Citizen News, Stand News, Apple Daily : vague de fermetures de média à Hong Kong

Par Ayman Ragab | Publié le 02/01/2022 à 14:10 | Mis à jour le 03/01/2022 à 11:19
Photo : Patrick Lam, éditeur en chef de Stand News, arrêté par la police
Arrestation journalistes Hong Kong

Mercredi 29 décembre, le journal pro-démocrate Stand News cessait de publier, suivant une intervention policière dans ses locaux à Hong Kong. Près de 200 policiers ont été mobilisés lors du raid, dans le but d’investiguer sur de possibles infractions à une loi anti-sédition. Ce dimanche 2 janvier, c’est la plateforme Citizen News qui décidait d’elle même de se saborder.

Arrestations et fermetures de media

Sept journalistes et membres de la rédaction de Stand News ont été arrêtés mercredi dernier, dont le rédacteur en chef Patrick Lam, l’ancien rédacteur en chef Chung Pui-kuen, ainsi que la chanteuse Denise Ho, connue pour son engagement dans la lutte pour la démocratie, et l’ex-députée Margaret Ng. Tony Tsoi, un des membres fondateurs actuellement basé à l'étranger, a lui-aussi fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Les actifs du journal, d'un montant de près de 61 millions de dollars hongkongais ont été gelés, entrainant la fermeture immédiate de la rédaction et la suppression de tous les contenus publiés en ligne.

Patrick Lam et Chung Pui-kuen restent en ce moment toujours en captivité, tandis que quatre autres personnes, incluant Denise Ho, ont depuis été libérés sans poursuites judiciaires le jeudi 30 décembre.

Contexte de pression sur les média 

La fermeture de Stand News fait suite à de nombreuses critiques de la part des députés pro-Beijing, qui accusent le journal de tenir des propos séditieux. La perquisition et l’arrestation tombe sous le coup de la Crimes Ordinance, texte datant de la période coloniale et contenant des clauses permettant l’interdiction de publications ayant pour but d’inciter à la haine contre le gouvernement, selon cette loi.

L'officier Steve Li a déclaré lors d’une conférence de presse que Stand News était accusé d’avoir diffusé des publications séditieuses, ayant pour but de promouvoir un mécontentement au sein de la population. Le premier secrétaire de l’administration John Lee a déclaré après la perquisition que certains « abusaient de leur position sous le couvert du statut de media » et « utilisaient l’actualité comme un moyen de poursuivre leurs propres intérêts ».

La nouvelle législature « patriote », composée à 89 sièges sur 90 de députés pro-Beijing, en place depuis l’élection législative du 19 décembre 2021, a déclaré dans un communiqué que la liberté de presse était protégée à Hong Kong, et que tant que les médias obéissaient aux lois, ceux-ci restaient libres d’opérer.

Stand News, fondé en 2016, était considéré comme étant un des principaux journaux pro-démocrates. Le journal avait pris le flambeau de House News, un média pro-démocrate fermé en 2014. Stand News rejoint donc aujourd'hui Apple Daily, qui a du cesser ses activités après un raid policier contre les locaux du journal en juin 2021, suivi d'arrestations et de gels d'actifs.

La loi de sécurité nationale adoptée en juillet 2021 a considérablement réduit le champ d’expression à Hong Kong. Ainsi plusieurs personnalités politiques ont été mises en cause pour avoir organisé ou participé à des rassemblements anti-gouvernementaux. Le magnat de la presse Jimmy Lai, patron du défunt Apple Daily, a été condamné à de multiples reprises depuis la publication des nouvelles lois, la dernière fois il y a un mois, pour avoir organisé la traditionnelle veillée de commémoration des victimes de Tiananmen, interdite ces deux dernières années.

Réactions internationales aux fermetures 

Le raid et la fermeture du journal a conduit à une série de réactions à travers le monde. Les Etats-Unis ont appelé à la libération des journalistes et au respect de la liberté de presse et d’expression par les autorités hongkongaises et chinoises. L’Union Européenne a déclaré que les atteintes à la liberté de presse étaient en contradiction avec le principe « d’un pays, deux systèmes » énoncé au moment de la rétrocession de Hong Kong par la Grande Bretagne. Le Canada a aussi exprimé des inquiétudes quant à l'arrestation du personnel de Stand News et de Denise Ho, citoyenne canadienne.

Le Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme a aussi exprimé des inquiétudes quant à la limitation de l’espace médiatique.

La secrétaire hongkongaise à la justice Theresa Cheng a de son côté dénoncé ces accusations et l'appel à la libération des journalistes comme étant une violation du droit international , la qualifiant de "non-respect de l'Etat de droit".

Citizen News, média pro-democratie se saborde 

Ce dimanche, la plateforme en ligne chinoise Citizen News annonçait que dans le nouveau contexte politique de Hong Kong, il n’était plus possible pour elle de poursuivre ses activités et que l’actualisation du site cesserait dès mardi 5 janvier, la fermeture totale du site devant suivre prochainement. Ce média avait été créé en 2017 afin de promouvoir la liberté de l’information à Hong Kong. Sur le compte Twitter du journal, la rédaction indique : « Malheureusement, les changements de la société au cours des deux dernières années et la détérioration de l'environnement pour les médias ne permettent pas de mener à bien notre projet. »

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Ayman Ragab

Arrivé à Hong Kong en août 2021, Ayman est étudiant en Master à l'Université de Hong Kong. En parallèle à ses études, il propose ses talents de rédacteur à Lepetitjournal.com.
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Didier Pujol

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