La condition des "helpers" s'est dégradée depuis le Covid à Hong Kong et Singapour

Par Vaiiti Raygadas | Publié le 16/06/2022 à 19:31 | Mis à jour le 17/06/2022 à 01:22
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Marie Kretz Di Meglio est la fondatrice-directrice de l’association Uplifters qui s'occupe à Hong Kong et Singapour de responsabiliser et soutenir les travailleuses domestiques. Elle a accepté de partager son experience concernant la situation des helpers de Hong Kong et Singapour pendant et depuis la crise sanitaire.

Le cadre légal du travail domestique à Hong Kong et Singapour

Le statut des travailleurs domestiques est à la fois réglementé et différent de celui des autres travailleurs étrangers à Hong Kong. Une des principales différences tient à ce que les premiers ne sont pas éligibles à la résidence permanente, et ce quel que soit le temps passé sur le territoire hongkongais. Les autres particularités auxquelles les helpers sont soumises concernent l’absence de limite d’heures de travail ainsi que le droit à un seul jour de congé hebdomadaire. Si les domestic helpers ont indéniablement des droits limités à Hong Kong, le cadre juridique a le mérite d'exister et leur garantit plus de droits que dans bien d'autres pays. La loi de Singapour, par exemple, interdit aux helpers de tomber enceintes faute de perdre leur emploi et d'être renvoyées dans leur pays, l’employeur devant payer une amende. Au contraire, Hong Kong autorise la grossesse des travailleuses domestiques, leur donne accès aux soins publics gratuits et leur octroie un congé maternité.

La situation des helpers fragilisée par le Covid à Hong Kong et Singapour

La pandémie est venue perturber la vie quotidienne de tous. A Hong Kong, la population a dû s'adapter aux périodes successives de home schooling et work from home mais ce dont les médias et études parlent peu, c'est que la condition des helpers a été fortement affectée durant ces deux dernières années. En effet, le fait que toute la famille reste à la maison du matin au soir alourdit les tâches ménagères pour des employées qui avaient déjà des emplois du temps chargés. D'autre part, Marie Kretz note que l'interdiction de se réunir en groupes a plus affecté les helpers que les autres catégories sociales puisque cela avait pour conséquence de rester plus longtemps chez leur employeur. Comme si tout cela ne suffisait pas, les politiques strictes d’entrées sur le territoire hongkongais ont empêché la majorité des employées de retourner voir leurs enfants dans leurs pays d’origine. L’accumulation de travail, l’impossibilité de se réunir dans sa communauté et de retrouver leur famille, ainsi que les potentiels drames survenus dû à la pandémie (pertes d'emplois, décès, etc.) ont créé un climat particulièrement anxiogène et des situations psychologiques difficiles pour de nombreuses helpers.

 

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Helpers faisant la queue pour se soumettre à des tests Covid obligatoires

Un traitement différent des helpers touchées par le Covid à Hong Kong et Singapour

La pandémie qui dure depuis plus de deux ans à présent a montré que certaines tranches de la population sont traitées différemment. Pour les domestic workers, rentrer dans leur pays était particulièrement anxiogène puisqu’elles craignaient ne pas pouvoir revenir. Pour celles qui sont rentrées, même si les frais de voyages et de quarantaines sont pris en charge par l’employeur, les pièces à fournir, les annulations de vols, les difficultés à trouver une chambre de quarantaine et les nombreuses procédures rendent les retours risqués et compliqués pour des personnes en général peu habituées à la paperasserie. Concernant les quarantaines, le gouvernement a mis en place des hôtels réservés aux helpers. Souvent à prix réduits en comparaison avec les offres réservées aux autres résidents hongkongais, ces packages pour helpers comportaient des prestations réduites tels que des cup noodles pour chaque repas au lieu d'un repas solide comme dans la plupart des autres hôtels.

Une autre preuve récente du traitement différentié en comparaison du reste de la population date du long weekend du dragon boat festival. Un communiqué officiel du gouvernement invitait en effet les helpers à rester chez elles et les employeurs à offrir une compensation si ces dernières travaillaient pendant les Public Holidays. Parmi tous les groupes de Hong Kong, les helpers ont été la seule catégorie de la population à recevoir une demande officielle explicite de ne pas se réunir alors même que les rues de Lan Kwai Fong étaient pleines.

 

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Un tissu associatif fort et actif pour soutenir les helpers à Hong Kong et Singapour

La santé mentale des domestics workers qui avait déjà été mise à rude épreuve en 2020 ( selon une étude de Médecins sans frontières et Uplifters, 72% des helpers présentaient des signes caractéristiques de dépression ), s'est retrouvée encore plus menacée lors de la pandémie.

À Hong Kong, au moins 14 associations s'évertuent à aider les helpers et ont été plus que jamais actives depuis le début de la pandémie en offrant des repas et des logements d’urgence aux helpers mises à la rue par leurs employeurs après avoir été testées positives au Covid.

En ce qui concerne l’ONG Uplifters que préside Marie Kretz di Meglio, le soutien gratuit aux helpers hongkongaises et singapouriennes concerne des formations structurantes pour le long terme, comme des formations en ligne qui donnent des bases de développement personnel, de gestion d’argent et de santé mentale. Marie nous précise que l’activité de l'association repose en grande partie sur la communauté des helpers elles-mêmes car les anciennes participantes deviennent des leaders de groupes qui accompagnent leurs pairs tout au long de la formation.

Les associations de soutien aux helpers ont dû plus que jamais coopérer au cours de ces deux années. Étant parmi les premiers témoins de la fragilisation de la situation des domestic workers, Uplifters a créé en partenariat avec les autres associations une nouvelle formation en ligne centrée sur la santé mentale et la gestion du Covid.

Le piège de l'endettement des helpers à Hong Kong et Singapour

Si un bon nombre de personnes pense que les pays ayant une politique de helpers très développée rendent service aux travailleuses domestiques étrangères en leur offrant un travail mieux rémunéré que ce qu’ils peuvent espérer dans leur pays d’origine, de nombreuses études prouvent que cette vision est aujourd'hui éloignée de la réalité. Marie Kretz di Meglio souligne en effet le manque d’éducation financière des domestic workers. Ces dernières commencent leur expatriation en payant des frais de recrutement qui prennent 6 à 8 mois à être remboursés. Une fois remboursées les dettes liées au recrutement, 50 à 60% des revenus perçus sont envoyés à la famille restée dans le pays d’origine. En cas d'urgence, les domestic workers se retrouvent fréquemment contraintes de devoir faire un prêt qui est difficile à rembourser compte tenu du faible salaire qu’elles perçoivent. Les formations offertes par Uplifters tentent justement de lutter contre ce cercle vicieux d’endettement, notamment en apprenant aux helpers à créer une épargne d’urgence. Un rapport de SeeFar montre que la situation des helpers est loin d’être de correspondre à l'image des 2-3 années passées à l’étranger à s’enrichir avant de rentrer et mener une vie paisible. En effet, selon ce rapport publié en 2019, seulement 5% des domestic workers retournent chez elles avec le sentiment d’avoir mis assez d’argent de côté.

 

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site internet de l'association Uplifters

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Vaiiti Raygadas

Vaiiti est étudiante à Hong Kong en cursus mixte entre Science Po et Hong Kong Baptist University. Elle est en charge des événements Grand Prix France Hong Kong et Trophées des Français de Hong Kong
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

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