Français Libres de Hong Kong : "nous sommes responsables de ce qui nous unira demain"

Par Didier Pujol | Publié le 04/12/2022 à 14:07 | Mis à jour le 05/12/2022 à 01:50
Photo : La consule générale Christilhe Drulhe lors de son allocution au cimetière militaire de Stanley@Consulat de France
christile drulhe discours

Ce 2 décembre avait lieu, à l’invitation du Consulat de France à Hong Kong et Macao et du Souvenir Français, une cérémonie mémorielle au cimetière militaire de Stanley. C’est là que depuis 1948 est érigée la stèle citant les noms de 11 Français qui se sont illustrés pendant la bataille de Hong Kong en 1941.

Des Français ordinaires devenus des héros

Alors que les forces impériales japonaises déferlaient sur l’île de Hong Kong lors de l’offensive commencée le 8 décembre 1941, plusieurs Français présents à Hong Kong, décidaient de prendre part à la défense du territoire contre l’envahisseur. A l’époque, le consul général Louis Reynaud avait déjà pris fait et cause contre le régime de collaboration de Vichy, déclarant le 20 juin 1940 : « La colonie française de Hong Kong s’indigne contre toute idée d’armistice et de paix séparée, et se révolte à la pensée d’une telle trahison vis-à-vis de nos alliés et de l’humanité ». Ainsi, comme le rappelait la consule générale de France à Hong Kong et Macao Christile Drulhe, « jamais la communauté des Français de Hong Kong n’acceptera de renoncer aux principes sur lesquels la France s’est construite et rayonne à travers le monde ». 

 

 

En plus du consul Reynaud, qui mourra en détention en 1943, les Japonais refusant de le soigner, le lieutenant Frédéric Jacosta sera tué lors des combats de North Point le 19 décembre 1941. Armand Delcourt sera quant à lui exécuté sur la plage de Répulse Bay et Pierre Mathieu mourra électrocuté sur la cloture du camp de Sham Shui Po. Henri Belle décédera en prison au Japon en 1944 et Paul de Roux se suicidera après avoir été torturé par la police japonaise afin ne pas parler. Roderick Egal, commandant les Forces Françaises Libres de Shanghai, décèdera à Hong Kong en 1947, affaibli par sa détention dans les camps japonais. Ngo Chi Dao et Tran Van Truong, vietnamiens de la colonie française du Tonkin, seront tués en se rendant à leur poste de défense anti-aérienne tandis que Léon Weill, Français d’origine juive qui combattra dans le Volontary Defense Corps, mourra en 1944 de malnutrition dans un camp de prisonniers. Enfin, Georges Béchamp, dirigeant le comité de la France Libre à Hong Kong, sera arrêté par la police française à Fort Bayard avant de décéder dans en détention en Indochine.

 

gerbe francais libres de Hong Kong
Photo@Didier Pujol

Un sacrifice qui résonne fortement aujourd'hui

Présent pour cette cérémonie, François Drémeaux, président honoraire du Souvenir Français et auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des Français de Hong Kong, a rappelé le rôle et la responsabilité de chacun face à l’histoire : « En choisissant d’honorer cette mémoire plutôt qu’une autre, nous choisissons de valoriser certains principes plutôt que d’autres : la liberté, le don de soi, la tolérance, l’ouverture d’esprit, l’altérité. Ainsi, lorsque la Bête Immonde montre son nouveau visage, celui d’un fascisme basé sur la rancœur, le doute, la peur, lorsque les discours sur le prétendu déclin de la France, que l’on entend hélas de plus en plus souvent, servent à rejeter l’autre pour mieux cacher une forme de paresse intellectuelle, [   ] nous repenserons peut-être à Roderick Egal et son choix d’une société plus libre, à Armand Delcourt et son choix d’une société plus métissée, à Ngo Chi Dao, et son choix d’une société plus juste [   ]. J’aime beaucoup la façon dont, à un siècle d’écart, Simone Veil, femme d’Etat et rescapée de la Shoah, a répondu à Ernest Renan en disant « nous sommes responsables de ce qui nous unira demain » 

 

xavier pech stanley cemetary
Photo@Consulat de France

 

Selon Christile Drulhe, « [les Français honorés à Stanley] se sont battus, et sont morts non seulement pour sauver Hong Kong, mais aussi pour un idéal : pour des valeurs de liberté, d’ouverture, de tolérance, et pour le refus de la tyrannie, de l’oppression et de l’obscurité. En d’autres mots, pour que la France ne renonce pas à l’universel. » Puis, s’exprimant en anglais « En 2022, la guerre est revenue sur le continent européen. L'Ukraine, Etat souverain, est attaquée par la Russie, qui bouleverse ainsi l'ordre international [  ]. La France continuera d'être résolument aux côtés de la victime dans son combat pour la défense de son territoire, de son mode de vie et de ses valeurs. Nous continuerons à leur donner les moyens de se défendre et d'apporter une aide humanitaire à la population civile qui vit désormais sous les bombardements quotidiens. Notre soutien aujourd'hui est inspiré par l'engagement des combattants français et alliés d'hier pour défendre l'île de Hong Kong contre les envahisseurs »

 

Les représentants de nombreux pays 

Rappelant à tous que le conflit mondial qui a entrainé la mort des Français Libres a touché l’ensemble des pays du monde, les représentants des forces militaires et de la police françaises, des Etats Unis, de Hong Kong, du Canada et d’Indonésie étaient présentes ainsi que les consuls américain, australien, britannique, canadien, malais, cambodgien, irlandais, du Brunei Darussalam et le chef de la mission européenne à Hong Kong. Parmi les Américains venus se recueillir figurait John Siewert, 98 ans, vétéran du débarquement de Normandie, déjà présent plusieurs années, et qui avait tenu à faire le voyage malgré sa difficulté de plus en plus grande à se déplacer. Les élèves de 3ème du Lycée Français ont interprété le Chant des Partisans, hymne aux combattants de la Résistance.

 

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John Siewert Photo@Didier Pujol
Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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