Lundi 8 mars 2021
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JJ Wu Chang: "trouver l'âme sœur à Hong Kong"

Par Claudia Delgado | Publié le 20/01/2021 à 13:45 | Mis à jour le 20/01/2021 à 16:03
Photo : photo@pixabay
matchmaker Hong Kong

L’entremetteur ou marieur, connu aussi sous le nom de matchmaker, est un métier qui renvoie à une époque révolue, Lepeitjournal.com est allé à la rencontre de JJ Wu Chang, marieur des temps modernes, pour qu’il nous parle de son activité.

Il arrive au rendez-vous un café à la main, tout de noir vêtu y compris son masque et ses lunettes rondes. Il a un débit rapide et vif, saupoudré de quelques mots en espagnol, qui témoignent de ses racines péruviennes. On entre dans le vif du sujet pour découvrir son métier un peu particulier.  

"Matchmaker" à Hong Kong

Comment es-tu devenu "matchmaker"?  

Je suis diplômé de l’université de Boston en marketing, j’aimais beaucoup le côté créatif mais à Hong Kong c’est très mal payé car peu apprécié. J’ai travaillé dans une compagnie de publicité mais je n’y trouvais pas ma place. J’ai l’impression qu’à Hong Kong en dehors des banalités de tous les jours, personne ne prend le temps d’avoir de vraies conversations, alors j’ai commencé à prendre le temps de le faire. J’aimais parler des relations et je me suis dit que je pouvais en faire un métier, même si je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire. Il n’y a pas vraiment de chemin tracé pour devenir matchmaker, il faut y aller à tâtons. Je me suis plongé dans des bouquins et j’ai passé énormément de temps à parler aux gens pour connaître toutes sortes d’histoires, finalement j’ai eu une certification en tant que matchmaker (à New York).

Quels sont les défis pour trouver quelqu’un à Hong Kong ?

Les gens à Hong Kong sont conservateurs dans leur façon de penser : ils ne prennent pas beaucoup de risques, par exemple pour un premier rendez-vous ils ne veulent pas faire quelque chose qui sort des standards car il y a toujours cette crainte d’en faire trop. J’essaie de dire aux gens qu’il n’y a pas de manuel à suivre, il faut être prêt à sortir de sa zone de confort et à essayer de nouvelles choses.

matchmaker Hong Kong
JJ Wu Chang au travail (Photo Courtesy of JJ Wu Chang) 

Démystifier le métier de matchmaker

Aller voir un matchmaker est encore tabou à Hong Kong ?

Il y a encore pour certaines personnes à Hong Kong, une honte à avouer qu’ils se sont tournés vers un matchmaker, surtout liée à la méconnaissance du métier. On a tous cette image de l’entremetteuse d’antan comme dans le film Mulan mais bien sûr, ce n’est pas du tout cela, il faut démystifier ce que l’on fait.

A quoi faut-il s’attendre lorsqu’on demande tes services ?

Il y a une première consultation d’une heure ou deux pour connaître leurs attentes et pour expliquer ce que je fais et comment je peux les aider. Mon rôle c’est d’écouter les gens, leurs histoires, leurs parcours, leurs besoins et envies sans les mettre dans des cases, chaque personne est différente. Il ne s’agit pas de rassembler tous les célibataires mais plutôt d’aider les gens à savoir ce qu’ils veulent dans une relation et de quoi ils ont besoin. Je dis aussi la vérité sans ambages et parfois je dois refuser les clients qui ne veulent pas mettre du leur, car dans une rencontre je me porte garant pour les deux personnes. Je m’adapte à chaque client et je personnalise mon offre selon ses besoins.

matchmaker Hong Kong
photo@pixabay

Gérer son "bagage émotionnel"

Qu’est-ce que tu aimes le plus et le moins dans ton métier de matchmaker?

Bizarrement la partie "entremetteur" à proprement parler est la moins sympa, ce que j’aime c’est apprendre à connaître les gens, savoir d’où ils viennent et où ils veulent aller. J’aime la jouer franc-jeu et je dois parfois revoir leurs expectatives à la baisse, on ne peut pas tout avoir et je ne peux pas sortir les candidats de mon chapeau. On fait un bout de chemin ensemble : il n’y a pas de raccourci lorsqu’il s’agit de gérer le "bagage émotionnel". Dit comme ça on dirait un coach de vie, ce n’est pas mon but mais j’aime bien aider les gens à mieux comprendre leurs expectatives dans une relation.   

Qui sont tes clients ?

Mes clients doivent être ouverts d’esprit et la plupart d’entre eux ont vécu ou étudié à l’étranger et parlent plus d’une langue : ça aide avec les barrières culturelles et à se dire que le monde est plus grand que Hong Kong. La plupart des gens qui viennent me voir ont été tellement focalisés sur le travail qu’ils n’ont pas pris le temps de sortir et de faire des rencontres.

Une anecdote à partager ?

Au tout début, j’ai eu une cliente qui est venue me voir avec sa mère, à l’époque je n’avais pas beaucoup d’expérience et n’avais rien dit mais j’ai réalisé très vite que ça allait être impossible. J’avais fait énormément d’efforts pour faire plaisir à la fille tout en tenant compte des restrictions de sa mère et ça a été très dur. Un autre client m’a décrit sa femme idéale, pour se rendre compte plus tard que c’était l’idéal de sa famille et pas le sien, voilà l’importance de connaître ses propres envies et besoins.     

matchmaker Hong Kong
photo@pexels-fotografierende

Etre à l’écoute

Qu’est que tu considères comme un succès ?

Lorsqu’un client se rend compte de ce qu’il veut vraiment. Il ne s’agit pas de changer d’avis ou de personnalité, mais d’être sincère avec soi-même et de lui donner l’expérience nécessaire pour avoir de la confiance en soi, pour moi c’est ça le succès.  

Qu’est-ce qui te différencie d’autres matchmakers ?

Beaucoup de matchmakers agissent comme des spéculateurs, ils proposent 10 rendez-vous à un prix très bas car ils vont juste puiser dans leur base de données et ça ne me parait pas très sensé. Évidemment, ma façon de faire est plus lente, je dois sortir et aller à la rencontre des gens et me faire un réseau, pour cela je suis "M. Pas de honte", j’y vais au culot et je me fais inviter un peu partout juste pour faire des rencontres. Je ne fais rien en ligne car j’ai besoin de voir les gens et d’avoir une vraie discussion. Pour moi il est aussi vital de sauvegarder l’intimité de mes clients et d’être sensible à chaque parcours sans jugement.

Un conseil pour ceux qui cherchent quelqu’un et envisagent d’aller voir un matchmaker?

Pour faire des rencontres, je dis aux gens : il y a beaucoup d’applis et il faut se jeter à l’eau, mais essayez d’être plus créatifs dans vos profils, il y a des tonnes de descriptions qui se cantonnent à : "j’adore la nourriture et les voyages" tu m’étonnes !  Tu as aussi deux bras et deux jambes ? Écrivez plutôt un truc drôle ou du moins quelque chose d’authentique. Une fois que vous avez épuisez vos options, demandez de l’aide, si vous allez voir un matchmaker et qu’on veut vous faire signer un package tout de suite, méfiez-vous, ou si cela semble trop beau pour être vrai, c’est surement le cas, voilà l’inconvénient de cette industrie, elle n’est pas règlementée. Avoir une relation est un besoin humain fondamental et il faut que ce choix soit vraiment réfléchi, donc faites vos recherches et prenez le temps de discuter, c’est essentiel.    

 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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