé à les accompagner pour ces diverses démarches. »

 

organisme silence hong kong
Tsan Siu, le fondateur de l'organisation Silence - Photo@Karine Yoakim Pasquier

 

Le bouche-à-oreille fait son office et Tsan Siu est de plus en plus sollicité. Mais son initiative est individuelle et il peine à tout gérer. Pour simplifier toutes ces démarches et pour pouvoir aider plus de monde, il crée alors l’organisation Silence, en 2008.  

« La surdité est un handicap invisible. »

Hong Kong recense cinq associations dédiées aux personnes sourdes ou malentendantes. Silence à plusieurs objectifs tels que la promotion de la langue des signes, l’assistance à l’emploi, le soutien légal et l’éducation. En parallèle, l’organisation a la particularité d’accompagner les sourds dans toutes les situations de la vie quotidienne. Des démarches administratives aux entretiens d’embauche, en passant par le conseil familial, l’organisation se veut un appui pour les sourds au quotidien.

« J’ai décidé de me dédier aux sourds, car c’est un handicap invisible. Dans la rue, on ne verra pas qu’ils sont en détresse, on ne les aidera pas naturellement et c’est compliqué pour eux de demander de l’aide. »

La principale difficulté des personnes malentendantes est la solitude, me confie-t-il. « Ils ne peuvent pas s’exprimer et ont donc une vie très solitaire. Lorsqu’ils tentent de communiquer, le premier réflexe est de croire qu’ils ont un problème mental. Ils peuvent finir en prison ou à l’hôpital psychiatrique simplement, car ils n’arrivent pas à s’exprimer. Et ils ne sont pas accompagnés comme il faut… »

« Ce qui est le plus compliqué, c’est l’éducation — me confie Tsan Siu. Toutes les difficultés qu’ils rencontreront y seront liées. À l’école, les sourds sont laissés de côté. Il n’y a pas d’aménagements spécifiques qui leur sont proposés et leurs parents ne peuvent souvent pas les aider. Ils prendront alors du retard qui sera éprouvant à rattraper. »

En effet, si la communication s’instaure naturellement entre les membres d’un foyer classique, lorsqu’un enfant est sourd, les parents doivent alors totalement revoir leur manière de communiquer.

 

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Photo@Silence Hong Kong

 

« La vie à Hong Kong est stressante, pour les sourds. »

Au sein d’un atelier, où plusieurs femmes fabriquent des fleurs en tissu, dans un brouhaha surprenant, je m’entretiens avec plusieurs membres de l’organisation.

« Pour les sourds, la vie à Hong Kong est stressante, me dit Ying. Lorsque j’ai besoin d’aller dans un endroit que je ne connais pas, je dois me préparer, demander des conseils en amont, car je ne pourrai pas accoster des passants pour leur demander mon chemin, par exemple. Peu de monde apprend la langue des signes et il est dès lors difficile de communiquer avec d’autres personnes. Si celles-ci sont ouvertes, elles accepteront de discuter avec moi par écrit. Cela aide souvent… »

 

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L'interprète de Silence lors d'un atelier de création de fleurs - Photo@Karine Yoakim Pasquier

 

Ling, de son côté, est bénévole et malentendante. Devenue sourde à l’âge d’un an et demi, après un traitement pour la fièvre qui a endommagé son système nerveux, la femme travaille pour Silence depuis déjà dix ans. « Une fois à la retraite, j’ai commencé à m’ennuyer à la maison. Il y a peu d’activités amusantes pour les sourds. J’ai alors connu l’organisation. Je voulais avoir la possibilité de m’ouvrir à d’autres activités, découvrir le monde. Grâce à Silence, je peux interagir avec d’autres entendants et malentendants et j’aime ça. Le fait d’avoir des interprètes, c’est génial. J’ai aussi pu apprendre à utiliser un ordinateur, à faire du jardinage et à explorer. »

Georgia quant à elle est entendante. Curieuse, elle a rejoint le cours de langue des signes proposés par l’organisation : « Je ne suis pas malentendante, mais j’ai rejoint le cours par curiosité. Je ne connaissais aucun sourd et j’ai découvert tout un monde. Le professeur était très patient et m’a permis de communiquer rapidement. Ça m’a permis d’en savoir plus, de me faire de nouveaux amis. »

Quand je leur demande ce qui pourrait les aider, toutes me répondent : « De l’attention. »

Et le Covid n’a rien arrangé. « Aujourd’hui, un challenge supplémentaire est le masque. Le masque a rendu toute interaction plus éprouvante, car on ne peut plus lire sur les lèvres. C’est pourquoi il faut toujours être gentil et bienveillants avec les inconnus que l’on rencontre. On ne sait pas ce qu’ils traversent, ni quelles sont leurs difficultés. », me dit Tsan Siu pour conclure. 

 

Le 12 février prochain, l’organisation coordonnera une grande collecte partout dans Hong Kong. Pour les soutenir, cliquez ici ou rendez-vous sur leur site web : http://www.silence.org.hk/

 

 

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Karine Yoakim-Pasquier

Karine Yoakim Pasquier

Karine est Suisse francophone vivant depuis 2018 à Hong Kong. Elle tient un blog intitulé hotfonduepot.com, travaille dans une école et vient de terminer ses deux premiers romans.
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Didier Pujol

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