Édition internationale

HOMOPHOBIE – Quand le foot tacle les gays

Lors des matchs de football, les "Oh hisse enculé", "sale pédé"ou autre propos et banderoles à caractère homophobe sont monnaie courante. Tenter de déstabiliser l'équipe adverse en l'atteignant dans sa "virilité"fait partie de l'arsenal des supporters. Après les affaires du Paris Foot Gay et de Louis Nicolin, la question se pose : le monde du foot est-il homophobe ?   

Les supporters marseillais souhaitent la bienvenue aux Parisiens, le 8 avril 1998 (AFP)

(Rédaction Internationale) - Début octobre, les joueurs de football du Créteil Bébel, "musulmans pratiquants", refusaient d'affronter le club ouvertement homosexuel et "gay friendly"du Paris Foot Gay pour des raisons religieuses. L'affaire avait fait grand bruit et mettait une fois de plus en lumière l'homophobie dont souffrent de manière récurrente les sportifs homosexuels. Un match de "réconciliation" réunissant les deux équipes avait été envisagé mais le club cristolien, exclu du championnat de la Commission Football Loisir et risée des médias, s'est finalement dissout.

Nicolin n'est pas une "gonzesse"
Cette affaire mise de côté, d'autres sortent du placard. Ainsi le président du club de football montpelliérain, Louis Nicolin s'est illustré samedi soir par une réaction violente suite à la défaite de son équipe contre Auxerre (2-1). "Pedretti a tout commandé sur le terrain. Celui-là, quand il va venir à la Mosson, on va s'en occuper. Lui c'est une petite tarlouze" a-t-il déclaré au micro de Canal + (voir vidéo). Si Louis Nicolin s'est excusé à sa manière (en ajoutant au passage "on est des hommes pas des gonzesses"), les associations de lutte contre l'homophobie souhaitent que des sanctions soient prises par la Ligue de Football professionnelle (LFP) envers le dirigeant récidiviste. En effet, le président du club de Montpellier déclarait déjà le 30 août dernier : "Ils m'ont fait rire [les supporters niçois] à nous dire qu'on était des suceurs de Marseillais. Mais on n'a jamais sucé de Marseillais. D'ailleurs, si on peut les niquer, je serais heureux." En mai 2007, il ponctue une conférence de presse d'après match par des "cette bande de pédés", "des pédés". Le club montpelliérain avait d'ailleurs déjà été condamné par la commission de discipline de la Ligue à verser une amende de 750.000 euros pour la présence d'une banderole homophobe dans les gradins des spectateurs.

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Pas d'homos dans les vestiaires ?
La discrimination envers les homosexuels dans le monde très macho du football est devenue d'une banalité inacceptable. Fabrice Picon, président du Paris Arc-en-ciel, premier club gay français, créé en 1997, souligne que "certains de nos joueurs ne se sentaient pas à l'aise dans un club hétéro, où l'ambiance est parfois à la blague vaseuse". Pascal Brethes, président du Paris Foot Gay ajoute : "La problématique est la même pour le racisme, sauf que les gens de couleur sont nombreux au plus haut niveau, et peuvent donc lutter contre ce fléau. Aucun joueur connu, en revanche, ne s'affirme homosexuel et, hormis Vikash Dhorasoo [parrain du club ndlr], aucun ne veut même nous soutenir de peur d'être 'catalogué'". Au grand dam des organisations gays, de nombreux joueurs professionnels comme David Ginola ou Marcello Lippi assurent même qu'ils n'ont jamais rencontré dans leur carrière de joueurs homosexuels. Le commentateur sportif et ancien footballeur, Olivier Rouyer aura lui attendu 20 ans après l'arrêt de sa carrière pour faire son coming-out. Et la situation dans le football est aussi vraie dans d'autres sports. Aux J.O de Pékin : sur 11.000 sportifs, ils n'étaient que 10 ouvertement homosexuels.

Une évolution très lente
Pour contrer le fléau de l'homophobie, le Paris Foot Gay multiplie les actions. Ses dirigeants ont édité une charte contre l'homophobie qui a été signée par plusieurs grands clubs français. Un spot, réalisé en partenariat avec la LFP, est également diffusé avant les matchs au Parc des Princes. Des équipes de football gays et "gay-friendly"se créent. Elles sont une petite dizaine en Ile-de-France, une preuve que les m?urs évoluent petit à petit. "Nous y arriverons par le dialogue, par l'éducation, par un peu de répression aussi, et par une visibilité accrue", explique Pascal Brethes, qui espère pouvoir un jour dissoudre son club quand celui-ci n'aura plus de raison d'être. Au delà des orientations sexuelles, c'est bien l'amour du sport qui doit être roi dans le stade. Comme le déclarait, Matthew Mitcham, premier champion olympique (plongeon) de l'histoire ouvertement gay, dans une interview pour la revue The Advocate, "même connu comme gay, un athlète veut avant tout être reconnu pour ses performances".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 4 novembre 2009

En savoir plus

Notre brève, FOOTBALL - Le Paris Foot Gay boycotté par le Bébel Club
Article de Rue 89, Les excuses de Nicolin à la "Tarlouze": "on n'est pas des gonzesses"

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