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Interview de Dany Laferrière: Du Petit-Goâve à la Coupole

Par Matthieu Motte | Publié le 20/03/2019 à 13:00 | Mis à jour le 25/03/2019 à 00:42
Photo : L'écrivain Dany Laferrière Photo @Consulat Général de Hong Kong et Macau
Dany Laferrière francophonie

Déjà immortel et pourtant mouvant dans l’instant présent, l‘écrivain haïtien et canadien a emporté l’auditoire de Hong-Kong University de sa passion pour la langue française, "infiltrée dans sa chair"

"Vous vous rendez compte de ce qu’a fait la bibliothèque du monde pour la mémoire des hommes? Où aurions-nous gardé tous ces souvenirs, toutes ces émotions si ce n’est dans les livres?". Mardi 12 mars, en une heure et des poussières d’étoiles, il a redonné à tous l’envie de prendre le temps. De quoi? De lire! Pourquoi? Pour mieux relire pardi! "Vous savez? Ces choses tangibles que nous appelons les livres!" 

Captivant; l’homme est charismatique et le lecteur obsessionnel qu’il est resté aime à partager. Tolstoi, Borges, Horace... Les références fusent à l’envi. "La plupart des écrivains sont morts mais ils obligent les vivants à se taire et à les écouter. Ainsi va la plus grande magie du monde". Subtil et fantasque, l’écrivain poète à la langue fleurie avait laissé son uniforme "sempervirent" d’académicien pour parler à bâtons rompus de son incroyable destinée. Rencontre exceptionnelle avec Dany Laferrière, précieux, qui se rendait pour la première fois à Hong-Kong et qui a pris de son temps pour répondre à nos questions et surtout à celle qui nous brûle les lèvres: pourquoi écrire et lire en Français quand on est Dany Laferrière?

"J’écris pour pouvoir me relire plus tard et savoir ce que j’ai été. Nous avançons en oubliant, c’est la seule façon que l’on a de survivre. Cette résilience est nécessaire sinon nous serions complètement abrutis par l'ombre de choses à garder en mémoire. Sans les livres et sans les bibliothèques, il serait impossible de se souvenir des mille nuances du froid, des mille nuances du bonheur... Tout cela fort heureusement se trouve solidement relié sur papier grâce aux 26 minuscules petites lettres de l’alphabet qui brillent dans la nuit de notre mémoire".

 

Dany Laferrère francophonie
Matthieu Motte, Bernard Nguyen consul du Canada à Canton, Dany Laferrière, Jean-Sébastien Attié executive director de l'Alliance Française Photo@Consulat Général de Hong Kong et Macau

 

Francophonie à l'honneur

"La langue c’est une des plus grandes passions humaines. Et la bataille pour le français c’est un combat qu’il faudra mener partout dans le monde, le français dans sa diversité, multicolore et animé. Vous n’imaginez pas a quel point les gens sont attachés à leur langue." s’exclame Dany Laferrière.

En rang d’oignons tous les consuls, c’est tout à l’honneur de la Francophonie! De Mme le consul belge à ses homologues canadien, suisse et grec en passant par notre représentant Alexandre Giorgini, tous les organisateurs du festival 2019 (avec l’Alliance Francaise) ont partagé leur amour de la langue française et démontré l’intérêt de sa présence dans le monde à travers une pastille vidéo. En un mot ("imaginaire", "démocratie", "nénuphar") comme en cent, ils ont communiqué l’impact et l’importance de la langue de Molière dans leur communauté. Une mosaïque de portraits et d’interventions réjouissantes en plein cœur d’une université Hong-Kongaise où le cantonnais et l’anglais trônent à chaque encoignure. Chauvin? Pensez-vous... Le meilleur et le plus jubilatoire restent à venir en la personne de l’académicien Dany Laferrière. Celui-ci s’empare du micro pour une leçon de conjugaison cocardière: "parfait du subjonctif, conditionnel passé oui d’accord mais imparfait... Ce n’est pas trop français..."

L’écrivain qui a écrit quelques trente livres a enchanté l’assemblée de ses bons mots et même de ses bons conseils aux écrivains en herbe: "J’ai réussi à beaucoup écrire à Miami... S’il y a bien un conseil que je peux donner à tout jeune écrivain c’est d’écrire dans une ville qu’on n’aime pas (rires). Parce qu’on a l’impression de ne pas avoir perdu grand chose en ne sortant pas. Là je suis en train d’écrire à Paris et c’est plus dur... Surtout au printemps. Il vaut mieux écrire dans un espace qui n’a pas d’adresse, c’est le gage de la liberté."

"Pourquoi lire?" ou le français tous azimuts 

De cette conférence enchanteresse, dont le verbatim serait trop long à consigner ici hélas, où l’auteur n’a eu de cesse de rappeler tantôt ce qu’on doit aux livres, tantôt ce que la puissance des mots peut accomplir, retenons cette anecdote qui a valeur de parabole: "Un jour j’étais en Haïti, un ancien m’alpague et me dit Monsieur Laferrière j’ai fait des études ici et je suis arrivé jusqu’en quatrième secondaire; vous avez écrit 18 livres. Je les ai tous lus! Il n’y a pas un seul subjonctif! (Rires) je lui ai expliqué que j’usais beaucoup du passé composé parce que j’écris beaucoup comme à l’oral mais il avait l’air déçu... Je quitte Haïti et j’arrive au Québec, je tombe dans un autre combat: c’est le collectif qui combat pour défendre son identité, sa survie avec le français. C’est extraordinaire alors qu’en Haïti la grande majorité qui parle créole, disait: le français est la langue du colonisateur, il faut débouter le français pour reprendre notre énergie vitale, notre culture. Et puis j’arrive au Québec où on me dit « ah non non pas du tout, c’est le français la langue de colonisés, ce sont les Anglais dont il faut de se défendre". Et puis j’arrive à Miami et les Américains me répondent que c’est l’espagnol ici qui domine, que c’est l’espagnol qui est majoritaire en Floride et qu’il faut défendre l’anglais... Ce n’est évidemment pas la faute de la langue, c’est la faute des humains." Et de conclure tout sourire: "Mes amis québécois ne cessent de me le rappeler, chaque semaine; mais dites-leur en France de ne pas laisser s’imposer l’anglais... je leur répond mais vous savez c’est parce qu’ils sont 65 millions... Ils sont tellement à l’aise qu’ils pensent que rien ne peut arriver à leur langue!"

Retrouvez l'interview complète sur le site de Mathieu Motte Sauvé par le Kong

et les livres de Dany Laferrière à la Librairie Parenthèses (ci-dessous)

 

Dany Laferrière francophonie
Dany Laferrière à la Librairie Parenthèse Photo @Marc Progin

 

Matthieu Motte

Matthieu Motte

Fondateur et rédacteur en chef du magazine Sauvés par le Kong qui offre un regard décalé et poétique sur Hong Kong. Ancien journaliste, chanteur, ce passionné de littérature prépare aussi les lycéens aux épreuves de Français avec Sauvés pour le Bac
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