Mardi 24 novembre 2020
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CORONAVIRUS: les reconversions parfois culottées des entrepreneurs

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 23/03/2020 à 14:00 | Mis à jour le 23/03/2020 à 23:11
Photo : Des serviettes hygiéniques en masque, ça en a inspiré certains...
Reconversions entrepreneurs coronavirus

Après les signaux alarmants sur l’état de santé en Chine, après les données alarmistes sur l’état de l’économie en Chine, voici venu le temps de la libération (progressive) des confinés chinois et la relance (prudente) des usines. Certains employés vont trouver leur usine bien changée… Quelques exemples de reconversions culottées, temporaires ou non, en Chine et ailleurs.

 

Hydro+alcool=solution hydroalcoolique

C’est une blague qui a tourné sur Facebook, mais pas que: en Chine, des producteurs d’alcool de riz ont commencé à diversifier leur production pour en faire des désinfectants médicaux composés de 75% d’éthanol. Dans un contexte de besoins accrus d’alcool désinfectant, l’état chinois ne s’est pas fait prier pour attribuer des licences de production.

D’autres producteurs continuent de mettre en bouteille, mais pas que leur alcool de riz. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse! Guomei Liquor, qui distille et embouteille habituellement de l’alcool de riz à Yibin (Sichuan), met désormais en bouteille 250.000 désinfectants par jour, produits par une de ses filiales.

Si le premier lot a été vendu à perte au gouvernement local, le second a été vendu aux départements officiels locaux. Aujourd’hui, l’usine vend dans toute la Chine, à profit, et espère bien obtenir des subventions. Temporaire? Permanente? La reconversion tombe à pic: le marché de l’alcool de riz est en perte de vitesse.

 

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Distiller de l'alcool ou du gel hydro-alcoolique?

 

Couches de protection et autres équipements

On a aussi ri (un peu jaune) en voyant les Chinois en manque de masque utiliser toutes sortes de gobelets en papier, bidons d’eau minérale, ou écorces d’orange en guise de protection. Parmi cet attirail hétéroclite, la couche pour enfants a fait son apparition. Daddy Baby, fabricant chinois de couches culottes, s’est pris au jeu et a entamé sa reconversion dans le masque sanitaire. Une reconversion culottée!

A Hong Kong aussi, plusieurs organisations et entreprises se reconvertissent dans la fabrication de masques. Pour certains, cela passe par un voyage éclair à Dongguan au Guangdong, pour acheter les équipements nécessaires à prix fort. Le SCMP a identifié quatre entités produisant des masques et qui permettraient à Hong Kong de produire 15% de la demande locale dès ce mois de mars. Mask Factory, par exemple, est fondé par un groupe de réalisateurs de films. Un autre des groupes identifiés fait partie du mastodonte de l’immobilier New World Development.

Un secteur actuellement en difficulté en Chine, l'automobile, joue sa carte. Shaanxi Automobile Group, habituellement fabricant de camions, fait désormais des lunettes de protection. BYD, fabricant bien connu de véhicules électriques, produit 5 millions de masques par jour, un quart de la production usuelle en Chine. Les usines reprennent ainsi cahin caha des activités. Les employés sauront s’adapter.

 

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Shaanxi automobile, du camion aux lunettes de protection

 

Se laver LVMH

LVMH a été chahuté sur les réseaux sociaux, et pourtant, leur initiative est originale et louable: ils produisent dorénavant du gel hydro-alcoolique qu’ils distribuent gratuitement en priorité à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. "LVMH va (...) mettre à contribution l'ensemble des unités de production de ses marques parfums et cosmétiques (parfums Christian Dior, Guerlain et parfums Givenchy) en France". Sans doute temporaire, cette reconversion est pourtant bien dans l’air du temps. Dommage, le nom "Air du Temps" est déjà pris par Nina Ricci pour son parfum à l’ambre et au bois de santal.

 

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LVMH s'y met

 

Opportunisme ou vraie reconversion?

Certaines reconversions trouvent leur origine dans les besoins internes des entreprises et usines: pour pouvoir redémarrer, les entreprises doivent assurer qu’elles répondent aux nouveaux standards de sécurité et hygiène au travail. Guomei utilisait au départ son fameux désinfectant, auto-produit, pour décrasser ses usines. Foxconn, qui assemble des iPhones, auto-produit les masques pour ses employés. On doute que cette nouvelle activité perdure pour Foxconn! Pour les secteurs en difficulté (on a évoqué les alcools forts et l’automobile en Chine), le temporaire pourrait durer longtemps.

La chasse aux aides en motive d'autres: en effet, l’état chinois a intimé aux banques l’ordre de faciliter les emprunts des entreprises en reconversion, quand elles se lancent dans des activités prioritaires (masques…). Certaines reconversions sont donc des faux-semblants! Comme souvent, on ne verra le dessous des cartes qu’a posteriori.

 

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Travailleurs dans une usine de masques à Hong Kong. Crédit K.Y. Cheng (SCMP)

 

Standards et qualité

Après avoir regardé le dessous des cartes, il faudra inspecter sous le tapis. Car si le temps presse, les standards et la qualité risquent de passer à l’as. A Hong Kong par exemple, les masques doivent répondre aux standards de niveau 1 de l’American Society for Testing and Materials, et les usines doivent être certifiées ISO 13485 (standard du secteur médical). Or une ligne de production met environ 4 mois à obtenir ce précieux sésame. C’est sans doute pourquoi, à Hong Kong, les subventions promises par le gouvernement pour les nouveaux fabricants de produits prioritaires ne sont pas demandées: pour les obtenir, il faut être dûment certifié. Mais alors il sera trop tard pour répondre à la demande du marché. Dans tout ça, quid de la qualité des produits?

Certains des nouveaux entrants s’inscrivent pourtant dans la durée, pariant que le masque, déjà fréquent au Japon en période de grippe, doit se réinventer voire monter en gamme.  Le chimiste Kenneth Kwong Si-san, cerveau de HK Mask, parie sur une nouvelle fibre utilisée dans les air-conditionnés, pour de nouveaux types de masques. Au lieu de faire du quick and dirty, il veut "pousser la réputation du Hong Kong design". Reconversion opportuniste ou innovation game-changer, chacun voit midi à sa porte.

 

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et pratique la randonnée. Elle contribue au Petit Journal sur le volet culturel, entre autres...
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