Édition internationale

Pierre Bau : quand la Seconde Guerre mondiale se raconte depuis l’Asie

Le Jeudi 26 mars 2026, le Petit Journal s’est rendu à la librairie française d’Ho Chi Minh Ville, Nam Phong, pour y rencontrer Pierre Bau, Président de l’Association des écrivains de langue française, qui vient de sortir son premier roman : Fermer les yeux me réveille.

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Écrit par Enora Magne
Publié le 7 avril 2026

Pierre Bau est par ailleurs médecin spécialiste des maladies tropicales, et a notamment pratiqué en Inde, au Cambodge, et au Laos, des pays qui l’ont inspiré à écrire cette histoire. 

La Seconde Guerre mondiale vue depuis l’Asie

Le roman est l’une des rares œuvres littéraires à raconter la Seconde Guerre mondiale du point de vue asiatique, à travers une narration polyphonique entre trois personnages : un Laotien, un Cambodigien et un Indien. Ces derniers, aux parcours de vie opposés, se retrouvent à bord d’un hydravion en direction de l’Asie, où ils croiseront de nombreux personnages clés, souvent effacés de cette période historique, notamment une figure féministe centrale de l’époque. 

Les personnes présentes lors de la rencontre avec l’auteur ont qualifié son style d’écriture de « pragmatique et réaliste ». Pierre Bau, quant à lui, décrit son processus de rédaction comme la confluence de deux fleuves : l’un consacré à une documentation historique minutieuse, réalisée durant plusieurs années, et l’autre centré sur le développement des personnages.

Quelle a été la démarche rédactionnelle ?

Pierre Bau affirme avoir toujours aimé la littérature et la beauté de la langue française. C’est lorsqu’il travaillait sur la médecine tropicale dans une tribu en Amazonie qu’il s’est décidé à écrire son propre roman. Ses voyages en Afrique, en Asie centrale et en Asie du Sud l’ont beaucoup inspiré, mais c’est surtout après la lecture de Un balcon en forêt de Julien Gracq qu’il a commencé à écrire son livre, sur le modèle des récits de voyages maritimes.

 

Pierre Bau à la librairie française Nam Phong, pour son premier roman
Pierre Bau à la librairie française Nam Phong, pour son premier roman

 

Il raconte qu’à la suite d’un rêve se déroulant en Inde, il a décidé de reprendre l’œuvre qu’il écrivait sur la « drôle de guerre » dans le nord de la France, afin d’en déplacer le point de vue vers l’Asie.

Le travail de recherche en amont a été considérable : l’auteur a consacré sept années à rassembler les données historiques nécessaires à l’écriture de son roman. Il explique avoir longuement exploré différentes sources, notamment les archives locales, la Bibliothèque nationale d’Inde, les Archives d’Angkor ainsi que les centres de l’École française d’Extrême-Orient. Grâce aux informations tirées des quotidiens de guerre, Pierre Bau estime qu’il disposait de suffisamment de matière pour écrire des dizaines de volumes.

D’autre part, Pierre Bau s’est directement entretenu avec de nombreuses familles et des personnes indiennes, cambodgiennes et laotiennes qui lui ont permis d'étoffer sa compréhension du sujet, grâce à des archives de journaux de bord de famille et des photos. Le terme de “roman-enquête” peut donc être utilisé pour ce livre. 

Un titre aux interprétations plurielles

Le titre mérite une attention particulière tant il révèle les différences culturelles entre l’Asie et l’Occident. En Orient, fermer les yeux renvoie à une dimension profondément spirituelle, la religion occupant une place centrale dans la culture : ce geste est ainsi souvent associé à la prière ou à une forme de recueillement. En France, en revanche, le titre est davantage perçu sous un angle poétique.

 

Pierre Bau : couverture de son livre "Fermer les yeux me réveille"
Pierre Bau : couverture de son livre "Fermer les yeux me réveille"

 

La notion de rêve y est également interprétée différemment. Pierre Bau explique que, pour la majorité de ses lecteurs occidentaux, fermer les yeux évoque le rêve au sens du sommeil, lié à l’imaginaire et à la production d’images. En Asie, en revanche, cette idée renvoie plutôt à la méditation et à une quête de paix intérieure.

L’auteur appuie sur le fait que fermer les yeux constitue souvent une “fermeture au monde du bruit”, et une ouverture à “d’autres mondes”.

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