La jeune fille du bateau de fleurs

Par Didier Pujol | Publié le 07/09/2022 à 15:06 | Mis à jour le 08/09/2022 à 05:42
la reine des pirates, une héroîne des mers en Chine

Connaissez-vous Zheng Yi Sao (Cheng Yat Sou en cantonais), la reine des pirates chinois? Elle a vécu de 1775 à 1844 et terrorisa les mers de Chine au début du XIXème siècle, commandant à plus de 300 jonques et entre 20 000 et 40 000 pirates. Durant sa carrière de pirate, elle entra en conflit avec plusieurs nations comme l'Empire britannique, l'Empire portugais et la dynastie Qing.

 

Connu surtout pour ses dessins sarcastiques sur la vie à Hong Kong « Lily Wong », publiés dans le South China Morning Post jusqu’à la Rétrocession, Larry Feign est un auteur éclectique, à l’origine de 30 ouvrages, d’articles sur la navigation, de livres pour enfants ou encore de programmes télévisés. Son dernier roman, « La fille du bateau de fleurs » sorti en 2021, vient de faire l’objet de la publication en format livre audio. Nous avons tenu à l’interviewer à cette occasion.

 

« J’ai toujours voulu écrire des romans historiques »

On vous connait pour les dessins sarcastiques mais moins pour les romans. Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ?

En fait, j’ai toujours voulu me consacrer aux romans historiques, et ce depuis mes études. Le hasard a fait qu’en arrivant à Hong Kong, j’ai trouvé cet emploi mais ce n’est pas mon premier centre d’intérêt, Ce que j’aime avant tout, c’est raconter des histoires. Cet ouvrage m’a pris 13 ans entre les premières recherches et la version actuelle. Il a fallu rassembler les récits, vérifier les sources, et surtout remplir les espaces et répondre aux questions non traitées par les historiens proprement dits. Ainsi Robert Anthony, un expert de la piraterie en mer de Chine, m’a aidé mais j’ai voulu aller au-delà des faits avérés pour dérouler une histoire complète et plausible.

Ce livre met en scène un caractère d’exception, une femme issue de la pauvreté et qui se hisse au plus haut niveau de pouvoir. Pourquoi ce choix ?

C’est une histoire étrange. Au début, c’est une ballade populaire qui a attiré mon attention, parlant d’une femme qui s’était dressée contre trois empires. Tout est parti de là. J’ai rapidement compris que les traditions orales et les récits se contredisaient. Certains parlent d’une jeune fille kidnappée, d’autre d’une femme ambitieuse… mais qui était vraiment Yang, le vrai nom de Zheng Yi Sao (femme de Zheng Yi) ? J’ai voulu dénouer l’écheveau et comprendre ce qui a poussé cette jeune femme sur ce parcours inhabituel. En ce sens, au-delà des dates et des aspects purement académiques, j’ai eu recours aux talents de psychologue de mon épouse pour tenter de rendre plausible l’ensemble du récit. En effet, il y a des trous inévitables dans les études purement historiques et surtout aucune information sur le caractère de cette femme extraordinaire.

 

« L’histoire ne nous dit pas tout. Il est intéressant de comprendre les motivations des personnages » 

Vous décrivez un épisode où la jeune Yang, enlevée et forcée d’épouser le pirate Zheng Yi, assiste à un banquet en présence d’une femme générale Viet commandant des éléphants. Cet épisode est-il basé sur des faits réels ?

En effet, la première partie de la vie de Yang se situe pendant la guerre civile de 1801 qui s’est déroulée dans la partie Nord du Vietnam actuel. Selon moi, la rencontre avec cette femme de pouvoir, au milieu d’un monde d’hommes, a agi comme un déclic sur la jeune fille qui a réalisé, qu’elle pouvait elle aussi devenir maîtresse de son destin. Cette femme a effectivement existé et la rencontre entre Zheng Yi et les rebelles a eu lieu lors d’un banquet de célébration resté célèbre. Ce qui s’est passé dans la tête de la jeune fille qui a selon toute vraisemblance pris part à la rencontre relève par contre de mon imagination d’écrivain mais correspond au comportement qu’aurait pu avoir Zheng Yi Sao, au vu du changement de son statut dans la période qui a suivi.

Pourquoi selon vous, vos lecteurs ont tellement apprécié la version écrite de votre roman ?

Les lecteurs m’ont en effet fait d’excellents retours et le livre s’est très bien venu. La raison en est apparemment que la force qui pousse cette jeune fille, partie du plus bas de l’échelle sociale de l’époque, puisque ses parents l’ont vendu à un bateau de plaisirs avant son rapt par les pirates, est très inspirante pour tout un chacun qui souhaiterait dépasser sa condition, changer de vie, grâce à sa volonté. Ce message est universel. Il parle en plus aux femmes qui sont sensibles au combat mené par Yang pour conquérir le pouvoir. C’est enfin un merveilleux récit qui nous transporte dans un monde coloré et pittoresque, disparu aujourd’hui mais dont les traces sont encore visibles, notamment à Hong Kong où l’amant et associé de Zheng Yi Sao, Cheung Po Tsai, a sévi.

 

« Incarnation féminine du parrain, Zheng Yi Sao est un caractère unique »

Comment définiriez-vous votre héroïne ? Est-elle réellement la « reine des pirates » comme on l’a appelée, ou bien ne faisait-elle que tirer les ficelles ?

Les deux sont vrais. La légende populaire en a fait une reine, eut égard au pouvoir qu’elle a pris à la mort de son mari en prenant la tête des cinq flottes qui se querellaient pour sa succession, donnant naissance à la « confédération des drapeaux colorés » et plus tard au premier code de la piraterie. Pourtant, elle n’a jamais été seule, agissant d’abord dans le cadre d’un triangle amoureux avec Zheng Yi et son fils adoptif Cheung Po Tsai, puis en association avec ce dernier qui était le bras armé de la confédération, elle se changeant de la logistique et des négociations. Dans la terminologie moderne des gangs mafieux, elle serait plus pour moi l’équivalent féminin d’un parrain.

Prévoyez-vous d’autres romains historiques ?

Je suis actuellement sur la suite de cette histoire, ce volet s’arrêtant à la mort de son mari. Zheng Yi Sao a vécu jusqu’à l’âge canonique de 70 ans et arrêté sa carrière en 1810, au sommet de sa gloire, lorsque le pirate Cheung Po Zhai est devenu commandant de la flotte de l’Empereur. Elle mourra de sa belle mort, ce qui est un exploit dans le monde des bandits mais chut… tout cela sera à découvrir dans la suite des aventures de Yang.

 

Pour commander ce livre audio en anglais, lu par Emily Woo Zeller sino-américaine d'origine cantonaise, veuillez cliquer ici

La version papier est disponible ici

 

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Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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