Vendredi 30 octobre 2020
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Hervé Dagorne: "Le coaching sportif en confinement, ça marche!"

Par Claudia Delgado | Publié le 16/09/2020 à 14:55 | Mis à jour le 17/09/2020 à 10:01
Photo : à gauche, Hervé Dagorne
Civid sport coaching

Hervé Dagorne est l’entraineur français de l’équipe de cyclisme de Hong Kong. La situation vécue par le monde du sport impacte directement son travail, nous sommes allés à sa rencontre, pour en savoir plus, par écran interposé, pandémie oblige. 

Un entraineur face au Covid 

Quel est votre parcours ?

J’étais moi-même coureur cycliste, j’ai participé aux jeux olympiques dès l’âge de 17 ans et fait au total trois olympiades, à savoir 1984 à Los Angeles, 1988 à Séoul et 1992 à Barcelone. Avant la fin de ma carrière de coureur, j’ai continué mes études et je suis professeur des sciences du sport. J’ai entrainé l’équipe de France jusqu’aux jeux olympiques de 2012 à Londres. Je suis parti au Kazakhstan fin 2014 lorsqu’un athlète célèbre, un champion olympique, m’a demandé d’y aller. Après 4 ans on m’a proposé de venir à Hong Kong pour travailler à l’Institut du sport, un des cinq meilleurs du monde. Je suis arrivé en 2018 et j’attaque ma troisième année.

Parlez-nous de vos athlètes et de votre travail d’entraineur 

On peut comparer le cyclisme à l’athlétisme car il y a plusieurs disciplines, on a des coureurs de longue distance (200 km) et des sprinters qui font des entrainements complètement différents et on cohabite tous ensemble. Pour l’instant, notre situation est complètement figée à Hong Kong, on aurait pu voyager pour les compétitions mais cela nous imposait une quatorzaine en arrivant et en revenant, donc pas possible. On a dû repenser notre entrainement actuel et élaborer des stratégies, parce qu’on ne sait pas de quoi sera fait notre futur par rapport aux voyages. Il y a une grande incertitude pour l’année prochaine à Tokyo, si on n’a pas de vaccin je ne vois pas comment ils vont accueillir toutes les nations du monde lorsqu’on connaît la situation actuelle du Japon.

Covid et sport

Le Covid diffère les JO

Quelle est votre situation actuelle ? 

On est dans une période de quarantaine dans la quarantaine, c’est à dire, lock down complet dans l’Institut du sport à Sha Tin, mais nous avons de la chance par rapport aux autres sports car on a la possibilité d’aller à Tseung Kwan où se trouve le vélodrome de Hong Kong qui est fermé au public et nous est réservé. Sinon on va à Tai Mo Shan, dans la montagne pour pouvoir s’entrainer sur la route, en faisant attention de ne croiser personne. Puisque on ne sait pas à quelle situation on va devoir faire face on ne veut pas être surpris si on doit adapter nos entrainements.

Quel est votre état d'esprit après l'annonce du report des JO ? 

Je ne peux pas généraliser les réactions mais à titre d’exemple, on a Lee Wai-sze championne du monde 2019 du keirin et du sprint, donc une favorite du tournoi qui a 33 ans. Déjà après Rio (2016) elle envisageait d’arrêter et maintenant elle doit repousser encore d’un an et a dû se demander si elle se sentait capable de faire face à une année d’entrainement dur en étant la meilleure chance de médaille d’or. Pour d’autres c’est différent, ils sont jeunes, ça leur donne un an supplémentaire pour s’entrainer. Cela dépend de la situation de chacun.   

Covid et sport

Confinement sanitaire

Comment vivez-vous cette période de confinement ? 

On a 300 athlètes hébergés, plus le staff (150 personnes) dans un bâtiment de neuf étages, donc c’est comme un campus universitaire. Il y a une frontière entre les employés de l’administration et nous, avec des endroits utilisés seulement par les gens en lockdown. C’est assez strict, le staff de l’extérieur qui veut entrer dans cette zone doit passer deux tests et se mettre en quarantaine avant de venir ici. Les athlètes n’ont aucune obligation de rester, mais s’ils restent dans l’institut, ce qu’on recommande, ils doivent rigoureusement se plier aux règles. 

Comment vous adaptez vous à cette nouvelle situation ?  

On possédait déjà des outils pour pouvoir s’entrainer en intérieur, des bicyclettes qu’on peut adapter pour reproduire des efforts d’extérieur, mais maintenant on a multiplié par cinq leur utilisation. On a aussi adapté le parking pour nos entrainements, c’est plutôt petit pour les 200 km qu’on fait d’habitude. On a eu la chance de pouvoir continuer à utiliser les installations sportives alors qu’elles étaient fermées au public, ça nous a permis de nous adapter, sauf que cela dure et qu’on ne voit pas quand ça va se terminer. En temps normal, l’institut du sport est ouvert au public et on croisait tout le temps des gens, maintenant c’est très sécurisé. C’est lourd mais ce n’est pas non plus le bagne, on a une grande chambre et un service comme à l’hôtel. 

Covid et sport

Pouvez-vous me décrire une semaine "type" ? 

On a six jours sur sept de travail intense, notre premier entrainement commence à 8h30 avec de la gym ou de la musculation pendant 2 heures et demie, un repas à midi, et à 14h on part sur la piste pendant 3-4 heures, le lendemain on prend la route pendant 7 heures, on va par exemple à Tai Po road, on fait 11 tours ce qui équivaut à 200 km, et le lendemain on recommence avec 7 heures de vélo, et quand il fait chaud comme ça ce n’est pas simple. Parfois on va s’entrainer au vélodrome avec des efforts très intenses pendant 3 heures et on revient pour des séances vidéo d’analyse technique, et à la fin de la journée, récupération avec un massage. Dernièrement j’ai réussi à instaurer une journée de repos, mais certains cyclistes prennent quand même leur vélo ce jour-là, c’est dans leurs habitudes : travailler, travailler, travailler. 

Les objectifs de l'après-Covid

Quelles compétitions sont toujours d’actualité? 

Les deux seules dates qu’on envisage sont les jeux olympiques de Tokyo en juillet 2021 et les jeux de Chine qui se déroulent aussi tous les quatre ans, en l’occurrence, en octobre 2021. D’habitude la dernière année de préparation pour les jeux passe très vite avec des compétitions et qualifications qui s’enchainent, mais cette année nous paraît courte et longue à la fois car on n’est pas rythmé par les voyages habituels. C’est vrai qu’il est difficile de reproduire les niveaux d’intensité des compétitions. Voilà la complexité de la situation actuelle. 

Quelles inégalités créent les situations disparates de confinement entre les pays ?

Quand les athlètes voyaient que leurs collègues à l’étranger étaient obligés de s’entrainer dans leurs chambres tandis que nous pouvions sortir, ils étaient contents car on avait de l’avance sur eux, mais maintenant nous sommes toujours bloqués à Hong Kong tandis qu’il y a des épreuves internationales comme le Tour de France. Chaque région a une situation très différente avec ses propres mesures sanitaires, il suffit de voir qu’en Europe on n’est pas soumis à une quarantaine tandis qu’ici c’est pour ça qu’on ne peut pas voyager et l’entrainement ne remplace pas la compétition, c’est vrai qu’on n’est par sur un même pied d’égalité mais il faut s’adapter.

Covid et sport

Qu'est-ce qui est le plus dur pour vous et votre équipe?

De ne pas savoir ce qui va arriver et surtout d’être coupé de nos déplacements à l’étranger pour se confronter aux adversaires. Aussi d’être coupé de nos proches, un de mes collègues a fêté l’anniversaire de sa petite fille à travers les grillages, la plupart de l’équipe vient de Chine continentale et ils n’ont pas pu rentrer depuis un long moment. C’est difficile quand je parle aux gens qui continuent avec leur vie de tous les jours, tandis que j’entame mon cinquième mois enfermé, nous voyons ça de loin, et même si nous apprécions le fait de pouvoir être là en sécurité, ça commence à être long. C’est un moment très particulier, mais dans notre travail on a l’habitude d’être dans la rigueur. 

Je remercie Hervé, qui avec son témoignage nous a permis de nous immiscer, le temps d’une interview, dans le quotidien vertigineux de ces athlètes. A peine un aperçu grâce auquel nous avons pu franchir le mur qui les enferme et discerner les sacrifices qu’implique le sport de haut niveau.
 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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