Face à la multiplication des fausses informations en ligne, le Vietnam renforce son cadre juridique pour promouvoir un environnement numérique plus responsable. Entre l’entrée en vigueur du décret n°174/2026 et la réflexion autour d’un futur centre national de lutte contre la désinformation, les autorités vietnamiennes affichent leur volonté d’encadrer les comportements sur Internet, en conciliant prévention et régulation.


Les “fake news” désormais lourdement sanctionnées
Le gouvernement vietnamien franchit une étape clé dans la régulation de l'espace numérique avec la promulgation du décret n°174/2026, qui entrera en vigueur le 1er juillet 2026. La diffusion et le partage de fausses informations sur les réseaux sociaux pourront désormais être sanctionnés par une amende pouvant atteindre 50 millions de dôngs, soit un peu plus de 1 600 euros. Le décret couvre l’ensemble des secteurs numériques, des télécommunications aux transactions électroniques, en passant par les réseaux sociaux.
Le texte établit des niveaux différents de sanctions selon la gravité des faits. Une amende de 20 à 30 millions de dôngs sera appliquée à toute personne utilisant les réseaux sociaux pour diffuser de fausses informations, des contenus mensongers ou diffamatoires portant atteinte à la réputation des organisations ou à la dignité des individus. Pour les infractions plus graves, telles que la diffusion d'informations pouvant provoquer la panique au sein de la population ou causer des préjudices aux activités socio-économiques du pays, les amendes pourront atteindre entre 30 et 50 millions de dôngs.
Un centre national dédié à la lutte contre la désinformation
Au-delà de ces nouvelles sanctions, les autorités envisagent la mise en place d’une structure institutionnelle dédiée à l'encadrement des fausses informations. Le ministère vietnamien de la Justice examine actuellement un projet de décret concernant la lutte contre ces “fake news” et les contenus trompeurs en ligne. Parmi les mesures phares figure la création d’un Centre de prévention et de lutte contre les fausses informations. Le futur centre serait chargé de vérifier les informations suspectes, d’émettre des alertes et de publier les conclusions relatives aux violations de la loi. L'objectif est d’agir rapidement, afin d’éviter la propagation des fausses informations sur les réseaux sociaux. La gestion de cette nouvelle institution serait assurée par le ministère de la Police, en collaboration avec 17 autres ministères et les autorités locales.
Concrètement, une fois une information reconnue comme fausse par les autorités, les fournisseurs d’accès à Internet et les réseaux sociaux seraient tenus de rechercher des contenus similaires sur leurs services et de les supprimer, les bloquer ou leur apposer un avertissement visible pour les utilisateurs. Autrement dit, une seule décision des autorités pourrait entraîner le retrait massif de plusieurs contenus numériques sur l’ensemble du web vietnamien. Le projet autoriserait par ailleurs les autorités à suspendre temporairement ou définitivement des comptes sur les réseaux sociaux ayant enfreint les réglementations.
Un contexte marqué par la prolifération des fausses informations
Ce durcissement juridique envers les fausses informations s’explique en partie par leur ampleur et leur impact, particulièrement lors des crises. Le ministère de la sécurité publique a mis en garde contre la propagation de “fake news”, notamment générées par l’intelligence artificielle, lors des inondations dans la région Centre du pays fin 2025. En effet, certains internautes se sont servis de la situation de crise afin de critiquer les autorités vietnamiennes et de fabriquer des rapports évoquant des milliers de victimes ou de personnes encore non secourues, dans le but d’attirer des vues et de solliciter des dons à des fins personnelles.
Ce qui inquiète les autorités, c’est non seulement la rapidité de propagation de ces fausses informations, mais aussi l’utilisation croissante de l'intelligence artificielle pour fabriquer des images ou vidéos trompeuses mais souvent très réalistes. Les autorités ont elles-mêmes reconnu que cette vague de désinformation avait compliqué la coordination des secours sur le terrain. Face à ces dérives, les autorités ont rappelé que des poursuites judiciaires peuvent être engagées.
Vers un espace numérique plus responsable
Au-delà des sanctions, le Vietnam cherche également à agir en instaurant un cadre éthique pour l’ensemble des acteurs et utilisateurs du numérique. C’est dans cette perspective qu’en mars 2026, le ministère de la Culture a adopté la Décision N°423, mettant en place un “Code de conduite culturelle dans l’environnement numérique” qui vise à fixer des normes de comportement aux utilisateurs d’Internet sur l’ensemble du territoire vietnamien.
Ce texte concerne aussi bien les particuliers que les prestataires de services des réseaux sociaux, les fournisseurs d’accès Internet, les organes de presse et les entreprises. Chacun est tenu de respecter la législation vietnamienne, d'adopter un comportement civilisé sur Internet, de vérifier la fiabilité de ses sources avant de partager des informations et enfin de signaler les fausses informations aux autorités.
Parallèlement, les influenceurs jouent un rôle central, puisqu'ils sont appelés à montrer l’exemple en promouvant des contenus responsables auprès de leur communauté. Pour encourager les bonnes pratiques, des récompenses seront décernées aux créateurs de contenus ayant eu un impact positif sur la société. Le Vietnam mise ainsi sur une double approche : la sanction pour dissuader, l'incitation pour encourager. Le ministère de la Culture sera chargé du suivi de l’application du texte et coordonnera des campagnes de sensibilisation à l’échelle nationale afin de lutter contre les “fake news”.
Sur le même sujet







