Comment réduire ses déchets à Hong Kong?

Par Karine Yoakim Pasquier | Publié le 03/09/2020 à 15:00 | Mis à jour le 03/09/2020 à 15:00
Photo : Comment réduire ses déchets à Hong Kong ? Photo@Jasmin Sessler - Pixabay
déchets hong kong

Vivre à Hong Kong tout en diminuant ses déchets peut parfois sembler compliqué. Voici quelques petits gestes facilement applicables au quotidien pour améliorer votre empreinte écologique.

La mouvante zéro déchet fait de plus en plus d’adeptes. Et c’est tant mieux! Mais comment s’y prendre, par où commencer? Pour le savoir, nous sommes allés interviewer deux Français, figures du zéro déchet à Hong Kong.

Raphaël vit à Hong Kong depuis 10 ans et est le créateur du magasin en vrac, Edgar, situé à Wan Chai. Anne, de son côté, habite à Hong Kong depuis 3 ans. Passionnée par la couture et écologiste dans l’âme, c’est en arrivant à Hong Kong, qu’elle décide de vivre plus en accord avec ses valeurs, et qu’elle crée La Petite Wong, un atelier de création d’accessoires qui donne une deuxième vie à des tissus et autres matériaux.

Tous deux nous confient leurs petites gestes et astuces pour vivre de manière plus responsable

"Se mettre au zéro déchet, ce n'est pas rentrer dans les Ordres"

Raphaël est unanime: "Allez-y franchement. A Hong-Kong, il y a beaucoup de solution et de boutiques zéro déchets. Il y a Edgar, à Wanchai. Mais on trouve aussi le Live Zero à Sai Yin Pun, Slowood à Kennedy Town et Discovery Bay, The Bulk Shop à Tai Po, Seeds à Sai Kung."

 

 

Mais la liste ne s’arrête pas là et les possibilités sont véritablement diverses, telles que le magasin de Raphaël, Edgar, ou encore Plastic Free HK, Lively live, etc. pour ne citer qu’eux. Ces boutiques proposent de nombreux produits sans emballage ou presque et pourront vous prodiguer de bons conseils.

Pour Anne, c’est le concept de low waste qui devrait être valorisé. "Je n’aime pas trop parler de No Waste, ou Zero Waste. Ça donne l’impression qu’il faut être radical, beaucoup se contraindre et pas mal sacrifier... Tout cela me semble assez rédhibitoire! Pour moi, se mettre au zéro déchet, ce n’est pas rentrer dans les Ordres. C’est pour ça que je préfère parler de low-waste, qui renvoie  à l’idée de sobriété , de mesure et de minimalisme – concepts qui sont quand même beaucoup plus sympas!"

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Pour la jeune femme, l’important, c’est de faire son possible pour réduire son impact. Réduire ses déchets est l’un des moyens d’y parvenir, mais ce n’est pas le seul. "Pour moi, les déchets sont vraiment le résultat d’une société malade… Je recommande donc à ceux et celles qui veulent s’y mettre de profiter de ce moment pour faire un bilan, réfléchir à ce qui est vraiment important pour eux, et quelles valeurs animent leurs vies…"

"Il faut sortir de ses automatismes"

Se mettre au zéro déchet n’est pas compliqué, d’après Raphaël: "Le plus difficile, c’est de changer ses habitudes. Il y a une étude qui dit qu’il faut 21 jours pour les changer… et c’est pareil pour le zéro déchet. Pour ce faire, il faut s’organiser. Il faut sortir de tous ces automatismes sur lesquels on a été conditionné. Une fois les habitudes changées, il ne me semble pas qu’il y ait de grandes difficultés."

Selon Raphaël: "La clé, c’est l’organisation. Chacun peut vraiment réduire ses déchets assez rapidement en planifiant un peu à l’avance ce qu’on veut acheter, et en réfléchissant comment trouver des solutions simples pour remplacer des produits qui sont la plupart du temps utilisés juste le temps de leur consommation."

La liste de ces petits objets est longue: coton-tiges, lingettes démaquillantes, dentifrice, shampoing, sacs, kleenex, produits ménagers, bouteilles en plastiques… la plupart de ces produits sont disponibles en version durables. "Lorsqu’on a pas le choix, continue Raphaël, je conseille d’acheter des choses dans les plus grands contenants pour des plus grandes durées."

 

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De nombreux accessoires réutilisables sont désormais disponibles dans le commerce - Photo@RikaC - Pixabay

 

Pour Anne, le plus difficile c’est de résister à la tentation et à la facilité: "Arrêter de faire du shopping a été pour moi une sacrée épreuve! Mais j’y suis arrivée, et maintenant cela ne fait même plus partie des choses auxquelles je pense."

Pour aller plus loin, Raphaël conseille de composter et bien recycler ses déchets. "Des initiatives locales existent, comme le Hong Kong Community Composting, ou les Community Green Stations, qui sont des endroits où l’on peut recycler tout ce qui est recyclable."

De son côté, Anne nuance: "Je recommande de ne pas se reposer sur le recyclage. En pratique, très peu de choses sont recyclées. Je le dis et je le dirai toujours: le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas!"

"Pour moi, ce qui a fait la différence, c’est la bouteille d’eau."

Pour Raphaël, il n’y a pas de petits gestes, ou d’actions inutiles: "Chaque geste compte. Chaque petit effort, chaque petit pas va vers l’amélioration de la situation."

Lorsque je lui demande quel est le geste qui – selon lui – a eu le plus d’impact, il n’hésite pas: "Pour moi, ce qui a fait la différence, c’est la bouteille d’eau." Pour ce faire, Raphaël a investi dans une gourde et a fait installer un filtre sur son robinet. "Avec l’application Water for free qui liste toutes les lieux où remplir sa gourde à travers Hong Kong, c’est facile." Mais il conseille également d’autres petits gestes très faciles, tels qu’utiliser un sac en tissu réutilisable pour faire ses courses, choisir un shampoing solide plutôt qu’un shampoing en bouteille, investir dans un masque réutilisable, et surtout, ne pas se laisser happer par l’éco-anxiété, ce sentiment de ne jamais en faire assez.

 

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La gourde a permis à Raphaël de drastiquement réduire ses déchets - Photo@Evita Ochel - Pixabay

 

"On peut toujours faire le choix de prendre quelque chose de responsable.", complète Raphaël. "Lorsqu’on a besoin d’acheter quelque chose, on peut choisir l’esthétisme, ou décider de prendre quelque chose dans des matériaux plus écologiques, recyclable, etc. Mais ce qui est important, c’est surtout de choisir un produit qu’on aura plaisir à réutiliser!"

Anne de son côté a revu son quotidien: "J’ai pris l’habitude de ne rien acheter qui ne me soit pas indispensable." Pour ses courses, la jeune femme se rend dans les marchés locaux où tous les produits de base sont en vrac. "Les seules choses que je ne trouve pas en vrac et/ou à des prix abordables sont les huiles, la sauce soja, le kimchi et le natto…"

Quand Anne mange au restaurant, elle commande toujours sa boisson sans paille et refuse les serviettes en papier... et à la maison, elle fabrique ses produits d’entretien: "Je fais mes produits d’entretiens pour la maison et mon propre déodorant. Je réutilise et je répare ce que j’ai, et j’achète en seconde main lorsque je n’ai pas le choix. Puis, durant la saison plus froide, je composte les déchets de la cuisine."

"Allez-y doucement, avec un esprit curieux et ouvert."

Anne conseille d’y aller pas à pas. "Commencez par le plus facile et dirigez-vous ensuite petit à petit vers ce qui semble plus compliqué. Par exemple, je n’ai pas brutalement arrêté d’acheter des habits neufs, en magasin.  J’ai commencé par n’acheter qu’en soldes, puis, petit à petit, j’ai décidé de ne plus aller dans tel ou tel magasin. Je me suis ensuite dirigé vers le seconde main."

Pour terminer, la jeune artisane nous conseille d’être bienveillant envers soi-même, sans toutefois laisser ses valeurs de côté: "Il faut accepter une marge d’erreur - un serveur va forcément un jour vous porter une boisson avec une paille en dépit votre demande, ou vous allez oublier votre gourde et donc acheter une bouteille d’eau - mais il faut aussi savoir rester ferme sur ses positions: je quitte systématiquement les cafés qui ne donnent que des verres à usage unique, je ne vais pas les restaurants qui ne veulent pas me servir dans mes propres boîtes de take away et je rends les sacs en plastique au commerçant malgré une insistance pour que je les garde!"

Pour aller plus loin, investissez-vous…

Il faut du temps et des efforts pour arriver à une société plus écologique. Mais de nombreuses initiatives existent déjà. De nombreuses associations, par exemple, sont toujours preneuse d’une aide financière ou physique. Participez à un nettoyage de plage, à une action de sensibilisation au sein de votre entreprises, ou soutenez financièrement un organisme…

 

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De nombreuses associations organisent des nettoyages de plages à Hong Kong - Photo@Epsos - Wikimedia

 

Les weekends, mettez-vous à l’éco-rando. Le concept est simple: lors de vos balades, emportez avec vous un sac, et en même temps que vous marchez, prenez le temps de ramasser ce qui traîne.

Pour terminer, réfléchissez à vos vacances. Si, en ce temps de Covid, il est plus compliqué de voyager, réfléchissez à vos habitudes anciennes et futures: privilégiez les staycations ou destinations accessibles en moyens de transports doux, comme le train. Si vous ne pouvez malheureusement pas faire autrement que de prendre l’avion, compensez votre empreinte carbone et vos émissions de CO2.

"C’est une activité très sympa à faire avec les enfants."

Pour conclure, Raphaël nous conseille de sauter le pas. "C’est un exercice très rigolo à faire. Les gens sont en général très satisfaits d’arriver à faire de petits gestes qui ont de grands impacts. De plus, on remarque assez rapidement qu’on fait des économies. Dernièrement, une jeune fille, lors de sa visite au magasin, a calculé le prix des boîtes de tampons, qu’elle devrait utiliser pendant sa vie, versus le prix d’une cup menstruelle. En seulement trois mois, elle a rentabilisé son achat!"

A côté de son activité au magasin, Raphaël est père de famille et – si au début il a fallu leur expliquer le concept – ce sont désormais ses enfants qui sont les plus militants à la maison. "Les enfants sont un excellent vecteur. Ils comprennent très rapidement l’utilité du concept et ils se sentent très concernés. Il faut le prendre comme un jeu et arriver à faire gagner tout le monde sur la chaîne."

 

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Photo@Artem Beliaikin - Pexels

 

Anne partage la même opinion: "Comme on peut se sentir un peu seul dans cette démarche, s’y mettre en famille ou en groupe est vraiment idéal, surtout lorsque l’on débute. Cela permet aussi de parler des moments de frustrations et d’échanger des astuces."

Pour conclure, c’est avec des petits gestes qu’on peut changer les choses… analysez votre quotidien. Que pouvez-vous facilement réduire? Peut-être s’agit-il simplement de troquer vos éponges jetables pour des lavables, de préférer mettre vos aliments dans un tupperware plutôt que de les recouvrir de film alimentaire ou encore simplement d’acheter un sac un tissu… tous les moyens sont bons pour faire un petit geste.

Et vous, quels sont vos réflexes zéro-déchets?

 

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Karine Yoakim-Pasquier

Karine Yoakim Pasquier

Karine est Suisse francophone vivant depuis 2018 à Hong Kong. Elle tient un blog intitulé hotfonduepot.com, travaille dans une école et vient de terminer ses deux premiers romans.
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'édition Hong Kong.

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