Il suffit de prendre le Star Ferry un matin de semaine pour le comprendre. Entre les cargos au mouillage, les vedettes rapides et les quelques voiliers qui remontent vers Causeway Bay, Victoria Harbour n'est pas qu'un décor : c'est un plan d'eau vivant, intense et pour qui sait regarder, fascinant. Hong Kong compte 465 kilomètres de côtes, 263 îles dont beaucoup sont inhabitées et plus de 12 500 navires de plaisance immatriculés. Ce n'est pas rien pour une ville que l'on associe d'abord à la finance.


Un héritage britannique solidement arrimé
La culture nautique hongkongaise doit beaucoup aux Britanniques. Le Royal Hong Kong Yacht Club, fondé en 1849, en est l'emblème. Situé à Causeway Bay, accessible par un tunnel piéton depuis le World Trade Center, il propose voile, aviron, régates et une atmosphère chaleureuse que les expatriés découvrent souvent avec surprise. Pour 2025, le club s'est engagé dans l'Admiral's Cup, l'une des compétitions les plus mythiques de la voile internationale. Un signal fort d'une ville qui entend peser dans les grandes régates mondiales.
À l'est, du côté de Sai Kung, la magie opère différemment. Baies abritées, eaux claires, formations volcaniques, plages accessibles uniquement par bateau : c'est ici que les Hongkongais viennent naviguer le week-end. Stanley Beach, elle, est la destination des planches à voile, avec un vent stable de l'est ou du nord-est de septembre à avril et trois clubs proposant location et cours.
2018 et 2026 : deux moments qui ont changé le regard
Le premier grand signal avait été envoyé en 2018, quand la Volvo Ocean Race avait fait escale à Hong Kong pour la première fois de ses 44 ans d'histoire. L'arrivée en premier d'un voilier hongkongais, Team Sun Hung Kai/Scallywag, avait mis la ville en fête. Un paradoxe corrigé : Hong Kong était enfin reconnue pour ce qu'elle avait toujours été, un port.
En novembre 2026, le coup d'éclat a été encore plus grand. Hong Kong a accueilli le Dragon World Championship pour la première fois en 98 ans et pour la toute première fois en Asie. Plus de 90 yachts et 270 navigateurs venus de 22 nations ont convergé vers les eaux de Clear Water Bay. Les courses ont été retransmises sur le front de mer de Wan Chai. Ces bateaux dragons naviguent dans les eaux de Hong Kong depuis 1932 : organiser leur championnat mondial ici a quelque chose d'un retour aux sources.
Des défis réels, mais un élan certain
La principale contrainte du nautisme hongkongais reste la pénurie de places dans les marinas. Certains propriétaires attendent des années avant d'obtenir un emplacement dans les clubs les plus prisés. Les tarifs d'amarrage sont parmi les plus élevés d'Asie. Et la saison des typhons, de mai à septembre, impose une vigilance constante.
Mais l'élan est là. Les grands constructeurs français ont investi le marché : Beneteau et Jeanneau organisent désormais leurs propres régates locales, fédérant une communauté de propriétaires qui ne cesse de grandir. Sur le front de l'innovation, l'Université polytechnique de Hong Kong vient de signer un accord avec les chantiers Cheoy Lee, pour travailler ensemble sur la propulsion électrique et les matériaux écologiques. La métropole entend bien rester dans la course, y compris celle de la transition énergétique.
Alors certes, Hong Kong ne deviendra jamais la Méditerranée. Mais ses voiles rouges du Duk Ling, dernière jonque authentique de la ville, construite dans les années 1950 et toujours en navigation, disent mieux que n'importe quel chiffre ce que la mer représente ici : pas un décor, une identité.


















