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Chantal Thomas: "Hong Kong est un lieu de sensualité"

Par Matthieu Verrier | Publié le 20/07/2018 à 12:32 | Mis à jour le 23/07/2018 à 07:45
Photo : Chantal Thomas se passionne pour l'esprit de conversation du XVIIIe siècle.
CHANTAL THOMAS auteure hong kong

L'écrivain, essayiste, dramaturge Chantal Thomas était l'invitée du consulat pour le salon du livre de Hong Kong. L'auteure des Adieux à la reine est intervenue sur le thème du pouvoir des femmes au XVIIIe siècle.

Lepetitjournal.com: Vous écrivez dans votre dernier roman, Souvenirs de la marée basse, à propos du jeu des enfants sur la plage. “On ne se pose pas de questions. Si un enfant est appelé par ses parents, s'il nous annonce tout triste que c'est fini, que c'est son dernier jour de vacances, nous sommes tristes avec lui, nous nous interrompons un moment, l'élan n'y est plus. Mais à peine est-il parti qu'il nous arrive de nouveaux compagnons.” Est-ce la même chose pour l’écriture? Vous jouez avec une princesse puis changer de compagnon de récit avec une reine ou une mère?

Chantal Thomas: Non, justement. Chaque personnage m’a conduite vers un autre, sans que je quitte le précédent. Il y a un lien entre tous les personnages que j’ai traités et mes jeux à la plage. C’est un lieu très inventif. Ce sont les enfants qui commencent à se raconter des histoires de reines, de rois, de princesses. J’ai continué. Il y a une vrai continuité. J’ai commencé à écrire sur le marquis de Sade qui m’a amené à écrire sur Casanova lequel m’a amené à écrire sur la liberté, le voyage. Dans la non-liberté, j’ai rencontré le personnage de Marie-Antoinette comme cible des pamphlets. Un autre aspect d’elle m’a amené aux Adieux à la reine. Je ne quitte jamais vraiment les personnages. Quelquefois je les retrouve sous d’autres formes. Le personnage de l’amitié, je le traite entre Marie-Antoinette et Mme de Polignac, mais il est dans La vie réelle des petites filles, dans Souvenirs de la marée basse et dans L’échange des princesses. 

Ce qui me frappait dans ce qui se passait à la plage avec le départ d’enfants et l’arrivée d’autres est combien la vie des enfants est toujours suspendue aux décisions des parents et comment à chaque fois ils se reconstruisent.

Vous avez vécu à New York. Comment fait-on pour vivre si loin tout en restant au coeur de l’esprit français, comme vous vous attachez à le faire?

C’est quelque chose que je promène avec moi. Ce que j’aime du XVIIIe siècle, c’est l’esprit de conversation et un certain style littéraire. C’est quelque chose que je travaille dans mes écrits. Et un certain idéal de clarté et de désir de rencontre. Le XVIIIe siècle est un siècle de l’aventure et d’un certain optimisme par rapport au futur. C’est quelque chose avec laquelle on voyage très bien.

 

Dédicace de Chantal Thomas à la librairie Parenthèse de Hong Kong.
Dédicace de Chantal Thomas à la librairie Parenthèses de Hong Kong.

 

Vous écrivez beaucoup sur le passé. Pourquoi vous penchez-vous moins sur le présent?

J’ai écrit Comment supporter sa liberté, qui est une question sur maintenant, alors que nous avons une grande marge de liberté. J’ai l’impression que beaucoup de gens n’ont qu’un désir, c’est de s’en débarrasser. Avec le téléphone portable par exemple. Au lieu de jouir, de s’asseoir à une terrasse de café, de regarder autour de soi, tout le monde est crispé sur quel est le prochain message et sur comment y répondre. C’est pour moi une suppression de sa liberté. Je réfléchis sur ce thème. Et aussi sur ce qu’est une femme maintenant. Il y a ce texte extraordinaire de Virginia Woolf sur ce dont une femme a besoin pour être libre. Elle répond: une chambre à soi et un salaire qui lui permet de vivre. Énormément de femmes dans le monde n’ont pas ces deux éléments. Et quand elles les ont, dans la société occidentale par exemple, énormément de femmes ne profitent pas de cette liberté.

Pourquoi n’en profitent-elles pas?

Par peur. Par timidité. Aussi parce que le pouvoir des hommes a été intériorisé par beaucoup de femmes. C’est une phase très importante à dépasser.

Sommes-nous dans la phase de dépassement?

Oui. En tout cas de prise de conscience qu’il faut le dépasser. Quelque chose, vraiment, s’est passé. 

Votre écriture est portée par les sens. Quels sens ont été éveillés chez vous depuis votre arrivée à Hong Kong, il y a quatre jours?

D’abord cet air moite, humide. C’est quelque chose que j’aime. C’est bizarre. Je ne sais pas d’où ça vient. Etudiante, je suis allée à Bangkok, puis en Inde et au Népal, à Katmandou. J’avais été enchantée par ce climat de mousson, par cette pluie, le côté luxurieux des feuilles. Hier soir, il y a eu une averse extraordinaire. Par ce temps, le ciel au couchant est d’une telle beauté! J’ai trouvé ça extraordinaire à Hong Kong, ainsi que l’incroyable présence de l’eau, qui est pour moi le sujet de la beauté. Je suis très sensible aussi à la délicatesse de la cuisine. Hong Kong est un lieu, manifestement, de sensualité. Une sensualité d’autant plus forte avec cette présence architecturale faite de pierres, de béton, de verre. Les deux en même temps, je trouve ça formidable.

Vous êtes sensible au béton et au verre?

J’ai fait ma maîtrise sur Le Corbusier. Je suis très sensible à la manière dont l’homme modèle le monde avec ou sans la nature. Ici, il y a la nature, vraiment.

 

Chantal Thomas et le consul de France à Hong Kong.
Chantal Thomas au salon du Livre de Hong Kong avec le consul général Éric Berti

 

Vous êtes intervenue sur le pouvoir des femmes au XVIIIe siècle. On connaît le rôle des femmes au XVIIIe siècle dans les salons littéraires ou à la cour. Elles avaient de l’influence, mais avaient-elles du pouvoir?

Il faut séparer ce qui se passait pour les femmes qui tenaient salon et le pouvoir politique indirecte des favorites. Les salons tenus par une femme étaient une chose extraordinaire à cette époque. C’était un des rares lieux où les femmes avaient une position dominante. Chaque salon était tenu par une femme et les habitués étaient essentiellement des hommes. Le pouvoir qu’elles avaient dépendaient de qui fréquentait leur salon. Quelqu’un comme Mme du Deffand, qui était liée à Voltaire, avait une renommée très forte. Elles étaient à la fois puissantes, puisque leurs salons étaient des centres d’information et de diffusion de l’opinion, mais elles étaient dans l’ombre portée par les philosophes et les hommes célèbres qui écrivaient. Et leur influence et leur pouvoir étaient surtout liés au milieu littéraire. A la gloire des salons, ce ne sont pas encore des salons politiques.

A la cour, y avait-il un pouvoir politique féminin?

C’était Madame de Pompadour. Elle était l’équivalent d’un ministre de la Culture. Le roi était complètement fermé aux idées intellectuelles et à tout ce qui venait de Paris. Le lien se faisait entre Versailles et Paris par Madame de Pompadour. Elle avait vraiment un pouvoir au sens où elle choisissait les artistes qui devenaient visibles. Elle soutenait certains philosophes. C’était un pouvoir qui ne s’affichait pas comme tel.

 

Matthieu Verrier journaliste Hong Kong

Matthieu Verrier

Journaliste et chroniqueur politique pendant dix ans en France et auteur du Contremanuel de la politique (2016, éd. Tana), Matthieu Verrier a rejoint Hong Kong en janvier dernier.
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