Dimanche 24 janvier 2021
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Season: "J'ai ouvert une pâtisserie par amour."

Par Karine Yoakim Pasquier | Publié le 22/11/2020 à 14:00 | Mis à jour le 22/11/2020 à 14:00
Photo : Season, à Cuba, avec un gâteau typique de la région, offert par son mari
pâtissière hong kong

Season est Hongkongaise. Travailleuse sociale de formation, elle décide de changer de carrière pour se lancer dans la pâtisserie, après avoir rencontré son mari, Michel, à Cuba. Portrait d'une jeune femme au parcours atypique.

C’est dans son atelier, à Kwai Fong que je retrouve Season. La jeune femme, un grand sourire aux lèvres, m’accueille chaleureusement et me confie sa vie, tout en préparant une commande destinée à un petit garçon qui fêtera son anniversaire prochainement.

Voici le portrait d’une jeune femme passionnée de voyages et de cuisine, qui a fait le choix de tout oser pour l’amour de son mari.

A la découverte de l’Amérique du Sud et Centrale

Season est une travailleuse sociale hongkongaise. En 2010, elle décide de s’offrir une année sabbatique et quitte son emploi, sa famille et ses amis pour aller découvrir l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale, sac au dos. La jeune femme atterrit à Mexico, où elle débute un périple qui lui fera découvrir une vingtaine de pays: "J’ai adoré la Bolivie à cause des paysages. J’ai aussi aimé la Colombie car les Colombiens sont très beaux. J’ai aimé la majorité des pays sud-américains, c’est si différent de Hong Kong!"

 

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Season, pendant son voyage en Amérique du Sud - Photo personnelle

 

Après avoir visité plusieurs lieux, elle débarque à Cuba. Elle arpente le pays, finit un soir dans la petite ville de Vinales où elle se rend dans un pub, et se fait inviter à danser par un homme. La rencontre est décisive: cette Hongkongaise en voyage vient de faire la connaissance de son futur mari, Michel. "Au premier coup d’œil, j’ai cru qu’il était très âgé, dit-elle en riant. Mais il n’avait que 30 ans."

Season reste ensuite quelques jours sur place avant de repartir. Michel et elle entament alors une correspondance, qui est parfois entravée face à la lenteur des services Internet: "Michel n’avait pas accès au Wifi. Il se rendait dans un cybercafé toute les deux semaines pour m’écrire un e-mail." Au bout d’un mois, alors qu’elle est au Guatemala, elle décide de revenir à Cuba pour le revoir: "Nous sommes restés deux mois ensemble. Puis, je suis repartie voyager. Après six mois, je suis à nouveau revenue pour un peu plus longtemps. Et nous nous sommes mariés."

 

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Season et son mari, Michel, le jour de leur mariage - Photo personnelle

 

Après le mariage, en 2012, Season et Michel décident alors de rentrer à Hong Kong…

Arriver à Hong Kong depuis Cuba

"L’arrivée à Hong Kong a été un choc pour mon mari. Hong Kong était à l’opposé total de tout ce qu’il avait connu auparavant… La première fois qu’il a pris le métro, il a eu peur de prendre les escaliers roulants. A Cuba, il y a peut-être des escalators à la Havane, mais ce n’est vraiment pas quelque chose de courant."

Mais le couple se heurte à d’autres difficultés. Si Michel et elle parlent espagnol ensemble, le jeune homme ne connaît rien à l’anglais et communiquer avec d’autres personnes est un défi. "Quand nous sommes rentrés, Michel savait juste compter en anglais. C’était difficile. Mais il s’est alors fait quelques amis cubains, ce qui a aidé à son intégration. Aujourd’hui, ils sont comme frères!"

Mais la barrière de la langue reste un problème, notamment pour la recherche d’emploi de Michel. Season réfléchit avant de trouver une solution: elle va ouvrir une pâtisserie! Avec Michel, ils pourront alors la gérer ensemble.

Ouvrir une pâtisserie par amour

"La pâtisserie, c’est une idée qui m’est venue naturellement. J’adore cuisiner, faire des gâteaux, des desserts. Je me suis dit qu’il fallait se lancer. J’ai commencé sur mon temps libre à côté de mon travail. Puis, au fil des ans, de la pratique et des ventes augmentant, j’ai décidé de me lancer à temps plein. C’était difficile d’allier les deux activités. C’était trop fatigant et ce n’était pas bon ni pour mon mari ni pour moi."

 

Pâtissière hong kong
Season en train de décorer un gâteau pour un anniversaire - Photo personnelle

 

Season cuisine depuis son plus jeune âge: "J’ai commencé à faire mes premiers gâteaux quand j’avais 7 ans environ. Quand j’ai su lire, je découpais les recettes qu’on trouvait dans les magazines et les journaux pour les faire. Ma maman ne me laissait pas entrer dans la cuisine car elle savait que j’allais y mettre le bazar. Dès qu’elle quittait la maison, j’allais faire des gâteaux en douce. Mais à chaque fois qu’elle rentrait, même si j’avais tout nettoyé, elle s’en rendait compte à cause de l’odeur du beurre dans la maison."

Au sein de leur petite entreprise, Season s’occupe de la cuisine et Michel s’occupe de gérer les livraisons et les payements. "Mon mari a tout quitté pour moi: sa famille, ses amis, son pays, tout ce qu’il connaissait. C’est donc normal que je l’aide et que je participe également à son épanouissement ici. J’ai lancé ce business par amour, mais aussi pour notre épanouissement en tant que couple. Lorsque son conjoint a des difficultés à trouver un travail, c’est toute la famille qui en pâtit. Grâce à mon entreprise, nous avons tous les deux du travail et on se sent bien, on est heureux!"

Les clés des gâteaux

La pâtisserie de Season s’appelle la Llaves de Pastel, ce qui signifie en espagnol les clés du gâteaux.

Quand je demande à Season les raisons de ce nom, ses yeux pétillent: "Mon mari est un gourmand. En arrivant à Hong Kong, il a tout de suite aimé goûter les nouvelles spécialités culinaires qu’il pouvait découvrir ici. Il me disait donc parfois, dans un anglais balbutiant: I want to eat a key (j’aimerais manger une clé…). Je ne comprenais pas pourquoi il voulait manger les clés… puis, j’ai réalisé que le  mot cake, dit avec l’accent cubain, ressemble au mot key, en anglais. Lorsqu’on s’est finalement compris, on a ri… et ça a donné le nom de notre entreprise!"

Une pâtisserie sur mesure

Cheffe autodidacte, Season a alors appris le métier en pratiquant. "Lorsque j’ai ouvert la pâtisserie, je voulais faire quelque chose de différent, que j’aimais!"

En effet, être pâtissière à Hong Kong, cela fait rêver: "La pâtisserie, c’est un métier qui impressionne beaucoup les gens. Ils considèrent ça comme un travail joyeux, passionné. Les gens te voient donc comme quelqu’un d’épanoui."

Chaque jour, Season reçoit les commandes à faire via les réseaux sociaux. Elle réfléchit alors comment les satisfaire au mieux: "C’est un travail personnalisé et je discute longtemps avec les clients afin de savoir quelles sont leurs attentes."

 

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Les gâteaux originaux de Season - Photo@Instagram/las.llaves.del.pastel

 

Spécialisée dans les gâteaux imitant des effigies de dessin-animés, Season cherche son inspiration dans la vie de tous les jours. "J’adore aller me promener dans les magasins de jouets pour jeter un œil et les idées me viennent. Je m’inspire beaucoup des personnages et des jouets pour enfants." Mais les clients ont parfois des demandes précises: un thème, un personnage, une image. Season les interprète alors à sa manière: "Je fais tout de A à Z: du design à la couleur, au gâteau… ils savent donc qu’avec moi, ils auront un produit final unique."

Une clientèle majoritairement hongkongaise

Season me confie en riant que depuis le lancement de son activité, elle n’a eu qu’un seul client étranger: "Mes clients sont tous hongkongais, à 99%. Ils me commandent essentiellement des gâteaux pour leurs enfants, parfois pour leur partenaire, ou pour un collègue. Je ne fais pas de commandes exceptionnelles pour de grandes occasions, comme des mariages. Moi, je suis spécialisée dans les petits moments joyeux du quotidien, pas pour les événements avec des centaines de personnes."

Les demandes que reçoit le plus souvent Season sont des personnages de dessin-animés, ou qu’on trouve sur Internet. "En ce moment, les commandes les plus courantes sont les Sumiko Gurashi, ce petit anime japonais. Sinon, en ce moment, le trend, c’est Bobby Hill, de la série américaine Les rois du Texas. Mais mes demandes sont variées: de Pokémon, à Totoro, en passant par Mario Bros ou des thèmes sur des animaux. Je peux tout faire…"

 

 

"Les Hongkongais n’aiment pas les recettes trop sucrées."

Pendant son voyage en Amérique du Sud, Season a bien évidemment découvert et appris de nouvelles recettes, même si elle m’avoue en riant ne pas tellement apprécier les desserts sud-américains: "Les gâteaux sud-américains sont extrêmement sucrés. Ils mettent beaucoup de lait condensé, de sucre, de caramel dans leurs recettes, comme par exemple, dans le Flan de leche, que j’ai découvert à Cuba. Mais, je crois que le pire c’est le Arroz con Leche (ou le pudding de riz à la mexicaine). Pour moi c’est vraiment étrange de manger du riz en dessert. Je mange du riz tous les jours… mais sucré, quelle drôle d’idée!"

A Hong-Kong, Season s’adapte donc à la clientèle: "Les clients hongkongais n’aiment pas beaucoup les recettes étrangères car ils les trouvent trop sucrées. À Hong Kong, ce type de goût ne passe pas. Je fais donc des cakes au beurre, des recettes plus légères pour satisfaire ma clientèle."

Aujourd’hui, le commerce de Season se porte bien, malgré la Covid, et elle espère pouvoir égayer d’autres anniversaires et petits moments du quotidien, aux côtés de son mari Michel.

 

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Karine Yoakim-Pasquier

Karine Yoakim Pasquier

Karine est Suisse francophone vivant depuis peu à Hong Kong. Elle tient un blog intitulé hotfonduepot.com, enseigne le français, vient de terminer son premier roman et met bien volontiers son talent au service du Petit Journal
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